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Durban II,  sauvée….et après ?

pdf mise en ligne :05 05 2009 ( NEA say… n° 65 )

DROITS FONDAMENTAUX > Liberté de pensée, de conscience et de religion

Lutte contre le racisme : elle se poursuit ! l'affront fait par le président iranien lavé par l'adoption surprise, rapide et par acclamation d'un bon texte. Comment en est-on arrivé là ? l'historique des évènements d'une dramaturgie exceptionnelle qui a son importance et reste porteuse de leçons multiples


 Après les diatribes du président iranien, les Etats ont accéléré l'adoption d'une déclaration finale. La responsable en chef de la diplomatie suisse, Micheline Calmy-Rey, parle de «moment historique» et de succès. Le ministre français Bernard Kouchner, d'autres encore, saluent la réussite, tout comme entre  Human Rights Watch, la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH)

Alors qu'on s'attendait à un fiasco général,  coup de théâtre le  mardi 21 avril  à Genève. Alors qu'on craignait que la Conférence d'examen de Durban débouche sur le même fiasco qu'à la Conférence mondiale sur le racisme de 2001 en Afrique du Sud, les quelque 140 délégations réunies dans la salle des Assemblées du Palais des Nations ont surpris tout le monde en adoptant par acclamation la déclaration finale de «Durban II». La surprise est d'autant plus grande qu'un jour plus tôt, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a, par ses propos virulents contre l'Occident et Israël, plongé le sommet onusien dans l'effarement, relayé par l'ensemble des médias.

Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Navanethem Pillay s'est félicitée que la conférence ait adopté un document qui constitue «la réponse de l'ONU aux diatribes antisémites du président iranien». Elle n'a pas hésité à parler de succès. Malgré les défections européennes de l'Italie, Allemagne, Pays-Bas, Pologne, République tchèque ainsi que de celles des Etats-Unis, du Canada, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et d'Israël, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouch­ner, a salué ce tournant incroyable: «Le texte a été adopté, donc il (Mahmoud Ahmadinejad) a échoué. […] A partir d'aujourd'hui, il y a un texte de référence qui concerne les discriminations, un texte antiraciste majeur.»

Micheline Calmy-Rey est intervenue à la tribune de la conférence. Selon elle la communauté internationale a vécu «un moment historique». La déclaration finale contient, a-t-elle déclaré, les «grands principes qui nous tiennent à cœur, la liberté d'expression, les droits des femmes. Elle rappelle l'Holocauste, tragédie du passé qui doit servir d'enseignement pour le futur». Et Micheline Calmy-Rey d'ajouter: «Cette conférence est un succès. Mais elle n'est ni le début, ni la fin d'une ère nouvelle. C'est une étape sur le long chemin de l'éradication du racisme.»

La déclaration finale souligne les efforts entrepris depuis la conférence de 2001 à Durban, mais aussi tout le chemin à parcourir pour éradiquer ce fléau. Il réaffirme la Déclaration et le programme d'action de Durban I, il déplore l'augmentation globale du nombre de manifestations d'intolérance et de violence raciale et religieuse. Il rappelle que l'esclavage et le trafic d'esclaves, l'apartheid, le colonialisme et le génocide ne doivent jamais être oubliés, tout comme l'Holocauste. Il exhorte les Etats à empêcher les manifestations racistes à leurs frontières face à l'arrivée d'immigrés.

Les éléments les plus controversés ont été enlevés du document comme le concept de diffamation des religions promu notamment par les pays islamiques – une atteinte trop sérieuse à la liberté d'expression pour les Occidentaux –, mais aussi toute référence à Israël et aux réparations relatives au colonialisme.

Pour Julie de Rivero, directrice de Human Rights Watch à Genève, Durban II a émis «un message essentiel grâce à un texte qui montre qu'on combat mieux le racisme en renforçant la liberté d'expression». Elle invite les Etats qui ont boycotté le sommet à se pencher sur le texte et à l'adopter. «Ce texte est, selon Julie Gromellon, représentante à l'ONU de la Fédération internationale des droits de l'homme, l'antithèse du discours d'Ahmadinejad. Il condamne l'antisémitisme, dénonce l'incitation à la haine et rappelle l'Holocauste et ses victimes.»

