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L'imbroglio de Guantanamo, la prolongation des tribunaux d'exception décidée, Nancy Pelosi savait depuis 2003....Dick Cheney à son tour piégé. La CIA à nouveau accusé. L'opinion publique américaine interpellée directement par les Républicains. Obama revient sur sa décision de publier les photos.

pdf mise en ligne :11 05 2009 ( NEA say… n° 66 )

DROITS FONDAMENTAUX > Lutte contre la torture

Obama rattrapé par l'imbroglio de Guantanamo. Une reculade du président américain. Les élus républicains vont présenter plusieurs projets de loi visant à empêcher la libération ou le transfert de détenus de la prison de l'île de Cuba sur le sol américain. De nouvelles révélations. La polémique à son comble


L'annonce de la fermeture d'ici à janvier 2010 de la base de Guantanamo le lendemain de son investiture était la partie la plus facile pour Barack Obama. Comme l'a rappelé John McCain dans le Wall Street Journal, le sort des détenus est une autre affaire. Alors que le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a laissé entendre u'une centaine de prisonniers, parmi les 241 actuellement sur l'île de Cuba, pourraient être transférés sur le sol américain cf Nea say …N° 65), les Républicains ont décidé de lancer une attaque frontale, auprès de l'opinion publique et au Congrès. Le sénateur du Tennessee a mis en ligne une vidéo montrant des images de terroristes déjà condamnés, entrecoupées de panneaux routiers américains, dont le message final est :« Terroristes. Bientôt dans votre voisinage. Janvier 2010 .» Les trois chefs de file républicains de la Chambre des représentants devaient annoncer jeudi le projet de loi Keep Terrorists Out of America Act, visant à empêcher les détenus de Guantanamo d'être relâchés et même transférés dans des prisons aux États-Unis.


« Pas d'Ouïgours dans les rues » ! Plusieurs élus républicains s'apprêtaient aussi à présenter des textes de loi visant à interdire le financement de tout transfert par des deniers publics. Ils entendent également contester la légalité de la libération prévue de 17 Ouïgours, la plupart blanchis, au nom d'une loi interdisant l'émigration aux États-Unis de personnes ayant été entraînées dans des camps terroristes. «Pas D'Ouïgours dans les rues », a clamé mercredi le représentant du Kansas, Todd Tiahrt. Pour l'instant, ce sont les seuls détenus connus de Guantanamo à avoir reçu le feu vert de l'Administration Obama pour être relâchés aux États-Unis, pour certains d'entre eux probablement dans le nord de la Virginie, où réside déjà une communauté de Chinois musulmans.

À huit mois de la date de fermeture de Guantanamo, pour laquelle son Administration a demandé 81 millions de dollars au Congrès, Barack Obama peine aussi à convaincre son propre camp. Le leader de la majorité démocrate au Sénat exige plus de détails sur le sort des détenus libérables et non libérables avant de donner son feu vert. Robert Gates, qui a demandé quant à lui 50 millions de dollars au Congrès pour la construction éventuelle d'un nouveau centre de détention provisoire, s'apprête à essuyer un refus dans la plupart des États. Nombre de démocrates reconnaissent en coulisse le casse-tête politique posé par la fermeture de Guantanamo, un sujet très sensible auprès d'une population que l'opposition ne cesse de vouloir convaincre du danger de la politique de Barack Obama pour la sécurité de l'Amérique. Dans un éditorial intitulé «Le pétrin d'Obama à Guantanamo», le Wall Street Journal dénonce la précipitation du président à vouloir fermer Guantanamo sans solution de rechange, notamment pour les prisonniers jugés dangereux. »

 Paris a accueilli un détenu algérien de Guantanamo parmi des européens toujours aussi évasifs, mai l'Allemagne disposée à accueillir des ouîghours en Bavière (cf Nea say …n° 65 et autre nouvelle dans les "informations rapides")

