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Forum mondial de l'eau : une déception ! L'eau  est un besoin de base pas un droit fondamental de l'homme. Les Etats-Unis se sont opposés malgré les européens à ce que l'eau fasse partie des droits fondamentaux.

pdf mise en ligne :07 04 2009 ( NEA say… n° 64 )

COOPERATION INTERNATIONALE > Lutte contre l'immigration illégale

Le 5e Forum mondial de l'eau s'est achevé, dimanche 22 mars, Journée mondiale de l'eau, sur une large déception. La déclaration ministérielle finale, âprement négociée par les 142 délégations présentes à Istanbul, ne tire pas toutesles conséquences de la publication, le 12 mars, du rapport de l'ONU sur les ressources en eau. Il appelait à "agir d'urgence" contre la menace d'une crise mondiale de la ressource, due à l'augmentation des besoins et aux effets du changement climatique. La déclaration apparaît aussi en décalage par rapport aux débats menés depuis l'ouverture du forum, le 9 mars, qui ont attiré 25 000 participants, et ont confirmé le constat de l'ONU.

La gestion de l'eau à l'épreuve du changement climatique. La déclaration n'est pas un document contraignant : les Etats signataires gardent les mains libres. Mais le texte, élaboré sur la base du consensus, définit une vision commune, et il est censé constituer un document de référence pour les années à venir. "Ce n'est pas un traité international, mais une déclaration politique, commentaient les organisateurs. Elle aurait dû être l'occasion d'affirmer des engagements forts, qui font défaut." L'absence de reconnaissance d'un "droit humain fondamental à l'accès à l'eau potable et à l'assainissement", dont sont privés des milliards de personnes dans le monde, a focalisé les critiques. Jusqu'au dernier moment, l'Espagne, la France, la Suisse, les Pays-Bas, plusieurs pays d'Amérique latine ont tenté de le faire inscrire dans la déclaration, au nom des millions de morts causés chaque année par les maladies liées au manque d'accès à une eau saine.

"Ce droit serait la traduction d'une véritable responsabilisation des Etats, et la possibilité pour les communautés privées d'eau de mettre ce sujet en tête de leurs priorités, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui", affirme Chantal Jouanno, la secrétaire d'Etat française, chargée de l'écologie. "Le droit à l'eau ne changerait pas les choses du jour au lendemain, affirme de son côté Jean Lapègue, de l'organisation non gouvernementale (ONG) Action contre la faim, mais permettrait de faire progresser l'accès à une eau saine et abordable pour tous. Ce n'est pas une contrainte, mais un levier d'action, notamment pour la recherche de financements."

La principale opposition est venue de la délégation américaine. Ses représentants ont mis en avant l'impossibilité, pour les Etats-Unis, de mettre en oeuvre ce principe, la gestion de l'eau relevant des Etats confédérés. Mais c'est surtout la crainte que ce droit n'ouvre la voie à une obligation, pour les pays riches, de financer l'accès à l'eau dans les pays pauvres, qui a provoqué le blocage.

"Nous ne sommes pas sûrs d'avoir affaire à des diplomates représentant la nouvelle administration américaine...", notaient certains observateurs, surpris par la contradiction entre cette position et les engagements du président Barack Obama en matière sociale et environnementale. Le Brésil, traditionnellement réticent à tout engagement concernant la gestion de ses abondantes ressources naturelles, et méfiant sur les implications concrètes de cette reconnaissance, y était également défavorable. Malgré tout, une vingtaine de pays, poussés par les délégations latino-américaines et l'Espagne, ont publié une déclaration séparée reconnaissant le droit à l'eau pour tous.

Le débat a aussi porté sur les eaux transfrontalières, objet de tensions récurrentes entre Etats. Certaines délégations africaines ont contesté la référence au respect des "accords existants" de partage des eaux entre pays, par lesquels ils s'estiment lésés et qu'ils souhaitent remettre en cause. Autre point de litige, la reconnaissance du rôle des collectivités locales dans la gestion de l'eau. Bien que ces dernières, proches des usagers, soient souvent considérées comme les plus aptes à gérer l'approvisionnement, la collecte et l'entretien des réseaux d'eau, certains Etats ne sont pas prêts à décentraliser cette compétence.

Ces tensions témoignent du refus de nombreux gouvernements d'accepter la moindre contrainte extérieure, même sans valeur juridique opposable, concernant une ressource stratégique, qui relève de la souveraineté nationale. "L'eau est gérée au niveau local. Il y a une forte réticence à prendre conscience qu'elle doit de plus en plus être considérée comme une ressource partagée et à raisonner de façon collective, commente Henri-Luc Thibault, directeur du Plan bleu, l'organisme du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), chargé d'étudier la Méditerranée. Les esprits ne sont pas encore mûrs."

 

L'eau sera-t-elle le  moteur des conflits du 3è millénaire? C'est la question qui vient naturellement à l'esprit mais il n'y a pas de raison de croire à une guerre de l'eau inéluctable. Mais le danger est grand car la première guerre qui se déclencherait (la première depuis 2500 ans disent certains) ne manquerait pas d'ouvrir des conflits et troubles de tout ordre qui se succèderaient en cascade.  L'eau succèdera-t-elle au pétrole comme enjeux, affrontements et source potentielle et permanente de tensions ? Les questions à ce sujet se succèdent alors que les Nations Unies ont établi que vers 2025 la demande en eau douce pourrait supérieure au total des réserves disponibles et mobilisables. On ne peut nier l'impossibilité de conflits et l'apparition d'une diplomatie de l'eau. On ne peut donc rester inerte et l'UE, comme elle s'est engagée de façon exemplaire dans la bataille du réchauffement climatique, devrait s'engager tout aussi résolument dans une gestion efficace et concrète de l'eau à l'échelle internationale.  A l'évidence les deux dossiers sont liés, le réchauffement climatique ne faisant qu'accentuer la pression sur les ressources mondiales en eau. Cette diplomatie de l'eau, d'un nouveau genre doit déjà faire face à de nombreux dossiers chauds: la répartition de l'eau entre Gaza, la Cisjordanie et Israël - comme l'a dénoncé le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, au Forum d'Istanbul , les conflits sur les berges des grands fleuves transfrontaliers (Mékong, Congo, Nil, Danube, Amazone, Niger) ou encore les "châteaux d'eau" en Chine mal gérés, sont déjà apparus comme autant de problèmes, parmi beaucoup d'autres, liés à l'eau qui touchent déjà le monde entier et qui provoquent des tensions.
 
Au moment où le Parlement européen considère que l'accès à Internet fait partie intégrante des droits fondamenataux, on est en droit de l'interroger: et l'eau?

S'il n'est pas dit que le seul facteur hydrique suffise à déclencher une guerre, l'eau pourrait néanmoins être un moteur, voire un catalyseur des tensions et à terme d'une guerre.  (cf. « l'eau, source de menaces ? » par Barah Mikaïl chez Dalloz
 
Friends of Europe : Does Europe have a global vision for tackling water scarcities ? (EN)

Commission: Climate change

Commission: addressing water scarcity and droughts

Website of the European Commission: the EU Water Framework Directive

European Environnement Agency: Water resources across Europe

European Environment Agency: Drought and water overuse in Europe

Green Facts: Water resources digest  (FR)