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La diffamation des religions et la conférence de Durban II. L'Union européenne et la commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Pillay, saluent le nouveau projet. La secrétaire d'Etat aux droits de l'homme française, Rama Yade : pas de boycott de la conférence ! Dernières nouvelles: boycott américain confirmé, hésitations européennes.

pdf mise en ligne :01 04 2009 ( NEA say… n° 64 )

DROITS FONDAMENTAUX > Liberté de pensée, de conscience et de religion

Il ne faut pas boycotter la prochaine conférence de l'ONU contre le racisme mais y participer pour défendre fermement ses convictions. C'est ce qu'a affirmé Rama Yade, lors d'un débat organisé par le journal Libération à Rennes, en compagnie de l'éditoraliste Jean Daniel. Précisant sa position sur la conférence dite de Durban II, qui s'ouvrira le 20 avril à Genève, la secrétaire d'Etat chargée des Droits de l'homme a assuré qu' «il fallait y rester et se battre». La secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme et l'éditorialiste Jean Daniel estiment que ce serait une erreur de boycotter la prochaine conférence internationale sur le racisme, dite «Durban II».

Alors que le sujet avait été débattu à l'Assemblée nationale française quelques jours auparavant, le 17 mars ,Rama Yade a précisé sa pensée dans le cadre des rencontres de Rennes organisées par le journal Libération sur le thème : « Faut-il sacrifier les droits de l'Homme à la raison d'Etat ? ». Rama Yade a souligné sa conviction que la France devait se rendre « coûte que coûte » à la Conférence internationale sur le racisme, qui s'ouvrira le 20 avril à Genève. La précédente édition, qui s'était déroulée à Durban en 2001, avait pourtant tourné au fiasco, du fait notamment de la tentative de plusieurs Etats de faire reconnaître le sionisme comme une forme de racisme. D'ores et déjà, le souvenir cuisant de cet échec a poussé plusieurs pays, dont Israël et les Etats-Unis,  voire l'Italie et aussi le Canada à boycotter les débats. Au cours de son exposé, Jean Daniel a déclaré que la France ferait «une erreur» en s'engageant sur la même voie, et a amené Rama Yade à affirmer : « Il faut rester (dans la conférence) et se battre ». La pire des solutions serait selon la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme de voir se concrétiser l'idée, évoquée par les boycotteurs, d'organiser une conférence concurrente. « Il s'agirait là de la matérialisation du choc des civilisations. Le pire serait de croire que les droits de l'homme sont des valeurs occidentales. Il n'y a pas d'un côté les valeurs occidentales et de l'autre celles du reste du monde ».

Rama Yade a également émis des réserves sur le texte préparatoire de la conférence, qui reste selon elle déséquilibré et trop proche de celui par qui la polémique était arrivée en 2001. C'est donc une participation « méfiante » de la France à Durban II que préconise la secrétaire d'Etat: « Nous restons dans la conférence, mais si nous sentons que ce n'est pas possible, nous en tirerons les conséquences et nous nous retirerons, non sans avoir expliqué les raisons de ce retrait, non par renoncement, non par défaitisme, mais parce que nous aurons tout essayé ».

Olivier Roy dans le journal le Monde du 29 mars a proposé une explication détaillée du fonctionnement du mécanisme de la perception par les musulmans de ce que les catholiques appelaient jadis, le blasphème. Pour lui la lutte contre les diffamations répond avant tout à des objectifs politiques.

La présidence de l'Union européenne a diffusé un communiqué où elle se félicite du nouveau projet et exprime l'espoir qu'on arrivera d'ici le début de la Conférence à un bon compromis.