Emprisonné sur la base américaine depuis sept ans et blanchi par la justice en novembre, Lakhdar Boumediene pourrait être transféré sur le sol français rapidement. C'était une promesse de Nicolas Sarkozy à Barack Obama. La France va accueillir «dans les dix prochains jours» un des détenus de la prison de Guantanamo. Selon une source proche du dossier, Paris aurait donné son accord pour recevoir Lakhdar Boumediene. Cet Algérien de 42 ans a passé sept ans sur la base américaine de Cuba. Bien qu'il ait été en novembre blanchi par la justice américaine, l'homme n'a toujours pas été relâché. En revanche, Paris a d'ores et déjà annoncé qu'il rejoindrait en homme libre la France, où il a de la famille. Sa femme et ses deux filles de 9 et 13 ans, restées en Algérie, pourraient le retrouver. Arrêté avec cinq autres Algériens fin 2001 alors qu'il vivait en Bosnie, Lakhdar Boumediene était soupçonné de fomenter un attentat contre l'ambassade américaine de Sarajevo. Le quadragénaire a été parmi les premiers prisonniers à avoir été transférés au centre de détention de Guantanamo. A son ouverture par l'administration Bush en janvier 2002, la prison n'était composée que de cages à ciel ouvert. Les conditions de captivité de Lakhdar Boumediene se sont dégradées en décembre 2006, lorsqu'il a entamé une grève de la faim. Depuis, il est nourri de force deux fois par jour mais reste très affaibli. Il est «maintenu sur une chaise, attaché en sept endroits, avec un masque sur la bouche» alors qu'un tuyau introduit par le nez envoie un liquide protéiné dans son estomac, s'était plaint son avocat. «Une de ses narines a cédé, ils utilisent l'autre, parfois le tuyau va vers le poumon et non l'estomac: c'est de la torture», avait-il ajouté. Après son acquittement, Lakdhar Boumediene avait été transféré en janvier 2009 dans un quartier de la prison connu pour héberger des détenus difficiles où il a été maltraité.

M. Obama un instant hésitant pour prolonger les tribunaux d'exception créés pour Guantanamo (Cf Washington post du 9 mai) décide finalement de les prolonger mais en annonçant leur réforme. Quand il a annoncé, le 22 janvier, la fermeture de la prison de Guantanamo dans les douze mois, Barack Obama a laissé en suspens toutes les questions épineuses : où enverrait-on les anciens "ennemis combattants" ? ; quelle juridiction sera compétente pour ceux qui ne pourraient être remis en liberté ? Depuis, le débat agite l'exécutif, le Congrès et l'opinion.

241 prisonniers issus de 30 pays, selon les derniers chiffres fournis par le  Pentagone début mai. Ils viennent de 30 pays : "environ" 100 Yéménites et 25 Afghans ; 17 Chinois ouïgours ; "environ" 20 Algériens (dont Lakhdar Boumediene, qui sera accueilli en France) ; une douzaine de Saoudiens. Les autres sont originaires de 25 pays, dit encore le Pentagone sans autre détail. Chaque nationalité compte de 1 à 5 détenus, dont un natif de la bande de Gaza, un de Cisjordanie, "quelques" Marocains, Libyens et Syriens et un Ouzbek.