Durban II n'a pas manqué de dramaturgie. Organisée «par défaut» à Genève, ville onusienne – personne ne voulait l'accueillir –, la conférence a d'emblée fait l'objet de demandes et menaces de boycott. Des négociations très serrées menées par le Russe Youri Boychenko, ont débouché à quelques heures de l'ouverture de la Conférence  sur un texte consensuel qu'il fallait garder intact. Réduit en volume, mieux structuré il reflète un travail exceptionnel de dernière minute. De leur côté les Etats ont accéléré son adoption pour éviter d'ouvrir la boîte de Pandore. Le lundi matin 20 avril s'était ouverte à Genève la conférence mondiale de l'ONU contre le racisme, dans un climat de haute tension diplomatique. Le thème de la rencontre aurait pourtant pu paraître consensuel : la lutte contre « le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée ».

Mais en 2001, la dernière conférence organisée par l'ONU sur ce sujet, à Durban (Afrique du Sud), avait tourné en une « grave crise politique internationale », selon les observateurs. En cause, les interventions jugées choquantes de certaines organisations à l'occasion du forum des ONG, en marge du sommet. Israël avait été violemment attaqué. Choqués par les tentatives de certains pays d'assimiler le sionisme à du racisme, les États-Unis et Israël avaient claqué la porte. Quant aux discussions sur des réparations concernant l'esclavage, elles avaient tourné court. A l'ouverture de « Durban II » « Durban I » n'avait  pas perdu son odeur de scandale, une odeur subtilement entretenue par un lobby effréné, souvent partisan du pire. La conférence de Durban I avait abouti malgré tout à l'adoption, par consensus, d'une déclaration et d'un programme d'action fixant, selon ses défenseurs, la première stratégie mondiale contre le racisme. Mais le scandale avait marqué profondément Durban I, qui reste comme une épine dans le pied de l'ONU. Depuis, les replis nationalistes n'ont fait qu'augmenter, de même que le clivage entre pays musulmans et occidentaux.

Huit ans plus tard, « Durban I » n'a  donc pas  perdu son odeur de scandale. Or la conférence de Genève avait  pour ambition d'en faire le bilan pour, si possible, aller plus loin dans la lutte contre le racisme. « Huit ans après, les promesses et les mesures antiracistes n'ont pas réussi à reléguer les pratiques discriminatoires et l'intolérance dans les poubelles de l'histoire », a déploré la haut commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, Navanethem Pillay, chargée de mener la conférence de Genève à bien. « Les objectifs de la déclaration de Durban n'ont pas été atteints. »

Pour éviter une nouvelle foire d'empoigne, une première mesure avait été de supprimer, cette année, le forum des ONG, afin d'éviter d'offrir une tribune aux positions polémiques exprimées en 2001.
Autre crispation : le concept de diffamation des religions. Ensuite, les organisateurs ont dû démêler l'incroyable écheveau de positions, oppositions et « lignes rouges » qui s'étaient accumulées à l'occasion de Durban I autour de la notion de racisme. Chacun des 170 pays présents et des 6 000 ONG participantes y était allé de sa propre définition. L'épisode israélien n'était que la partie émergée des tensions nées dans les coulisses du sommet.

Les Européens, qui ont réservé leur participation à la rencontre de Genève jusqu'au dernier moment, avaient de nombreuses réserves ou exigences. Deux d'entre elles ont concentré les débats dans la dernière semaine dernière. D'abord, le refus d'une mention spécifique au conflit du Proche-Orient et de toute accusation indirecte contre Israël. Autre sujet de crispation : le concept de diffamation des religions. En Europe, les associations de droits de l'homme en ont fait un de leurs chevaux de bataille. Une pétition mise en ligne par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) dit craindre « la mise à mort de l'universalité des droits », au nom d'une « révolution prétendument multiculturelle », sur les questions de religion, de blasphème et de laïcité. Le concept de diffamation des religions ne devait toutefois pas figurer dans la déclaration finale. A joutons que l'Iran  a voulu maladroitement polariser le débat sur la Shoah, apportant son renfort au camp qui s'opposait à lui. L'Europe qui finalement a sauvé la Conférence, mais malgré elle, car ses divisions et les décisions de dernière minute de certains de ses membres ont compliqué les choses et obscurci une fois de plus son image et relativisé son prêche sur ses valeurs. Reste enfin le problème des migrants. Objet d'un chapitre entier du texte de 2001, le sujet gêne l'Europe qui estime qu'il est sans rapport avec le racisme. La France est particulièrement sourcilleuse sur ce point : les récents débats autour des centres de rétention et de l'aide aux migrants font craindre une mise en accusation publique lors du sommet. D'autant qu'il y a quelques mois, la haut commissaire Navanethem Pillay, originaire d'Afrique du Sud, avait annoncé son intention d'en faire une des thèmes clés de Genève.

