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Une nouvelle tragédie en Méditerranée, plusieurs centaines de victimes. Emotion et constat d'impuissance au Parlement européen et à la Commission européenne. Un drame qui met en cause la politique de l'Union européenne.

pdf mise en ligne :03 04 2009 ( NEA say… n° 64 )

IMMIGRATION > Conditions d'accueil des réfugiés

Le Parlement observe une minute de silence pour les victimes du naufrage au large de la Libye, en ouverture de la séance du 1er avril. Pour tenir compte de cette actualité tragique, suite à une proposition du groupe des Verts/ALE relayée par l'ensemble des autres groupes politiques, une déclaration de la Commission a été ajoutée à l'ordre du jour après les interventions d'une minute.

Le Parlement observe une minute de silence pour les victimes du naufrage au large de la Libye. En ouverture de la séance du 1er avril, le Président Hans-Gert Pöttering a exprimé ses condoléances et sa tristesse au nom du Parlement européen pour les quelques centaines d'émigrés victimes du naufrage de leur embarcation au large des côtes de la Libye. Il s'agit d'un nouveau drame de l'immigration clandestine vers l'Europe. L'UE, depuis deux ans, voit arriver une immigration accrue depuis l'Afrique du Nord et le Sud du Sahara via la Méditerranée. "Le grand nombre de refugiés qui se noient ou meurent en essayant d'entrer dans l'UE fait de la Méditerranée un grand cimetière à ciel ouvert", a ajouté le Président. Il a rappelé que les Européens doivent "trouver des solutions pour que cette tragédie prenne fin" avant d'inviter les députés à observer une minute de silence en mémoire des victimes.
Pour tenir compte de cette actualité tragique, suite à une proposition du groupe des Verts/ALE relayée par l'ensemble des autres groupes politiques, une déclaration de la Commission a été ajoutée à l'ordre du jour après les interventions d'une minute.

Un drame qui met en cause la politique de l'Union européenne.Une macabre et tragique comptabilité  sur les côtes libyennes : des centaines, des dizaines de clandestins morts ou disparus ! Combien ? Les "boat people" de Malte est le titre de l'articla paru dans le Monde sous la plume de l'écrivain et ambassadeur de la France à Malte, Daniel Rondeau .Ce drame, l'un des plus meurtriers d'une longue série, a eu lieu au cours d'une tempête de sirocco qui a peut-être coûté la vie à d'autres migrants. D'autres bateaux de pêche ont été portés disparus dans la tourmente. Une quatrième embarcation, chargée de 356 personnes, prise dans la tempête a été interceptée à proximité d'une plate-forme pétrolière par un tanker italien à une trentaine de milles (1 852 m) de la côte de Libye. Ses occupants, dont 17 ont été hospitalisés et les autres conduits dans un centre de rétention, sont de douze nationalités différentes. L'éventail de leurs pays d'origine - Bangladesh, Egypte, Somalie, Erythrée, Ghana, Nigeria, Tunisie, Maroc, Algérie, Syrie, Inde, Pakistan - donne un aperçu des routes du monde qui convergent vers l'Europe, désormais largement via la Libye.

Le pays, qui compte 1 770 km de côte sur la Méditerranée, est soumis à "une grande pression" du fait de l'arrivée massive de candidats à la traversée vers l'Europe, indique Laurence Hart, le chef de la mission de l'Organisation internationale des migrations (OIM) à Tripoli. En Libye, où les migrants, attirés par une richesse relative, effectuent l'essentiel des travaux pénibles, les départs clandestins alimentent une véritable "industrie", selon plusieurs sources locales. Les plages d'embarquement, comme celle de Janzour, à 10 kilomètres de Tripoli, sont connues de tous.

Mais aussi et on ne le signalera jamais assez, l'émigration constitue l'un des principaux moyens de pression dont dispose le colonel Kadhafi dans ses négociations avec l'Union européenne (UE) en vue d'un accord de coopération. Les autorités libyennes souhaiteraient que ce texte soit signé avant le quarantième anniversaire de la révolution qui a porté au pouvoir le "guide" libyen, le 1er septembre 1969. La répression contre les départs, encouragée par l'UE, et les expulsions vers les pays africains servent de fait de baromètre de la volonté de coopérer du chef de l'Etat libyen aux yeux des Européens. Outre le réchauffement saisonnier de la température, qui réactive chaque année le mouvement, la mise en service, à compter du 15 mai, de patrouilles mixtes italo-libyennes à bord de six vedettes en Méditerranée, a pu inciter les migrants à précipiter leur départ.

Ces dernières années, la répression accrue exercée par les autorités espagnoles sur les arrivées aux îles Canaries a renforcé la filière libyenne. Sur l'île italienne de Lampedusa, principale destination, près de 37 000 arrivées illégales ont été dénombrées en 2008, contre 20 000 l'année précédente. Invérifiable, le nombre de morts aux portes de l'UE dépasserait 12 000 depuis 1988, selon l'organisation Fortress Europe. Le ministre italien de l'intérieur, Roberto Maroni, affirmait une fois de plus que les patrouilles italo-libyennes en mer allaient "résoudre le problème", l'eurodéputé italien Giusto Catania, bien connu des lecteurs de Nea say, estimait et proclamait, une fois de plus,  que "la traversée de la Méditerranée constitue la violation la plus grave du droit à la vie en Europe".
 
Jacques Barrot a lancé un nouvel appel pressant à l'aide en direction des pays de l'Union pour qu'ils agissent concrètement et efficacement : « Nous souhaitons que les évènements de ces derniers jours suscitent dans l'ensemble de nos Etats membres une prise de conscience de la gravité du problème », a-t-il déclaré. Il estime « intolérable » que ce phénomène continue à se produire régulièrement. Toutes les parties concernées doivent mobiliser leurs efforts pour que cela cesse. Il a invité tous les Etats membres à coopérer à la mise en œuvre des deux opérations navales Nautilus et Hermes organisées par Frontex pour un montant de 24 millions d'euros qui vont être prochainement pour dissuader les migrants d'arriver en Europe. « Il faut aussi que les etats membres manifestent leur solidarité concrète avec l'Italie et Malte qui sont très exposés aux flux migratoires en provenance de Libye (…) Il faudra bien, a-t-il ajouté, que la Libye assume ses responsabilités en matière de réadmission des migrants irréguliers ayant transité par son territoire ». La Commission estime que la Libye a un rôle essentiel à jouer sur le plan de la lutte contre les trafiquants, dans la prévention des départs des clandestins à partir de ses côtes et aussi dans la recherche et le sauvetage en mers des embarcations en détresse dans les eaux relevant de sa compétence, ainsi que dans l'offre d'une protection internationale aux migrants.
Le président de la commission des libertés publiques, de la justice et des affaires intérieures, Gérard Deprez (ADLE, belge) s'est montré encore plus ferme : « ces drames à répétition ne cesseront que lorsque l'UE aura le pouvoir et la volonté de négocier, avec les pays d'origine et de transit, de véritables accords de partenariat ». »Selon lui de tels accords devraient comporter : un contrôle sérieux des frontières mais aussi et surtout une offre significative d'immigration légale et un volet substantiel de co-développement. « faute de tels accords(…) pendant longtemps encore les cimetières marins ne vont pas cesser de se remplir, malgré le souffle fragile et impuissant de notre compassion » a conclu le député.