Selon le Centre pour les droits constitutionnels, organisation non gouvernementale basée à New York, et qui représente plusieurs détenus, certains viennent aussi des pays suivants : Azerbaïdjan, Bosnie, Canada, Egypte, Emirats arabes unis, Indonésie, Irak, Kazakhstan, Kenya, Koweït, Malaisie, Mauritanie, Pakistan, Russie, Somalie, Soudan, Tadjikistan, Tanzanie, Tchad et Tunisie.
Dans les prévisions budgétaires du ministre de la justice, le président avait suspendu les commissions militaires, les tribunaux d'exception créés par l'administration Bush, pour 120 jours. Le délai vient à échéance le 20 mai. Selon le Washington Post du 9 mai, l'administration a l'intention de demander 90 jours de report, afin de préparer une version améliorée des commissions. Les déclarations faites sous la torture ou les mauvais traitements ne seraient pas admises. Au moment de leur création, M. Obama avait dénoncé les commissions. Peut-il les prolonger ? "Politiquement, c'est un défi énorme", estime Diane Marie Amann, professeur de droit à l'Université de Californie, et membre du bureau de l'Institut national de justice militaire. Les républicains sont montés au créneau sur la question du sort des détenus. Pas question que des "terroristes, des anciens terroristes ou des individus formés au terrorisme", selon le mot du sénateur républicain Richard Shelby, soient accueillis sur le sol américain. Plusieurs textes ont été introduits pour empêcher l'accueil éventuel des anciens de "Gitmo". Le projet de loi "pour garder les terroristes hors d'Amérique" s'appliquerait aux personnes qui ont été considérées comme "ennemi combattant" par l'administration Bush, et donc aussi aux 17 Chinois ouïgours, déclarés "non ennemis combattants" il y a cinq ans, mais toujours sans point de chute.

Le ministre de la justice, Eric Holder, a évoqué leur cas à Berlin la semaine dernière. Selon des sources européennes, les Allemands seraient d'accord pour accueillir 9 de ces Ouïgours, mais voudraient que Washington fasse d'abord un geste. "Nous comprenons très bien que l'on ne peut pas aller dans les autres pays et dire "S'il vous plaît, prenez quelques-uns de ces détenus", sans avoir d'abord évalué notre responsabilité", a reconnu la sénatrice démocrate du Maryland, Barbara Mikulski, lors d'une audition sur les 30 millions de dollars de budget évoqués pour la fermeture de Guantanamo (les crédits ont été refusés, les élus craignant que l'administration ne parachute sans prévenir des détenus dans leur circonscription). "Avez-vous l'autorité légale pour faire venir des terroristes dans ce pays ?", a demandé M. Shelby au ministre Holder. Depuis des semaines, 80 juristes du ministère de la justice épluchent des dizaines de milliers de pages dans des installations de haute sécurité pour déterminer le sort des 241 détenus encore à Guantanamo. M. Holder prévoit qu'ils n'auront pas fini avant des mois. "Vous pouvez les envoyer en France, en Arabie saoudite, en Chine, n'importe où ailleurs. Mais ne les libérez pas ici", a mis en garde le représentant républicain Todd Tiahrt, originaire du Kansas.

La détention préventive, enfin, divise les experts. "Autoriser la détention préventive serait une erreur catastrophique, dit Mme Amman. Le pays a très bien vécu deux cents ans sans cela." Les organisations de défense des droits de l'homme comptent sur l'entourage de M. Obama pour contrer cette notion. Parmi eux se trouvent des personnalités qui ont écrit des réquisitoires entiers contre le système de Guantanamo, de Marty Lederman, professeur à Geortown University à l'avocat du département d'Etat Harold Koh, ex-doyen de la faculté de droit de Yale. Neal Katyal, l'avocat de Salim Ahmed Hamdan, le premier cas de requête en habeas corpus devant la cour suprême, est devenu, lui, l'adjoint de l'avocate de la Maison Blanche, Elena Kagan (ex-Harvard). Il y a quelques années, il avait proposé la mise ne place d'un système de cours de sécurité nationale.
 
Face à un tel imbroglie, Obama a-il été tenté de trancher le noeud gordien en annonçant le maintien des cours militaires spéciales ?
 
