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Concernant Durban II, la Commissaire aux droits de l'homme des Nations Unies, Navanethem Pillay livre le fond de sa pensée au journal « le Temps ». Déclaraion de Jacques Barrot.

pdf mise en ligne :02 04 2009 ( NEA say… n° 64 )

DROITS FONDAMENTAUX > Liberté de pensée, de conscience et de religion

Haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navanethem Pillay livre ses espoirs sur le sommet. Elle réagit aussi à la volonté des Etats-Unis de faire acte de candidature lors de l'élection de mai prochain au Conseil des droits de l'homme. Ex-avocate de détenus de l'apartheid, ex-présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda, Navanethem Pillay est, depuis septembre 2008, la haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme. Succédant à la Canadienne Louise Arbour, c'est elle qui, à 67 ans, assume la responsabilité de conduire au succès la Conférence d'examen de Durban contre le racisme (dit Durban II), qui se déroule à Genève du 20 au 24 avril. Elle explique au Temps ses espoirs sur le processus de Durban.

 Navanethem Pillay: "La Conférence revêt pour moi une importance majeure. Durban est ma ville d'origine et ayant souffert de l'apartheid, le racisme est une question essentielle à mes yeux. Il a fallu beaucoup de temps pour faire tomber ce régime, mais maintenant nous apprécions ce que signifie le plein respect de la dignité de chacun. Ma perception des enjeux de Durban II est donc très liée à mon histoire personnelle. Beaucoup de monde m'a dit, quand je suis arrivée au Haut-Commissariat aux droits de l'homme, que la Conférence d'examen de Durban serait un désastre. J'ai fait alors mes propres recherches. Depuis huit ans, je constate une désinformation continue au sujet de Durban I. Je suis frappée de voir à quel point les médias de nombreux pays ont continué à répandre cette fausse image du sommet de 2001 qui aurait été orchestré contre les juifs et contre Israël. Beaucoup d'Etats européens et les Etats-Unis sont restés sur cette impression. Ils m'ont officiellement dit que la Conférence de suivi allait finir comme Durban I et qu'elle serait dominée par la haine d'Israël. Mais à bien regarder la déclaration et le programme d'action de Durban I, le document est très global et aborde toutes les formes de discrimination raciale, de xénophobie et d'intolérance. Il a été adopté par 189 Etats à l'exception des Etats-Unis et d'Israël. Ce qui m'a surpris, c'est de voir plusieurs pays occidentaux menacer de se retirer de Durban II alors qu'il n'y avait encore aucun projet de déclaration sur la table.

Message à l'adresse des Etats occidentaux  «  Les gouvernements qui envisagent un retrait de la conférence ne devraient pas oublier qu'ils ont des comptes à rendre à leurs citoyens, surtout dans les pays démocratiques. Les discriminations existent dans tous les pays. Et les actes de racisme ne concernent pas que les pays du Sud, ils touchent le Nord également. Le phénomène des migrations est un bon exemple. Nous avons un bon texte que la plupart des Etats soutiennent. Je ne connais aucune objection à ce document à ce stade. Le texte concernant la diffamation des religions, cher à l'Organisation de la conférence islamique,  ne figure plus dans le présent projet de déclaration. – Je comprends la préoccupation liée à la diffamation des religions. Mais le droit international existant prévoit les instruments pour condamner l'incitation à la haine raciale et religieuse. Par ailleurs, la liberté d'expression est l'un des droits de l'homme les plus fondamentaux et doit être respecté. Voilà pour le principe général. Il y a toutefois des traités qui permettent de déroger à ce principe. Les Etats ont dû cadrer la liberté d'expression. Il y a des codes nationaux en Europe qui considèrent le blasphème comme un délit.  Une participation du plus grand nombre d'Etats sera un élément du succès de la conférence. Par ailleurs, il s'agit ici d'une conférence de suivi. Il importera de vérifier dans quelle mesure la Déclaration et le Plan d'action de Durban ont été mis en œuvre, quels ont été les meilleurs moyens utilisés pour combattre le racisme. A mon avis, ce plan d'action a été intégré par de nombreux Etats dans leurs propres plans d'action nationaux. Mais après les terribles attentats du 11 septembre 2001, quelques jours après Durban I, les défis auxquels nous sommes confrontés sont plus difficiles. Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, il y a eu des violations des droits de l'homme, de l'islamophobie et des discriminations contre les gens de couleur. La mondialisation et les migrations de même que la crise économique et financière compliquent la mise en œuvre de Durban I.(…) Il s'agit ici d'une conférence de suivi. C'est moins sensible. Je m'inscris en faux quant à Mary Robinson. A Durban en 2001, Mary Robinson (…)  vraie héroïne en s'opposant aux visions maximalistes des ONG.
Il serait salutaire de voir la Suisse prendre l'initiative d'assurer le succès de la conférence en proposant d'assumer la présidence du sommet. Pour l'heure, cela n'est pas intervenu, bien que nous ayons exhorté le gouvernement suisse à agir dans ce sens. Mais nous comptons sur un large soutien de la Suisse qui nous a déjà beaucoup aidés. Je salue la décision du président Barack Obama. Elle est en droite ligne avec sa décision de fermer la prison de Guantanamo. Même si je ne sais pas quelle sera leur attitude au Conseil s'ils sont élus, je pense que c'est une très bonne chose que les Etats-Unis deviennent membre. C'est triste à dire, mais les mauvaises pratiques en matière de respect des droits de l'homme dans le cadre de la lutte antiterroriste tel qu'on a pu le constater au cours des huit dernières années aux Etats-Unis, avec la détention sans procès par exemple, ont fait des émules auprès de pays moins respectueux des droits humains. J'espère que par leur nouvel engagement, les Etats-Unis auront une influence positive sur ces mêmes Etats."
 
De sont côté, le vice-président de la Commission, Jacques Barrot a prononcé un discours sur le racisme et l'antisémitisme, indiquant au passage la position de l'Union en cas de dérapage pendant le déroulement de la Conférence.Cette déclarationa été faite au cours du organisé par le Congrès juif européen le 30 mars dernier. Dans son plaidoyer pour le respect des valeurs défendues par l'Union européenne il a indiqué : « s'il le faut nous sommes prêts à faire appel aux Etats membres pour qu'ils se retirent, tout comme l'UE, de ce processus s'il y avait avant ou pendant la conférence une violation claire des valeurs qui sont au cœur de l'UE » a-t-il déclaré rappelant au passage de la Décision-cadre de novembre 2008 sur le racisme et la xénophobie. Le nouveau texte de déclaration finale, a-t-il également rappelé, a été nettoyé des points de discorde ne comprend plus d'allusions aux sujets polémiques, comme le conflit israélo-palestinien et la diffamation religieuse. Et il a ajouté : « il est essentiel d'être extrêmement vigilant et l'Union européenne doit être prête à réagir rapidement fermement si des textes inacceptables sont proposés (…) je veux être sûr que l'acquis communautaire sur le racisme et la xénophobie, y compris l'antisémitisme et la discrimination, ne sera pas compromis ».