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Belgique, des chiffres à méditer : un belge sur trois rejette les minorités ethniques. Pas vraiment tolérants, mais pas franchement racistes. Une relative banalisation du racisme, beaucoup de préjugés et de la frilosité. 10% de racistes affirmés.

pdf mise en ligne :31 03 2009 ( NEA say… n° 64 )

IMMIGRATION > Conditions d'accueil des réfugiés

C'est ce que démontre l'enquête approfondie du Centre pour l'égalité des chances rendue publique le 21 mars Journée de lutte contre le racisme. C'est la première étude à grande échelle il est difficile d'en tirer des conclusions sur l'évolution des comportements. A l'avenir le Centre va réaliser « un baromètre de la diversité ». A la mi-mai la ministre à l'égalité des chances, Joëlle Milquet, va lancer les « Assises de l'interculturalité ». de la solidarité,, du dialogue et de l'intégration des communautés et de la société.

Cette enquête est publiée en  plein débat sur les sans-papiers. Elle confirme la réalité d'une l'opinion belge doublement divisée : divisé sur l'approche du problème et aussi divisée politiquement entre flamands, wallons et bruxellois puisque les chiffres indiquent des différences sensibles, sans être extrêmes, entre ces trois composantes de la Belgique. Rappelons ce que Nea say disait dans son N° 63 : divisé sur mille sujets et confronté à une mobilisation sans précédent des universités, des barreaux et des syndicats - entre autres -, le gouvernement belge n'arrive pas au bout d'un an à régler la question lancinante de la régularisation des sans-papiers. Une longue rencontre, le week-end dernier, entre le chef du gouvernement, Herman Van Rompuy, et les ministres concernées, la libérale flamande Annemie Turtelboom (migrations) et la socialiste francophone Marie Arena (intégration sociale) n'a rien donné. Le débat devrait même se doubler bientôt d'une polémique sur la nécessité d'ouvrir, ou non, les frontières du pays aux travailleurs des nouveaux Etats membres de l'Union européenne, le 1er mai comme la Belgique en a finalement l'obligation , toute période intérimaire à dérogation  connaît un jour ou l'autre son terme. De plus se profilent les élections régionales en juin sans parler des européennes même si elles restent cantonnées à l'arrière plan.

Les tenants d'une ligne dure à l'égard d'une éventuelle régularisation de dizaines de milliers de sans-papiers seront-ils  encouragés par les résultats de la récente enquête du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR). Cet organisme parapublic a voulu savoir quel était le sentiment des Belges à l'égard des étrangers. Faiblement tolérantes à l'égard des minorités ethniques en général, six personnes interrogées sur dix se disent hostiles à l'octroi de droits aux illégaux. Et près de 40 % leur dénient ces droits, même s'ils travaillent.

La capacité de la société belge à intégrer de nouveaux arrivants est mise en question par une large majorité : le thème des "limites atteintes" rappelle celui utilisé avec succès par le populiste néerlandais Pim Fortuyn
Plus généralement, l'étude - la première du genre dans le pays - réalisée par Ipsos pour le CECLR, décrit une situation passablement inquiétante. Un tiers des personnes interrogées rejettent les minorités ethniques et pensent que certaines races sont "plus douées" que d'autres. 60 % estiment que des "expériences négatives" peuvent parfois justifier des attitudes racistes. Près d'un sondé sur deux se dit convaincu que les Maghrébins abusent de la Sécurité sociale. L'idée d'expulser les étrangers qui sont en chômage depuis longtemps séduit 42 % de l'échantillon.

Mais les  résultats de l'étude ne sont toutefois pas univoques et les conclusions difficiles à tirer. Ainsi, une majorité de Belges admet qu'en fait le pays est déjà multiculturel et 55 % estiment que la cohabitation des cultures est un enrichissement. Au total, 10 % des personnes interrogées seulement reconnaissent ouvertement être racistes, les autres étant décrits comme "tolérants sous condition", à savoir qu'ils acceptent les étrangers à condition qu'ils travaillent, parlent leur langue et respectent les autres religions. L'enquête confirme, par ailleurs, que c'est la méconnaissance qui règne en maître : plus de la moitié des personnes interrogées disent n'avoir aucun contact avec un non-Belge. Les préjugés, l'ignorance, « les on-dit » règnent sans partage. Il y a surtout des craintes d'ordre symbolique : cette présence étrangère menacerait notre identité et nos valeurs. Inquiétudes et raisons d'espérer se mélangent. Un acquis : la réalité admise par le plus grand nombre d'une société multiculturelle. Les résultats sont aussi l'héritage enfoui d'un passé, chaque jour plus lointain, celui de la colonisation et du temps où le monde occidental, blanc, régnait sans partage sur la planète. Résistance à la mondialisation, la perte des repères et l'incompréhension de ce nouveau monde insuffisamment expliqué sont aussi les ingrédients majeurs d ces comportements. L'Etat, les politiques sont interpellés rudement plus que le citoyen même si les chiffres donnent de lui une image décevante.

Pour prolonger la réflexion, le gouvernement fédéral organisera prochainement des  "assises  interministérielle de l'interculturalité". On échangera les "bonnes pratiques" en vigueur au niveau local, on étudiera la neutralité des services publics, la diversité dans les entreprises, l'influence de la religion. Les télévisions publiques seront invitées à évoquer les questions liées à la diversité de la société belge.