Barack Obama a finalement décidé de conserver les commissions militaires, ces tribunaux d'exception institués par George W. Bush, pour juger certains détenus de Guantanamo. Le président américain a toutefois promis d'améliorer ce système contesté, ce qui risque de retarder la fermeture du centre de détention prévue d'ici janvier. L'apparent revirement de Barack Obama, qui avait critiqué ces commissions militaires lors de la campagne et les avait suspendues dès son arrivée à la Maison Blanche, a aussitôt été dénoncé par nombre d'organisations de défense des droits de l'Homme.
Le président s'est justifié vendredi  15 mai en annonçant officiellement sa décision. "C'est le meilleur moyen pour protéger notre pays, tout en restant fidèles à nos valeurs", a-t-il affirmé dans un communiqué, promettant que son administration allait prendre le temps de réformer le dispositif pour lui apporter une légitimité et respecter la loi. Il a notamment spécifié que les déclarations obtenues lors de méthodes d'interrogatoire cruelles, inhumaines ou dégradantes, ne pourraient être admises comme élément de preuve devant ces tribunaux. De même, l'usage de propos rapportés sera limité, l'accusé aura plus de liberté dans le choix de son conseil et les protections élémentaires seront apportées à ceux qui refusent de témoigner.
Quelles sont mes conséquences prévisibles ? Cela veut dire que les procès de 13 détenus de Guantanamo poursuivis dans neuf dossiers ne reprendront pas avant septembre au moins. Cinq d'entre eux sont accusés de complicité dans la préparation des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.
Les autres des 241 prisonniers encore détenus dans le centre de détention de la base américaine à Cuba, seront soit relâchés, transférés dans d'autres pays, jugés devant des tribunaux fédéraux ou potentiellement détenus indéfiniment comme prisonniers de guerre avec les droits prévus par les conventions de Genève.
L'annonce de Barack Obama a suscité la colère d'organisations de défense des droits de l'Homme. "En un seul coup, Obama fait marche arrière sur une promesse de campagne majeure, celle de changer la façon dont les Etats-Unis combattent le terrorisme, et porte atteinte au respect fondamental de la nation pour l'Etat de droit", estime le directeur exécutif d'Amnesty International Larry Cox. "En tant qu'avocat constitutionnel, Barack Obama doit savoir qu'il aura beau mettre du rouge à lèvre sur ce cochon, cela restera toujours un cochon", renchérit Zachary Katznelson, directeur juridique de Reprieve, une association basée à Londres qui défend 33 détenus de Guantanamo. L'annonce de Barack Obama a été accueillie plus chaleureusement au Congrès, dont il aura besoin du soutien pour adopter les modifications de la législation sur les commissions militaires. La Maison Blanche espère que ce sera fait d'ici la mi-septembre, à l'expiration de la nouvelle suspension de 120 jours de l'activité des commissions décidée vendredi par le président américain.
Le chef des sénateurs républicains Mitch McConnell a ainsi salué un "développement encourageant". "C'est une situation juridique difficile et je crois que c'est vraiment le seul choix rationnel à faire", ajoutait le sénateur républicain Sam Brownback. Dans le camp du président, le démocrate Carl Levin, président de la commission du Sénat sur les forces armées, a jugé les changements promis "essentiels pour remédier aux graves déficiences des procédures existantes". Ce système des commissions militaires instauré par l'administration Bush pour juger les détenus capturés, notamment sur les champs de bataille en Afghanistan fin 2001, après le 11-Septembre, a fait l'objet de contestations régulières des organisations de défense des droits de l'Homme et de protection juridique car il prive les accusés de nombre des droits dont ils bénéficieraient devant un tribunal civil.
 
D'autres  « mauvaises » nouvelles se succèdent : Nancy Pelosi savait depuis 2003 et la CIA à nouveau accusée. Rapidement elle a contre-attaqué vigoureusement accusant la CIA de l'avoir trompée et elle a démenti les allégations selon lesquelles elle aurait été complice de son utilisation. "On nous a dit explicitement que le waterboarding n'était pas utilisé", a-t-elle affirmé, faisant référence à des informations officielles qu'elle a reçues de la CIA fin 2002. Nancy Pelosi a ajouté qu'elle avait appris que d'autres parlementaires avaient été informés plusieurs mois après par la CIA de ce recours au "waterboarding". Elle s'exprimait lors d'une conférence de presse à Washington, répondant à des accusations formulées ces dernières semaines par des républicains. Certains d'entre eux affirment que Nancy Pelosi et d'autres démocrates étaient au courant du recours au "waterboarding", mais qu'ils n'avaient pas essayé de protester. (Washington Post du 14 mai) . Il s'en est suivi une polémique avec le patron de la CIA, Leon Panetta, ce qui ne pacifie pas l'atmosphère. ("CIA Chief Rebuts Pelosi's Charges" -Washington Post 16/5). Le chef de la minorité républicaine au Congrès, John H. Boehner, somme à son tour nancy Pelosi d'apporter les preuves de ce qu'elle avance ou bien de s'excuser. (Washington Post du 18 mai)
 
