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EDITORIAL

pdf mise en ligne :09 06 2009 ( NEA say… n° 68 )

CITOYENNETE EUROPEENNE > Questions institutionnelles

Les élections européennes ont eu lieu…l'Europe fait son chemin.

 Certes dans un climat persistant de désenchantement, mais comme dans tout désenchantement, ce désenchantement est aussi l'expression d'une attente forte, d'une espérance. Car aussi compliqué soit-il à interpréter (l'Europe électorale a plus que vingt-sept visages), ce nouveau verdict a le mérite de dessiner une Europe des citoyens que beaucoup trop ont été tentés d'ignorer. Il est patent que dans certain pays (la France notamment) ceux qui se sont efforcés de parler de l'Europe ont été récompensés et ceux qui ont été obnubilés par de pseudos enjeux politiques (politiciens) nationaux ont été en quelque sorte punis. Il faut s'éloigner des explications frivoles telles que : l'Europe ne sait pas donner le spectacle de l'affrontement habituel des jeux politiques nationaux. Plus sérieux l'argument selon lequel l'absence de leaders nationaux engagés et son corollaire le fait que le rôle de l'UE dans un monde globalisé n'est pas perçu à sa juste mesure. Ce désintérêt apparent est aussi le résultat d'un manque de connaissance. Pourtant existent des acteurs de poids et de vraies alternatives politiques et les enjeux sont sans précédents.

Une participation de 45% représente une bonne base de départ. Un examen attentif des chiffres montre tout autre chose qu'un effondrement de la participation des électeurs que certains commentateurs ont cru déceler. Nous sommes en présence de progrés incontestables ici (N'oublions pas que six pays ont vu leur taux de participation augmenter de façon substantielle et leur mérite fut grand) , de stabilité ailleurs et d'effritement chez certains "grands anciens". La tendance lourde sur trente ans ne porte pas au catastrophisme. Il ne faut pas culpabiliser les abstentionnistes : il sera plus important de montrer aux citoyens qui ont voté, qu'ils n'ont pas voté pour rien. Dans ce taux de participation il faut y voir un défi à relever plutôt qu'une défaite ou qu'une sanction, ou une crise de légitimité,  laquelle n'existe pas. L'échec radical de Libertas en est un exemple frappant (1) et on ne peut contester au président de la Commission européenne son appréciation des résultats : un succès massif pour les partis et les candidats qui soutiennent le projet européen. Ils occuperont une majorité prépondérante dans le prochain Parlement.

Face à la crise économique et financière, face au réchauffement climatique, à l'instabilité politique de la planète, aux inégalités croissantes entre les pays ou au sein d'un même pays, le monde qui va se (re)construire doit correspondre à nos valeurs, notre identité, nos convictions. Nous devons les assumer, les défendre, leur rester fidèles. C'est un «sursaut mental collectif » (2)  qui est nécessaire, ce n'est pas une question de Traité ou de taux de participation électorale.

L'Europe peut-elle se construire dans l'indifférence démocratique ? Bien évidemment non ! Mais l'Europe n'est pas si mal en point… et qui a participé à la campagne électorale peut témoigner, non pas de foules nombreuses, mais de personnes qui ont pris une réelle conscience des enjeux européens (défis mondiaux, climat, prix des matières premières, énergie, crise financière, pénurie alimentaire,  moyens  de l'UE,un budget européen bien en deçà des défis …) ce qui n'était pas le cas en 2004.  Elles ont pris conscience spontanément que le débat est inexorablement global, mondial et aussi ...européen. Les auditoires, mieux informés, ou fortement demandeurs d'être mieux informés,  étaient réceptifs, réactifs dans le bon sens du terme, leurs réflexions intelligentes. Le sentiment de dépendance mutuelle entre européens fondée sur la conscience d'un intérêt commun a grandi. Leurs exigences sont fortes : il faut faire de la politique autrement. L'Europe y trouvera alors naturellement la place qu'elle doit avoir. Ce sont les premières leçons d'un vécu que nous tirons de ces élections européennes.

(1) Cf dans  "PERSPECTIVES" l'article consacré au Traité de Lisbonne.

 (2) la formule est de Hubert Védrine dans le Monde du 31 mai-1er juin.