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EDITORIAL

pdf mise en ligne :17 03 2006 ( NEA say… n° 08 )

ASILE > Elargissement

Les Nations Unies, la Question religieuse au XXIème siècle, le Modèle européen de société
Le dernier numéro de NEA say… montrait plutôt du pessimisme devant les incertitudes concernant la création du Conseil des Droits de l’homme, pessimisme renforcé par l’ajournement des travaux de l’ancienne commission des droits de l’homme, assez largement discréditée. Allait-on glisser vers une sorte de vide à durée indéterminée? La bonne nouvelle est tombée dans la nuit européenne du 15 au16 mars: l’Assemblée générale des Nations Unies avait décidé, à une écrasante majorité, la création tant attendue du Conseil des droits de l’homme: majorité écrasante puisque seuls les États-Unis, Israël, les îles Marshall et Palu votaient contre. Nous retrouvons une configuration habituelle du partage des votes, lorsque l’Assemblée générale fait voter une résolution de bon sens concernant le conflit israélo-palestinien, déplaisant à Israël et par voie de conséquence aux États-Unis, comme par exemple la condamnation de l’érection du mur de séparation, condamnation qui était aussi celle de la Cour internationale de Justice. Koffi Annan a regretté que l’unanimité n’ait pas été atteinte: c’est son expérience qui l’a fait parler…Certes, on notera que les États-Unis ont accompagné leur vote d’une déclaration de non belligérance à l’égard du tout nouveau Conseil, s’engageant à remplir ses obligations financières. Mais le passé a montré que des actes de représailles sont toujours possibles, épée de Damoclès au-dessus des travaux du Conseil. On peut regretter telle ou telle édulcoration du texte, apportée par des pays à la démocratie incertaine et au respect des droits de l’homme intermittent. Malgré tout, c’est un progrès incontestable auquel l’Union européenne a largement pris part, les députés européens restant néanmoins vigilants et mobilisés.

Autour du traité constitutionnel, les constituants, conventionnels et Etats membres pourraient s’estimer heureux d’avoir évité que la question religieuse n’envenime trop le débat, un débat assez largement esquivé sur ce point. Ce débat est désormais inévitable, sauf à vouloir créer une situation de quasi rupture du dialogue euroméditerranéen, ce que personne ne souhaite. L’issue du débat ne sera ni facile, ni rapide et ce n’est pas la prochaine Assemblée parlementaire européenne (26-27 mars) qui pourra trancher. L’Europe avait pris l’habitude, seule, que ces débats soient absents des institutions, mais aussi et principalement de la société, au point que même l’athéisme semblait complètement disparu: tout discours ou profession de foi athée ne recèlent-ils pas en eux la problématique religieuse? En cette affaire, l’approche légaliste choisie par la partie arabe, consistant à réclamer des lois et leur application rigoureuse, n’est sans doute pas la plus réaliste.

C’est un débat de société, dira-t-on! Précisément, semaine après semaine, sont inscrits à l’agenda européen des problèmes de société. Relisons pour nous en convaincre les sommaires de NEA say… et le numéro de cette semaine le confirme: l’Espace de liberté, de sécurité et de justice concentre une bonne part de ces questions de société, ce qui devrait faire sa fortune. La semaine passée, l’Institut français des relations internationales (IFRI) et la fondation Notre Europe que préside Jacques Delors, ont organisé un colloque sur le modèle social européen, au Comité économique et social européen (CESE); un des participants fit remarquer, en son nom propre mais aussi au nom du Comité économique et social européen, qu’il préférait la formule "modèle de société européen" à celle de "modèle social européen" plus réductrice. La remarque est judicieuse. Élément ô combien emblématique: la résolution du Parlement européen pour mettre fin aux trafics sexuels et instituant une journée contre la traite des êtres humains. Le vote est intervenu à l’issue d’un débat que l’on souhaiterait voir dans nos parlements nationaux et où la Commission, par la voix de son vice-président Franco Frattini, a apporté une contribution de grande qualité. Nous reviendrons la semaine prochaine sur ce dossier.

Les institutions européennes ont, pour la deuxième fois, commémoré les attentats de Madrid et marqué de leur empreinte la journée des victimes du terrorisme. La lutte contre le terrorisme continue à "courir comme un fil rouge" tout au long de ce numéro de NEA say… Mais le moment est venu de s’interroger: n’endormons pas notre vigilance, mais essayons d’analyser, avec tout le recul possible, le phénomène. La lutte contre le terrorisme serait telle qu’elle devrait mobiliser toutes nos énergies et beaucoup de nos ressources, qu’elle justifierait tout, structurerait notre société dans ses comportements et ses réflexes? Quels sont les véritables enjeux? Où sont nos réels intérêts géostratégiques? A cet égard, Gérard Chaliand, théoricien des conflits armés irréguliers, remet en cause bien des certitudes, car il estime que le terrorisme ne peut pas provoquer de grands bouleversement sur les évolutions politiques: "C’est (…) un phénomène qui a une .portée considérable sur le plan psychologique. Mais au plan militaire, le terrorisme est négligeable. On ne mettra pas à genoux un Etat occidental de cette façon et encore moins les Etats-Unis" (propos recueillis lors d'un entretien accordé au journal Libération des 4 et 5 mars 2006, et rapportés dans NEA say…n°7). C’est une invitation salutaire à la réflexion et non à baisser sa garde défensive.