Dick Cheney, à son tour, pris à son propre piège ! (Washington post du 15 mai)  La CIA refuse de déclassifier des notes pour l'ancien vice-président Cheney. La CIA a refusé de se plier à la requête de l'ancien vice-président Dick Cheney, qui souhaitait voir déclassifiés des documents secrets internes du gouvernement de George W. Bush. Ces notes témoignent que des informations précieuses auraient été obtenues par les services de renseignement américains en employant des pratiques assimilables à la torture. Le porte-parole de la CIA Paul Gimigliano a expliqué jeudi que la demande avait été rejetée parce que ces documents font l'objet de procédures contentieuses en cours. Il précise qu'il n'y a pas d'autres motifs à ce refus. D'après Dick Cheney, ces note internes attestent que ces méthodes aujourd'hui dénoncées ont permis d'éviter des attaques terroristes et de sauver des vies.
Il n'y avait pas que le Waterboarding ! Le waterboarding n'est pas la seule torture utilisée par la CIA. Plus de 25 terroristes présumés ont été privés de sommeil lorsqu'ils étaient détenus par la CIA rapporte le Los Angeles Times , dimanche 10 mai, en s'appuyant sur des rapports du ministère de la justice. La CIA aurait été autorisée à empêcher de dormir certains prisonniers pendant une durée pouvant atteindre 11 jours de suite, avant que ce maximum soit ramené à un peu plus d'une semaine, selon un rapport. La privation de sommeil a été l'une des techniques clé du programme mis en place par la CIA pour interroger ses prisonniers, après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Elle était utilisée pour briser psychologiquement des dizaines de suspects, indique le quotidien basé en Californie.
Selon des rapports du ministère de la justice publiés le mois dernier, la technique de privation de sommeil était accompagnée de l'obligation pour les prisonniers enchaînés de rester debout parfois toute une journée. Les prisonniers avaient des fers aux pieds et leurs mains menottées près du visage, selon les documents cités par le Los Angeles Times. Ils étaient uniquement vêtus d'une couche-culotte où ils devaient faire leurs besoins et ne pouvaient pas se nourrir. Du personnel médical se trouvait sur place pour éviter que les prisonniers ne se blessent. Selon un rapport de 2007 de la Croix Rouge sur le programme d'interrogatoires de la CIA cité par le quotidien, les poignets et chevilles des détenus portaient les marques de leurs chaînes. Quand ils ne pouvaient plus se tenir debout, les prisonniers étaient allongés sur le sol mais en bloquant leurs membres dans "une position suffisamment inconfortable pour les priver d'un sommeil ininterrompu", selon un mémo du 10 mai 2005 cité par le journal. Cependant plus d'un expert, rapporte le Washington post, estime que les auteurs des fameux "memos" pourraient éviter les sanctions... Enfin Richard Cohen dans le Washington Post se risque à poser à ses lecteurs la question: " Dick Cheney a-t-il raison?"
 