Dans ce contexte déjà troublé, la venue du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, connu pour ses positions antisémites et négationnistes, ne pouvait que renforcer la crainte, déjà forte, de tous les débordements et excès en tout genre qui pourraient rappeler ceux de Durban. L'Iran voulait  polariser le débat sur la Shoah. La République islamique a donc plaidé pour que le paragraphe appelant à ne jamais oublier la tragédie soit rattaché à celui traitant des injustices du passé. « Inacceptable », ont déjà prévenu les Européens. Redoutant les dérapages de Mahmoud Ahmadinejad,  plusieurs pays avaient  annoncé à l'avance qu'ils boycotteraient la rencontre ce qu'ils feront. Mais une séance boycottée n'a pas eu pour conséquence que c'était la Conférence qui était boycottée, du moins pour la très grande majorité des délagations. Certains comme l'Allemagne ont trouvé des formules alambiquées pour dire qu'elle n'était pas là tout en étant là..

Hésitations européennes .L'Union européenne  n'est pas parvenue à adopter une position commune. La Grande-Bretagne participe, sans envoyer de représentant de haut niveau gouvernemental. La France est  présente et active, Bernard Kouchner et Rama Yade prennent régulièrement la parole en dehors de la conférence et s'efforcent de donner le ton et le rythme. L'Allemagne renonce bizarrement et sans convaincre, la présidence tchèque préside de façon extravagant et se retire brutalement et sans prévenir. La conférence s'ouvre donc sur une large désapprobation des pays occidentaux, en dépit de plusieurs semaines d'efforts des organisateurs pour arrondir les angles.

Le document préliminaire de 45 pages demandait des réparations de l'esclavage, condamnait l'«islamophobie» et réitérait la conclusion de Durban selon laquelle l'attitude d'Israël à l'égard des Palestiniens s'apparentait à du racisme. Devant les protestations des émissaires américains, le texte final adopté le vendredi d'avant l'ouverture  avait été réduit à seize pages et expurgé des références contestées, dans l'espoir de sauver la présence des États-Unis.

L'absence des Etats-Unis. Alors que le pays n'avait pas participé à la préparation du forum depuis trois ans, Barack Obama avait envoyé une délégation à Genève, qui s'était retirée fin février, laissant augurer du boycott américain. Il ne cessera de souffler le chaud et le froid avant de se retirer. «Il paraît maintenant certain que les inquiétudes qui subsistent ne trouveront pas de réponse dans le document qui doit être adopté la semaine prochaine à la conférence, a déclaré samedi Robert Wood, porte-parole du département d'État. Avec regret, les États-Unis n'assisteront pas à la conférence.». Israël et des groupes de défense des intérêts juifs aux États-Unis avaient fait pression pour un boycott de Washington et se sont félicités de sa décision.

