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Editorial

pdf mise en ligne :05 04 2009 ( NEA say… n° 64 )

CITOYENNETE EUROPEENNE > Questions institutionnelles

Dans quelques semaines les élections du Parlement européen...candidates et candidats, de grâce, épargnez nous l'ennui et le sentiment d'une corvée à remplir!
 
 Pour cela un débat imaginatif et ardent sur, non pas pour qui voter, mais pour quoi voter.

Chacun sait que la vie parlementaire européenne ne se résume pas à un affrontement entre la majorité et l'opposition, la gauche et la droite. Certains le regrettent, d'autres, parlant d'absence d'enjeu, y voient la raison principale de la désertion des citoyens. Certes, cette fois encore, ce ne sera pas l'occasion pour choisir entre des programmes assez différenciés permettant un choix important, celui du « chef du gouvernement », le président de la Commission européenne.
 
Pour autant y aurait-il  absence d' enjeu et absence de motifs pour aller voter ? Et à la réflexion, ne faut-il pas dire clairement que le modèle de gouvernance de l'Europe ne repose pas sur la mise en concurrence des institutions européennes, ni sur le critère majorité contre opposition. Les modèles fondés sur la rivalité entre les institutions resteront stériles, mieux valent les modèles fondés sur le partenariat actif, voire critique. Il faut en prendre son parti, même si certains en regrettent le piment supplémentaire, disparu, susceptible d'attirer l'électeur dans les bureaux de vote. Illusion !
L'enjeu des élections européennes est moins futile : l'Europe a des choix historiques à faire et elle doit s'avancer unie. Historique, le mot a été régulièrement prononcé à l'issue du G20. Pour que l'évènement soit définitivement perçu comme historique, encore faudra-t-il qu'il soit confirmé dans les quelques mois à venir, confirmé par la mise en place des mesures contraignantes comportant leur part de sanctions effectives, et aussi leur évaluation. Evènement historique à confirmer mais également à amplifier par le sommet de Copenhague qui sera consacré à la fin de l'année au réchauffement climatique et à l'après-Kyoto. Il s'agira alors de choisir comment changer sa façon de vivre : changer son mode de production, de consommation, la façon de se déplacer, d'habiter etc. Sans doute faut-il remonter au début de la révolution industrielle au XVIIIe siècle pour assister à un pareil bouleversement. Sans doute faut-il même remonter à la révolution du néolithique où l'homme a cessé de vivre exclusivement de la chasse, de la pêche et de la cueillette, activités destructrices par essence, « non durable » : l'homme est alors devenu un agriculteur, élevant et cultivant.
De notre révolution du XXIème siècle, on peut déjà pressentir les changements profonds qui en résulteront inévitablement : changements dans les relations humaines, politiques et sociales, dans les modalités de prises des décisions. D'une égale importance, voire plus, les repères du progrès se mesureront différemment.
 
Mais prenons garde ! au moment où le monde fait des progrès spectaculaires dans son intégration économique et politique, il serait paradoxal, désastreux, que l'Europe marque le pas, ralentisse ou régresse dans la voie de sa propre intégration politique et économique alors que c'est elle qui, la première, a montré le chemin. Elle a montré le chemin au lendemain de la dernière guerre, tournant délibérément le dos à des pratiques, des comportements dans lesquels elle s'était obstinée de façon tragique. Elle vient de récidiver dans l'exemplarité en apportant sa marque de façon incontestable dans les deux évènements majeurs, « historiques », de cette année 2009 : ils lui doivent tout. Pas de conférence de Copenhague sans le paquet énergie-climat de la Commission européenne consacrée par la présidence allemande de Angela Merkel, pas de G20 sans l'audace un peu folle de la présidence française de Nicolas Sarkozy qui, embarquant dans ses bagages la Commission européenne de Manuel Barroso, forçant la porte de George Bush pour le convaincre d'un premier G20 à Washington. N'opposons pas un sommet à un autre : pas la moindre chance de succès à Copenhague avec un échec au G20, pas de mise en orbite de la lutte contre le réchauffement climatique si les premiers étages de la fusée s'étaient écrasés au décollage.
 
Nous ne sommes pas sortis de la crise mais c'est un tournant. La crise reste profonde, mais la réponse donnée est à la hauteur ! En Quoi ?
 
C'est, d'abord, une réponse coordonnée entre tous les pays ou leur porte-parole. La coopération est globale, mondiale : les institutions financières internationales sortent renforcées, de nouvelles institutions sont créées. Le protectionnisme est rejeté : refus de la guerre des taux de change et de l'escalade, sans fin, de mesures commerciales restrictives et de représailles continuelles. C'est aussi une réponse qui, d'emblée, est massive même si à l'expérience elles pourront être complétées, ajustée : au total plus de 5000 milliards de dollars, les ressources du FMI triplant. C'est sans précédent !mais nous en avons besoin. C'est enfin une réponse qui se veut complète et équilibrée : à côté de la réforme du système financier et du retour à la croissance (« la relance »), c'est aussi la dimension humaine de la crise. D'une part la nécessité de soutenir l'emploi, d'autre part la lutte contre la pauvreté et les inégalités croissantes enfin reconnues comme prioritaires par ceux qui y échappent, plus ou moins, et promues par ceux qui en sont les premières victimes. Ils sont désormais présents autour de la table des négociations. (Cf. le texte intégral du communiqué final)
Certes des insuffisances et des lacunes persistent: le dumping fiscal, une politique fiscale au niveau planétaire à organiser comme jadis on l'a fait, même imparfaitement, pour le commerce, le poids d'un endettement structurel de bon nombre d'états occidentaux, avec au premier rang les Etats-Unis, la conciliation difficile et incontournable de la surconsommation chez les uns et de l'excès d'épargne chez les autre, puis la place du dollar et les politiques de change...
 