C'est dans ce contexte qu'intervient la décision de la cour suprême qui rejette une plainte contre le directeur du FBI et le ministre de la Justice de Bush.
La Cour suprême américaine a rejeté le 18 mai dernier les poursuites intentées contre le directeur du FBI Robert Mueller et l'ancien ministre de la Justice John Ashcroft par un Pakistanais détenu pendant plusieurs semaines à l'isolement après les attentats du 11 septembre 2001. La cour a cassé la décision d'une cour d'appel fédérale de New York qui avait autorisé la poursuite de la procédure. Elle a donné raison au ministère public qui estimait que rien ne pouvait lier Robert Mueller et John Ashcroft aux mauvais traitements subis par Javaid Iqbal dans une prison new-yorkaise. Javaid Iqbal, un musulman pakistanais qui avait passé près de six mois détenu à l'isolement à New York en 2002, estimait que si MM. Ashcroft et Mueller n'avait pas ordonné qu'il soit maltraité, il étaient responsables d'une politique de confinement des détenus dans des conditions très restrictives en raison de leurs convictions religieuses ou leur race.
Mais la cour a estimé que la plainte ne montrait pas que les personnes visées aient délibérément incarcéré les détenus "en raison de leur race, leur religion ou leur origine nationale". Selon le juge Anthony Kennedy qui a rédigé l'opinion majoritaire, "tout ce qu'elle suggère de façon plausible c'est que les principaux responsables des forces de l'ordre, à la suite d'un attentat dévastateur, ont cherché à garder les suspects de terrorisme dans les conditions les plus sûres disponibles jusqu'à ce qu'ils soient lavés des soupçons d'activité terroriste".
Quatre juges de la cour suprême ont exprimé leur désaccord avec cette décision. La cour suprême a renvoyé l'affaire devant des tribunaux inférieurs, estimant qu'il pourrait y avoir en revanche matière à des poursuites contre d'autres personnes. Le récit fait par Javaid Iqbal de son calvaire en prison pourrait "s'il est prouvé, démontré des conduites contraires à la constitution de la part de certains protagonistes gouvernementaux", a estimé Anthony Kennedy. Javaid Iqbal avait été arrêté à son domicile de la banlieue le 2 novembre 2001 et inculpé de crimes fédéraux non violents qui n'étaient pas lié au terrorisme. Deux mois plus tard, il était transféré dans un centre de détention de New York où il a été détenu à l'isolement pendant plus de 150 jours sans audience, selon sa plainte. Il dit avoir été soumis à des sévices physiques et verbaux, dont des fouilles au corps abusives. Le jour de son placement en cellule d'isolement, il dit avoir été jeté contre un mur, frappé dans le ventre, au visage, et traîné à travers la pièce par des gardiens fédéraux. Il a été blanchi de toute implication terroriste et expulsé en janvier 2003 après avoir plaidé coupable de fraude et avoir été condamné à un an et quatre mois de prison. (Cf. Washington Post du 18 mai et Le Monde du 19 mai).  Le journal le Monde met l'accent sur les plaintes déposées à l'étranger: leur instruction prendra du temps mais limitera les déplacements à l'étranger des personnes visées ce qui est déjà le cas. Cependant les agents de la CIA et leurs supérieurs continuent à être perturbés par ce nouveau climat:"New Rules worry Officials; they may Hinder their Interrogations" Washington post du 19 mai. ACLU à nouveau interpelle l'opinion publique.

 
Peu après son arrivée au pouvoir fin janvier, le président Barack Obama, rappelons-le,  a interdit toutes les méthodes dures d'interrogatoire, y compris la privation de sommeil et la simulation de noyade, en vigueur sous l'administration Bush. Il était aussi partisan de publier les photos des tortures, mais il est revenu sur cette décision. Ce revirement est tout un symbole des incertitudes dans lesquelles se trouve actuellement le président Obama (Washington Post) Les associations comme ACLU ont réagi dans le sens qu'on imagine. En effet le président américain Barack Obama, a annoncé que la Maison Blanche, s'oppose à la publication de centaines de photographies montrant des sévices sur des prisonniers en Irak ou en Afghanistan, malgré un ordre de la justice. Selon la Maison Blanche, le président Obama s'est rangé à l'avis du commandement militaire et estime que rendre ces photos publiques attiserait le ressentiment contre les forces américaine et les mettrait en danger. Le président veut donc que l'affaire retourne devant la justice, bien que les juges fédéraux aient autorisé, en appel, la diffusion de ces photos, explique-t-on à la Maison Blanche.
Obama s'oppose à la diffusion des photos dans l'immédiat.
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Une décision qui va toutefois à l'encontre d'un ordre de justice. Retournement de situation au sein de l'administration Obama : quand  un haut-responsable a annoncé que la Maison-Blanche s'opposait à la publication de dizaines de photos.  «Le président a réuni son équipe de juristes la semaine dernière, et leur a dit que la publication des photos par le département de la Défense le mettait mal à l'aise parce qu'il pense qu'elle mettrait nos soldats en danger."
 