Navy  Pillay, à son tour,  salue un nouveau projet de déclaration plus court pour Durban II, nouveau projet préparé sous les auspices de la Russie. « Nous avons une bonne et solide base de discussion pour entrer dans la dernière ligne droite de la conférence d'examen », a déclaré Navi Pillay.  Rappelons que la conférence de Durban II qui se tient à Genève du 20 au 24 avril, examinera les progrès accomplis depuis la conférence contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance associée qui avait eu lieu à Durban (Afrique du Sud) en 2001. Selon les informations parues dans la presse, toute référence à Israël a été retirée ainsi que toute référence à la notion de diffamation des religions, en raison de craintes de certains pays que cela justifie des limites à la liberté d'expression. La référence à la discrimination liée à l'orientation sexuelle a aussi été supprimée et le texte ne fait plus mention de réparations en raison de l'esclavage.

"Le dernier projet de texte est bien plus court mais reste substantiel », affirme un communiqué du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH). Le texte a été produit sous la direction de Yuri Boychenko de la Fédération de Russie, chef du processus de négociation que la présidence de l'Union européenne a salué tout particulièrement dans un communiqué diffusé le 20 mars


En dépit des critiques contre le texte, « aucune barrière de taille ne devrait plus entraver un résultat couronné de succès », a dit Navi Pillay. La Haut Commissaire a exhorté tous les Etats à s'abstenir de prendre des positions politiques polémiques sur des questions particulières et à travailler à protéger les victimes de discrimination raciale et d'intolérance à travers le monde – un phénomène dangereux qui n'épargne aucun continent ni aucun pays.

Le Canada et Israël avaient déjà annoncé qu'ils ne participeraient pas à la conférence. Les Etats-Unis et l'Australie avaient fait savoir qu'ils se retireraient aussi si le texte n'était pas modifié. L'Italie a fait des déclarations allant aussi dans ce sens mais la solidarité européenne l'obligera sans doute à revenir sur ces déclarations

Le racisme à l'encontre des migrants : une question clé à la Conférence d'examen de Durban 


On estime qu'il y a 200 millions de migrants internationaux dans le monde aujourd'hui qui sont fréquemment traités comme des citoyens de deuxième classe, souvent privés de leurs droits et exposés à la xénophobie et au racisme. La Conférence mondiale contre le racisme de 2001 a souligné l'ampleur des défis posés par les migrations et leur impact sur les droits de l'homme en général. La Conférence d'examen pourrait aider à relever ce défi et à changer cette réalité. 

Environ la moitié de toutes les migrations internationales s'effectue des pays en développement vers des pays développés, ce qui signifie que la migration Sud-Sud est aussi importante que la migration Sud-Nord. De nombreux articles dans les médias à travers le monde ont récemment relaté des cas d'incidents xénophobes et de violence raciste. La triste réalité, comme l'a souligné la Haut-Commissaire aux droits de l'homme, est que la grande majorité des États n'a pas encore accepté la notion que les non-ressortissants jouissent des droits de l'homme au même titre que les ressortissants : « Les migrants sont encore victimes de discrimination d'une manière inacceptable dans presque toutes les sociétés et sont généralement soumis à des conditions de travail et de rémunération bien inférieures aux normes dont jouissent les citoyens. Les migrants se voient systématiquement refuser les droits à la sécurité sociale ou au logement, et sont exclus de l'emploi et d'autres opportunités », a déploré la Haut-Commissaire Pillay lors de la Journée internationale des migrants le 18 décembre 2008.  Elle a également souligné « la tendance dangereuse croissante à criminaliser la migration irrégulière dans de nombreux pays » alimentée par des sentiments xénophobes et conduisant à des « violations des droits de l'homme des migrants ».  cf numéros de Nea say..

Afin de changer cette réalité, la Haut-Commissaire Pillay fera en sorte d'attirer l'attention sur la question du racisme à l'encontre des migrants au cours de la prochaine Conférence d'examen de Durban. Recommandant de considérer la migration dans une approche des droits de l'homme, elle lancera non seulement un appel pour qu'une attention renouvelée soit portée à la mise en œuvre de la DDPA dans ce domaine, mais demandera aussi aux États de coopérer avec le Rapporteur spécial sur les droits de l'homme des migrants et de ratifier la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. Adoptée en 1990, la Convention est entrée en vigueur en 2003. À ce jour, la Convention a été ratifiée par 40 pays (3 d'Europe, 9 d'Asie, 13 d'Afrique et 15 d'Amérique latine et des Caraïbes).
 