Outre la question israélienne, un autre sujet d'inquiétude était apparu avec la revendication de pays arabes d'une condamnation de la «diffamation des religions», après l'affaire des caricatures de Mahomet dans la presse danoise en 2006. Les pays occidentaux voient là une atteinte à la liberté d'expression. Ajoutons la présence annoncée (claironnée) à Genève du président iranien Mahmoud Ahmadinejad - seul chef d'État important à s'y rendre - qui a qualifié à plusieurs reprises l'Holocauste de «mythe» et réclamé la destruction d'Israël, a également pesé dans la décision des États-Unis de laisser leur chaise vide.Navi Pillay, haut-commissaire des Nations unies pour les Droits de l'homme, s'est déclarée «choquée et profondément déçue». «C'est vraiment une occasion manquée pour les États-Unis», a réagi Juliette de Rivero, représentante de Human Watch International. D'aucuns soulignent l'ironie de l'absence du premier président américain noir à une conférence mondiale sur le racisme. «Que le président Bush ne participe pas aurait été attendu, que l'Administration du président Obama ne participe pas envoie un signal décevant», avait prévenu la semaine dernière TransAfrica, une association spécialisée dans la politique étrangère américaine, qui avait envoyé une lettre au président cosignée par le révérend Jesse Jackson, le groupe des parlementaires noirs et plusieurs associations de défense de la minorité noire. Selon la présidente du groupe noir de la Chambre des représentants, Barbara Lee, élue démocrate de Californie, «cette décision est contraire à la politique de l'Administration de discuter avec ceux avec qui nous sommes d'accord et avec ceux avec qui nous ne sommes pas d'accord». Les opposants à la décision de Barack Obama estiment aussi qu'elle marque un recul dans sa politique de réconciliation avec les institutions de l'ONU, notamment sa volonté de coopérer avec la Cour pénale internationale.
Absence des Etats-Unis, division et hésitations européennes ont fait du sauvetage et de la sauvegarde de la Conférence un véritable miracle. Mais comme l'a dit l'ambassadeur égyptien, Hisham Badr, il y a eu une volonté de tous les pays de dire à la communauté internationale qu'elle ne voulait pas  laisser quiconque  faire dévier la conférence de son but originel. Et la défection de la République tchèque venant s'ajouter à celle des Etats-Unis, d'Israël, du Canada, de l'Australie, de l'Italie, de la Pologne, des Pays-Bas et de l'Allemagne n'y a rien changé. Un impératif s'est imposé : ne pas permettre au président iranien de saboter la conférence.

Finalement peu à peu s'est imposée l'idée impérieuse que boycotter, saboter, laisser les choses aller à la dérive était un acte d'irresponsabilité! Pourtant, rares furent ceux qui s'exprimèrent avec clarté et fermeté. L'expression la plus achevée  de la fermeté et de la clarté fut celle de Human Rights Watch. Sa représentante à Genève, Juliette de Rivero, a multiplié une argumentation serrée et respectueuse des faits. Une longue négociation a abouti à un document fort qui aurait pu réunir tout le monde entier autour de la lutte contre le racisme, a-t-elle fait valoir. Les avis et les exigences de tous les occidentaux ont été entendus. Un compromis avait été trouvé, nous disait-elle. Le fait même que les négociations ont eu lieu démontre qu'un consensus est possible. Les points de vue du nord et du sud ne sont pas irréconciliables. Sur la base de plusieurs informations fausses, soulignait-t-elle, plusieurs Etats ont décidé de boycotter. Il y a eu « une campagne de diffamation » à propos de ce texte, affirmait-t-elle. Le texte ne mentionne pas Israël et loin de comporter des mentions à caractère antisémite il condamne précisément l'antisémitisme. Trop d'importance a été donné au président iranien. Au contraire il faut  démontrer qu'il est isolé. Robert Badinter, hostile au boycott, disait dans le journal suisse « le Temps », avant l'ouverture de la Conférence, qu'il ne fallait faire attention à ce qui se dirait mais au texte soumis à l'approbation des délégation. Ce texte aurait dû permettre de limiter avant l'ouverture de la Conférence les tensions, notamment au sein du Conseil des droits de l'homme et un fort consensus aurait pu donner une plus grande légitimité au Conseil qui en a bien besoin. Or ceux qui se sont retirés ont vu leurs demandes exprimées en 2001 être satisfaites mais en plus leurs nouvelles requêtes, notamment celles des Etats-Unis auraient pu être et intégrées dès le départ des travaux dans le texte. C'est irresponsable  concluait-elle et l'Occident donne une mauvaise image de lui aux yeux de toutes les victimes du racisme. Bien évidemment l'unité de l'Europe sur les valeurs, ses valeurs, en ressort sérieusement atteinte. L'absence des Etats-Unis a été regrettée : « choquée et profondément déçue » a dit Nancy Pillay, la haute commissaire aux droits de l'homme. Cette défection en a entraîné d'autres et cela portait un coup sérieux à la lutte contre le racisme dans le cadre de l'ONU. Julie Gromellon de FIDH a fait observer que des pays, comme l'Allemagne,  avaient pourtant accepté en 2001 la déclaration finale de Durban et aujourd'hui elle refuse de prolonger son  engagement… Toute cette argumentation déployée à Genève a finalement porté ses fruits. Et le refus de Washington de participer à la conférence de l'ONU contre le racisme s'est  réduit dans sa portée à l'enjeu relationnel bien connu américano-israélien : tel est le sentiment qui a ressorti rapidement des commentaires émis aux Etats-Unis après cette décision, rendue publique par les Etats-Unis, à la dernière minute, ledimanche 19 avril. Remarquons que cette décision n'a pas été facile et qu'elle a été adoptée à l'issue de vives délibérations dans l'entourage du président Barack Obama.