Cette décision marque une certaine rupture  par rapport à l'attitude adoptée jusqu'ici par l'administration et par le secrétaire à la Défense Robert Gates, qui avait jugé ces révélations «inévitables». Elle va aussi à l'encontre d'un ordre de justice : suite à une action en justice intentée en 2004 par l'association américaine de défense des libertés ACLU, le département de la Défense a en effet été sommé par la Cour d'appel de New York de diffuser ces photos avant le 28 mai. Mais pour Obama, «on n'a pas présenté entièrement au tribunal ce que seraient les implications d'une telle publication pour la sécurité nationale», a affirmé ce haut responsable sous le couvert de l'anonymat. Conséquence : à la fin de cette réunion, le président a donné pour instruction de s'opposer à la publication «immédiate» de ces photos. «Plus rien de tout cela n'a lieu»
 
Cette décision a aussitôt été dénoncée par Amnesty International qui a exprimé sa «profonde déception». Fin avril, le Pentagone avait déjà exprimé un certain malaise face à la divulgation de ces clichés des sévices «parfois effroyables», redoutant un retour de bâton sur le terrain. Son porte-parole, Geoff Morrell, avait alors déclaré que le département de la Défense, cherchait à «déterminer quelle est la meilleure manière de partager ces photos avec le public». «Ces photos datent d'il y a au moins trois ans, chaque incident pris en photo a fait l'objet d'une enquête, chaque soldat reconnu fautif a été puni et nous sommes aujourd'hui certains que plus rien de tout cela n'a lieu», s'était alors défendu Geoff Morrell. «Ces clichés représentent un très petit pourcentage de l'ensemble des rapports de nos forces armées avec les détenus» en Irak, avait-t-il ajouté. A l'heure où la situation semble s'être améliorée, sans s'être toutefois stabilisée en Irak, responsables de défense et militaires américains souhaitent donc éviter de mettre le feu aux poudres, comme l'avait fait le scandale de la prison d'Abou Ghraïb. Un établissement devenu mondialement célèbre après la publication en 2004 de photos montrant des détenus irakiens humiliés et maltraités par leurs gardiens américains. L'épisode avait provoqué un tollé, profondément terni l'image des Etats-Unis et contribué à grossir les rangs des volontaires pour le «djihad».
 
Pour autant doit-on parler de reculade ? Ce serait excessif, la suspension de la diffusion des photos concerne « l'immédiat » et quant au fonctionnement des nouvelles commissions militaires, on peut espérer qu'elles n'auront que le nom en commun avec leurs devancières. Le Washington Post du 16 mai a préféré titrer sur la refonte de ces commissions plutôt que sur une quelqonque reculade du président: "Obama to Revamp Military Tribunals". Une pareille attitude de la part du président n'est pas surprenante, les lecteurs de Nea say … ont pu vérifier, depuis l'entrée en fonction du président Obama, combien dans ces affaires il marche sur des œufs, avec d'infinie précaution. Il y a chez lui la constante volonté de ne pas diviser l'opinion publique et de toujours rechercher la construction progressive du plus large consensus possible. Il y a ensuite les contraintes de remplir le plus efficacement possible sa responsibilité de président de Etats-Unis et de commandant en chef des forces américaines. Tout cela est simple et il n'est pas nécessaire dans cet imbroglio de faire appel à un psychiatre ou un psychanalist comme a été tenté de le faire l'éditorialiste du Washington Post, Charles Krauthammer