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Et à la surprise générale Durban II fut sauvée …
 
« L'hérésie, le blasphème, çà n'a rien à voir avec les droits de l'homme », s'était écrié un Robert Badinter prémonitoire dans le journal suisse « le Temps » quelques semaines avant que ne démarre la Conférence Durban II. Au bout du compte la liberté d'opinion a prévalu, chacun a le droit de croire ou de ne pas croire, et nul ne saurait faire l'objet de discrimination à ce sujet. Les droits de l'homme sont universels et indivisibles et tout clivage à ce sujet reste pernicieux. Il y a quelque mois un éditorial de Nea say l'a rappelé. A Genève, il a été important que la Communauté internationale ait rappelé son accord pour lutter contre la discrimination et le racisme : ce sont des maux contre lesquels il faut lutter comme il faut montrer qu'il existe des principes pour lesquels il convient de  se déclarer  uni. Ce qui compte ce sont les textes et déclarations finales proclamés. Qu'il s'agisse de Durban I ou Durban II ce qui s'est dit autour, avant ou après la tenue des conférences, les récupérations d'ordres divers et le dévoiement des principes, tous parfaitement prévisibles,  ne comptent pas. C'est un premier constat.

Deuxième constat, c'est celui d'une impasse dès que l'on veut entrer dans la mise en pratique de ces principes touchant les droits de l'homme et du relatif isolement de nos pays européens malgré leurs sincères convictions universalistes. Nous butons sur les limites de nos efforts prosélytes en matière de droits de l'homme. Il faut donc s'y prendre autrement, mais comment ? En cassant les automatismes  qui dressent un bloc contre un autre, transcender les clivages. C'est ce que propose l'ancien ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine : « l'Occident doit redevenir plus universel, moins occidentaliste».  Désamorcer le ressentiment profondément ancré au cœur des humiliations permanentes, la pauvreté, les conflits comme ceux qui opposent israéliens, palestiniens et monde arabe, finalement l'inattention profonde portée à l'égard de ces populations est à l'origine de bien des tensions et de beaucoup ce conflits.

Le géopoliticien, mais aussi praticien comme ancien ministre, complète le juriste moraliste. Mais suffit-il d'avoir de bons textes juridiquement contraignants et une bonne politique étrangère avec une bonne mise en pratique pour faire face à cette irruption du « pur religieux » et de la « sainte ignorance » pour reprendre les concepts développés avec pertinence par Olivier Roy ?

La théorie du clash des civilisations de Samuel Huntington ne permet pas de comprendre de tels phénomènes. Il ne permet pas plus de comprendre ce qui anime les fondamentalismes modernes qui n'affectent pas seulement l'Islam et qui mettent en concurrence sur un marché des religions lui aussi mondialisé, marché où s'exacerbent à la fois leurs divergences et où se standardisent leurs pratiques. Trop peu de spiritualité et un trop plein de codes et de normes. Des sous-cultures qui nieraient une culture durable et englobante celle de la modernité ? Les droits de l'homme sont indiscutables dans leur formulation et leurs objectifs, mais ils ne fournissent pas une réponse générale, immédiate, totale aux questions qui nous sont posées. L'histoire pourrait-elle nous apporter des débuts de réponses ? Dans « Confesser sa foi. Conflits confessionnels et identités religieuses dans l'Europe moderne », Olivier-Christin Seyssel nous apprend que la formation des identités culturelles ne se fait ni par le haut (imposée par l'Eglise ou l'Etat), ni par le bas. Les stratégies de persuasion, d'adhésion ou de refus sont multiples : la construction des identités confessionnelles ne peut se résumer  à un processus simple, unique et même pendant les périodes de tensions et d'affrontements extrêmes ( le temps de la Réforme et des guerres de religions en Europe) la liberté d'agir et de choisir  a été bien plus grande qu'on ne l'imagine.

Beaucoup de points d'interrogation ! Le 11 mai prochain il sera intéressant de suivre la cinquième édition des rencontres des trois religions monothéistes, rencontres lancées en 2005 par le président Barroso. La rencontre de cette année revêt une importance particulière : il s'agit de débattre de la crise économique et financière et de l'apport de l'éthique des religions pour la gouvernance économique, tant à l'échelle européenne que mondiale.
 
Cf ci-dessous dans le présent numéro l'article consacré à la génèse, au déroulement et aux enjeux de la Conférence de Durban II ainsi que le texte de ses conclusions finales.