Trois  points méritent d'être commentées : celle concernant l'absence des Etats-Unis, longtemps hésitants, et malgré un lobby important sur place favorable à la Conférence (la Norvège, le Centre Jimmy Carter etc…) et que différentes délégations tentèrent de convaincre jusqu'à la dernière minute. L'administration Obama n'a finalement pas vu le lien existant entre le Conseil des droits de l'homme où manifestement ils veulent jouer un rôle et Durban II. Il y a eu aussi des attitudes surprenantes. Les négociations de Durban ont livré leur lot de surprises. La première fut celle de l'ambassadeur de la Palestine auprès de l'ONU. Ibrahim Khraishi a rapidement déclaré qu'il n'avait rien à gagner à empêcher le consensus et qu'il acceptait qu'on ne fasse pas mention du problème de la Palestine dans le document. Par la voie de son nouvel ambassadeur Zamir Akram, le Pakistan, réputé par le passé pour ses positions radicales, a joué de l'avis de tous un rôle particulièrement positif. L'Egypte aussi, connu pour ses invectives anti-Occident au Conseil des droits de l'homme, a apporté une contribution substantielle en collaboration avec la Belgique pour permettre un consensus. Au sein de l'OCI, on ne le cache pas: il y avait une volonté de faire réussir Durban II «pour nos amis africains», très concernés par le racisme. «Notre rôle constructif a été souligné par la haut-commisaire», clame Zamir Akram. Quant à Cuba, il a laissé de côté sa rhétorique pour se rallier aux positions modérées du Grulac latino américain. Enfin il faut dire un mot sur la demi-absence de l'Allemagne. Le cas est différent : elle a toujours eu un rapport historiquement particulier avec Israël. La chancelière Angela Merkel avait encore récemment déclaré que la lutte contre l'antisémitisme était « une raison d'Etat ». Le refus de dernière minute de participer repose sur plusieurs facteurs alors que la veille elle faisait encore partie du consensus sur le projet de déclaration. L'Allemagne craignait, à juste titre, les dérapages de L'Iran et les réactions des ONG et cela la tétanisait. Jean-Baptiste Mattei, ambassadeur de France auprès de l'ONU à Genève et chef de la délégation française a relativisé la division : « Nous n'avons pas eu la même approche quant à la participation, mais nos positions étaient communes sur les principes ».

Le Bilan : la lutte contre le racisme est possible !
 
Malgré le contexte tendu qui a dominé les préparatifs d'une conférence tenaillée entre les propositions souvent liberticides de certains régimes dictatoriaux et les menaces de boycott des pays occidentaux, cette déclaration démontre qu'il est toujours possible d'obtenir un consensus international sur un sujet sensible. C'est l'avis de bien des observateurs, spécialistes des droits de l'homme. Et le laborieux travail de négociation sur chaque mot et chaque paragraphe de la déclaration à l'aune des intérêts politiques et géostratégiques des Etats et des groupes régionaux n'a pas débouché sur un texte incohérent et vidé de toute substance. Mobilisation européenne. Cette déclaration n'est pas un grand document. Mais c'est un bon texte qui, au moins, n'entérine aucun recul sur les droits de l'homme, constate pour sa part Adrien-Claude Zoller. Pour l'expliquer, le directeur de l'institut Genève pour les droits de l'homme relève la forte mobilisation des pays européens, dont la Suisse. « Cette fois-ci, les Européens minoritaires ont mis la totale et se sont battu avec la dernière énergie. » poursuit-il.