Le danger le plus dévastateur serait la persistance de la perte de confiance. Il faut prioritairement restaurer cette confiance : l'alternative est le replis sur soi, l'isolationnisme avec leur cortège de tensions, de conflits et de guerre.
 
Ah si seulement les citoyens savaient….chaque électeur sait en gros ce que c'est que voter un peu plus à gauche ou un peu plus à droite, il sait plus ou moins pour qui voter, mais dans le cas des élections européennes, là ne se situe pas l'élément discriminant. Le citoyen européen reste un peu désemparé. Si les citoyens ne sont pas plus passionnés par les élections européennes, c'est parce qu'ils ne voient pas et ne savent pas ce que fait le Parlement européen et quels sont ses pouvoirs, son influence, ses votes, ses débats. Ils ignorent à quel point il influence leur vie de tous les jours. Ils ignorent tout ! Or, nous ne sommes plus dans ces temps où pour les opinions publiques malmenées par les médias, c'est « un vague et anonyme Bruxelles » qui prend les décisions. C'est le Conseil des ministres avec le Parlement européen et avec la médiation de la Commission et sur sa proposition qui prennent les décisions. Pour arrêter la loi européenne, ils le font le plus souvent ensemble, en « co-décision » et demain lorsque le traité de Lisbonne sera ratifié, c'est la quasi-totalité de la loi européenne qui fera l'objet de « co-décision ».
 
Les décisions et orientations prises au cours de ces dernières semaines, dans les « sommets », y compris celui du G20 à Londres, ont été et seront largement soumis aux votes du Parlement européen. Les élections européennes vont constituer une excellente occasion pour « raconter » aux électeurs ce que le Parlement européen a fait et sur ce qui l'attend sur son agenda pour les prochaines années. D'où l'importance de présenter correctement l'enjeu de ces élections plutôt que de soumettre les électeurs à un « nouveau petit cours » sur le fonctionnement des institutions européennes en n'omettant aucun détail et aucune subtilité.
 
Qui sait que le « paquet énergie-climat » qui déterminera la politique européenne et peut-être mondiale est le fruit d'une longue et âpre négociation entre le Parlement européen et le Conseil des ministres avec la médiation de la Commission ? Qui a été conscient que les mots clés agités par la presse et les divers médias au cours de ces derniers jours (agence de notation, solvabilité des compagnies d'assurance, exigence de fonds propres des banques, paiements transfrontaliers, secret bancaire, paradis fiscaux…) ont relevé et relèveront du Parlement européen ? Que dire du marché unifié de l'énergie, du prix du gaz et du prix de l'électricité, du forum permanent des citoyens sur l'efficacité énergétique ? La liste est longue, interminable, inépuisable. Et qui donc de sang froid, en réfléchissant seulement quelques secondes n'irait pas voter en sachant désormais à quel point c'est le contenu des lois européennes qui détermineront largement sa vie quotidienne ? Pourtant les abstentionnistes seront encore nombreux. Pour combien de temps encore ? sans à terme remettre en cause les fondements de la démocratie. Le vote comme l'abstention ne sont pas sans conséquences
 
Au moment de voter les citoyens européens ne peuvent rester inertes dans l'attente de le relance magique. Contre la crise il lui faut trouver les "bonnes pratiques" et se convaincre que chacun, là où il est, il peut faire quelque chose.
 
Mieux vaut les convaincre de leur potentiel et de leur capacité à agir, plutôt que de les bercer du slogan paresseux de « L'Europe protège ». Ce n'est pas faux, certes, et dans la crise les citoyens européens ont, enfin compris que le « modèle social européen », aussi imparfait soit-il, laisse le citoyen moins démuni que là où rien(ou peu) n'existe. De même les européens de bonne foi ont pris conscience qu'il vaut mieux être dans la zone euro qu'être resté en dehors par décision politique ou situation de fait. C'est vrai l'Europe protège, mais malgré tout, le slogan reste démobilisateur, émollient au moment d'affronter des changements considérables qu'on ne peut éviter.
 
Un nouveau monde commence à poindre avec ses espoirs et ses ambiguïtés, pas nécessairement (ou spontanément) plus juste mais nous ne sommes qu'aux débuts de la redéfinition de la gouvernance mondiale comme au lendemain de la dernière guerre mondiale.
 
(1) La Fondation Robert Schuman vient d'annoncer le lancement de son site consacré aux élections européennes www.elections-europeennes.org
 
Le Parlement européen vient de rendre publique une étude consacrée aux élections européennes
 
Le prochain numéro de Nea say... consacrera un article au récent sondage de l'Eurobaromètre sur les prochaines élections du Parlement européen.