 
Cette déclaration a été complétée par un entretient au journal suisse "le Temps" dont on peut lire le texte  dans un autre article.

Dernières nouvelles: les Etats-Unis ne participeront pas à la conférence Durban II des Nations unies sur le racisme qui s'ouvrira pour cinq jours lundi à Genève, a annoncé samedi 18 avril le département d'Etat. Le suspense plane sur la liste des participants .
L'administration Obama s'oppose au langage utilisé dans le projet de déclaration finale, estimant que ses craintes de partis pris anti-Israël et anti-Occident ne sont pas prises en compte, a expliqué Robert Wood, porte-parole du département d'Etat.

"Malheureusement, il semble maintenant certain que les préoccupations qui demeurent ne seront pas prises en compte dans le document qui doit être adopté par la conférence la semaine prochaine", a déclaré Robert Wood dans un communiqué. "En conséquence, avec regret, les Etats-Unis ne se joindront pas à la conférence d'évaluation".

Rappelons que la conférence, déjà boycottée par Israël et le Canada, a pour but de mesurer les progrès accomplis en matière de lutte contre le racisme depuis la première réunion de ce type il y a huit ans en Afrique du Sud. Mais les pays occidentaux et musulmans n'étaient toujours pas parvenus à se mettre d'accord vendredi sur la formulation à adopter. Les premiers reprochent aux seconds de vouloir stigmatiser Israël et de tenter d'imposer un concept de "diffamation de religion" qui remettrait en cause la liberté d'expression.

Pour de nombreux pays occidentaux, une interdiction de critiquer l'islam limiterait la liberté d'expression. Les références directes à la "diffamation de religion" et à Israël ont toutefois été abandonnées le mois dernier lors des débats préparatoires, mais elles pourraient réapparaître dans le document final, à moins qu'un consensus ne soit trouvé entre toutes les parties. La première conférence de Durban, qui s'était achevée quatre jours avant le 11 septembre 2001, avait été le théâtre de controverses du même type. Les Etats-Unis et Israël avaient claqué la porte avant la fin, mécontents d'un avant-projet de déclaration qui critiquait l'Etat hébreu et assimilait le sionisme à du racisme. Ces deux éléments ne figuraient pas dans le communiqué final, qui s'était contenté d'évoquer la "détresse des Palestiniens" et le droit d'Israël à la sécurité.

La décision annoncée par les Etats-Unis, qui n'est en fait qu'une confirmation, fait suite à plusieurs semaines de débat interne au sein du gouvernement américain. Alors que l'administration Bush avait boycotté les débats préparatoires, Barack Obama avait décidé d'envoyer des délégués à une réunion intermédiaire. Mais les Etats-Unis avaient annoncé le 27 février qu'ils ne participeraient pas à la conférence si aucun changement n'était apporté, et ont donc confirmé leur position. Certains avaient espéré une autre décision suite à l'annonce faite par les Etats-Unis de vouloir inégrer le Conseil des droits de l'homme. L'administration américaine craint en effet que la conférence, à laquelle assisteront de nombreux dirigeants musulmans dont le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, stigmatise de nouveau Israël. "Elle distingue un conflit particulier et préjuge de questions cruciales qui ne peuvent être résolues que par des négociations entre les Israéliens et les Palestiniens", a expliqué samedi Robert Wood.

Les responsables de 103 Etats ont déjà annoncé leur participation à Durban II, mais la plupart des pays occidentaux demeurent réticents à se prononcer, attendant d'avoir une idée précise de la formulation du communiqué final. Ainsi, "la question n'est pas tranchée au niveau européen (...) les consultations se poursuivent pour déterminer la participation des pays de l'Union européenne à cette conférence et le niveau de participation", expliquait-on  chez les européens.