Human Rights Watch, l'ONG internationale la plus fortement impliquée dans la conférence et ses préparatifs, va dans le même sens. « L'antagonisme entre les pays occidentaux et les pays musulmans - renforcé depuis 2001 au détriment des minorités musulmanes - a été surmonté. Ce document communique un message d'unité et de tolérance. Il démontre l'isolement du président iranien », souligne Juliette Rivero, directrice du bureau genevois de Human Rights Watch, en référence à la propagande incendiaire de Mahmoud Ahmadinejad à l'ouverture lundi de la conférence. Un document solide ! « Ce texte est un document solide du point de vue de la lutte antiraciste. Il devrait donc recevoir le soutien des pays qui ont boycotté la conférence. » Juliette Rivero poursuit : « La déclaration place la liberté d'expression au centre du combat antiraciste. L'antisémitisme est clairement dénoncé. Les Etats sont aussi clairement invités à respecter les droits humains dans les mesures qu'ils prennent à l'égard des migrants et des sans-papiers. Un sujet encore tabou en 2001 à Durban. » Et ça n'est pas tout : « Les gouvernements sont invités à lutter plus fortement contre les groupes d'extrême-droite. Il y a aussi un appel à favoriser l'intégration des jeunes issus de l'émigration. Plusieurs paragraphes sont consacrés à la protection des femmes ou des employés de maison, alors que leurs droits sont souvent violés. ». Engagement étatique. Certes, la déclaration de Durban II n'est pas contraignante. Mais en l'adoptant, les gouvernements s'engagent à la mettre en œuvre sur le plan national. « Les ONG pourront demander des comptes aux Etats pour qu'ils respectent leurs engagements », assure Juliette Rivero.
Adrien-Claude Zoller souligne, lui, le renforcement du Comité pour l'élimination de la discrimination raciale, l'un des instruments qui permettra de vérifier les engagements des Etats. Même l'absence dans la déclaration du projet d'Observatoire du racisme se révèle positive. L'Algérie voulait que les lignes directrices de cet observatoire soient fixées par le Conseil des droits de l'homme, une instance onusienne où les régimes autoritaires réussissent souvent à imposer leurs vues. Pour obtenir le consensus, ce projet ne figure plus dans la déclaration, relève Adrien-Claude Zoller : « La Haut-commissaire aux droits de l'homme qui porte ce projet pourra donc le mettre sur pied en toute indépendance. Ce qu'elle a promis de faire. »

De nombreuses frustrations et des oublis aussi. Pour autant, la déclaration adoptée à Genève contient de  lacunes. Plusieurs communautés de victimes de discriminations restent oubliées. Comme les intouchables en Inde et au Japon - même si le système des castes est officiellement aboli dans ces pays - ou les homosexuels.  Tout comme la diffamation des religions, la question des homosexuels va continuer d'être utilisée par certains régimes autoritaires en mal de légitimité pour fustiger les pays occidentaux et leurs mœurs jugées décadentes. En rejetant le thème des réparations pour les pays spoliés par l'esclavage et la colonisation, les pays occidentaux continuent, de leur coté, d'alimenter une frustration qui rejaillira au Conseil des droits de l'homme ou dans d'autres instances internationales. Même constat pour le conflit israélo-palestinien, dont l'absence du document final a été dénoncée jeudi par une dizaine d'ONG arabes. Des signes d'ouverture. La communauté internationale continue donc d'être parcourue par de grandes lignes de fracture. Les premiers pas du président Barack Obama, ses gestes d'ouverture tout azimut, vont dans le sens d'une détente internationale.  Le président américain semble déterminé à obtenir un règlement de paix au Proche Orient d'ici quatre ans avec la création d'un Etat palestinien viable. Absents de la conférence antiraciste de Genève, les Etats-Unis vont aussi se porter candidat ce printemps pour entrer dans le Conseil des droits de l'homme. (Cf autre information dans le présent numéro sur les 100 jours d'Obama)  Ce qui permettra de rééquilibrer les rapports de force qui le domine actuellement.
 
La Commission européenne et la présidence du Conseil vont faire une déclaration à la plénière du Parlement européen pour la dernière session de la législature. Le prochain numéro de Nea say (N° 66) en rendra compte.
 
Texte de la déclaration finale (FR) (EN).