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Mondialisation, crise économique, gouvernance mondiale, le pape place aussi l'immigration au cœur de son encyclique.

pdf mise en ligne :08 07 2009 ( NEA say… n° 70 )

DROITS FONDAMENTAUX > Dignité humaine

La troisième encyclique de Benoît XVI en appelle à une «autorité politique mondiale» pour résoudre la crise, garantir les chances de la mondialisation, protéger la nature. Elle sera commentée au-delà des cercles des seuls croyants La première encyclique sociale du pontificat de Benoît XVI s'appelle Caritas in veritate (Amour dans la vérité) et elle a été rendue publique mardi 7 juillet à Rome. Attendue depuis plus d'un an, Benoît XVI en a retardé la parution à plusieurs reprises pour tenir compte des développements de la crise économique. Cette encyclique d'une centaine de pages intervient, en effet, à un moment clé de l'évolution sociale mondiale.


Difficulté périlleuse, il a du aborder des thèmes inédits depuis 40 ans et Popularum Progressio : - la crise financière, la mondialisation, l'environnement - pour la pensée sociale classique de l'Église. Ni Paul VI, ni Jean-Paul II, ses prédécesseurs, n'avaient traité directement de la mondialisation, de l'écologie, de la mécanique financière et de sa nécessaire régulation. Il en appelle à des règles touchant le comportement individuel et la gouvernance mondiale. Groupées en quatre chapitres.

1- LA CRISE ECONOMIQUE

Le pape la perçoit comme l'effet d'un «système» qui n'a comme points de référence que des «intérêts égoïstes», réfute toute influence «de caractère moral», ne connaît que la logique spéculative et marchande, ignore l'alternative de l'économie du don et de la gratuité. La crise financière et économique qui frappe les pays industrialisés, les pays émergents et en voie de développement montre l'urgence de repenser tous les paradigmes dominants. Le pape exige donc une nouvelle réflexion sur le sens de l´économie et ses finalités, une révision «profonde et prévoyante» du modèle de développement, afin de corriger les dysfonctionnements et les distorsions.

C'est à une révision de la notion de marché qu'il appelle d'abord de ses vœux: «Sans formes internes de solidarité et de confiance réciproque, le marché ne peut pleinement remplir sa fonction économique, estime l'encyclique. Aujourd'hui, c'est cette confiance qui fait défaut et la perte de confiance est une perte grave». Le marché ne peut plus être «la domination du fort sur le faible». L'activité économique ne pourra retrouver son dynamisme par la seule extension de la «logique marchande», dans l'ignorance du «bien commun» que la communauté politique doit contribuer à mettre en œuvre.

Pas de sortie de crise, donc, sans réglementation des «spéculations scandaleuses», sans retour à des principes traditionnels de l'éthique sociale comme «la transparence, l'honnêteté et la responsabilité». Le principe de la gratuité et la logique du don doivent retrouver leur place à l'intérieur de l'économie: «C'est une exigence de l'homme de ce temps et de la raison économique elle-même». Dans ce but, le pape encourage les entreprises qui poursuivent des objectifs mutualistes et sociaux: «Il faut donner forme et organisation aux activités qui, sans nier le profit, entendent aller au-delà de la logique du profit comme but en soi».

Benoît XVI se prononce contre les marchés spéculatifs «toujours à la recherche de profits maximum». Contre les délocalisations sauvages: «Il n'est pas licite, dit-il, de délocaliser seulement pour jouir de faveurs particulières ou, pire, pour exploiter la société locale sans lui apporter une vraie contribution à la mise en place d'un système productif et social solide».

Enfin, il faut redonner à la finance sa vocation première d'instrument de création de richesse et de développement. Toutes ces propositions visent à réorienter le système économique et financier vers le soutien à un développement véritable et durable.

2- LA MONDIALISATION

 Il n'est ni très  critique, ni optimiste. Il la considère comme une «grande opportunité ». Il n'oublie pas que la mondialisation a été le «principal moteur» pour que des régions entières du globe sortent de leur sous-développement et se réjouit du rôle joué par les pays émergents dans la gestion de l'actuelle crise. La mondialisation offre la possibilité, écrit-il, d'une «grande redistribution de richesses au niveau planétaire comme cela ne s'était jamais présenté auparavant». S'y opposer aveuglement serait donc «une attitude erronée, préconçue», avec le risque de perdre des chances de progrès et de développement.

Mais, elle n'est pas maîtrisée, la mondialisation creuse les écarts entre pays riches et pauvres et au sein même du camp des pauvres. L'imbrication des économies, l'humanité interconnectée sont des sources de progrès, mais si elles sont mal gérées et conduites, elles peuvent faire croître les pauvretés et les inégalités et «contaminer le monde entier», comme on le voit dans la crise actuelle. Cet élan planétaire, avertit le pape, risque de provoquer des «dommages inconnus jusqu'alors, ainsi que de nouvelles frontières au sein de la famille humaine».

Pour dépasser ce risque, il faut en passer par des processus d'intégration mieux pensés, par des objectifs d'«humanisation solidaire, contre des objectifs purement individualistes et utilitaristes ». Le pape réclame un nouveau plan mondial de développement face au scandale des inégalités criantes. Il évoque en particulier la priorité de la sécurité alimentaire, souhaite le développement d´«une conscience solidaire qui considère l´alimentation et l´accès à l´eau comme des droits universels pour tous les êtres humains, sans distinctions ni discriminations».

3- L'ENVIRONNEMENT

Jamais un pape ne s'était exprimé dans une encyclique sur l'environnement naturel et les questions écologiques. La nature est d'abord création divine et le  rapport à l'environnement représente une responsabilité considérable, écrit-il, «à l'égard des pauvres, des générations à venir et de l'humanité entière».

Sévère en ce qui concerne l'accaparement des ressources naturelles  (cf Nea Say N° 68et le rapport de Olivier de Schutter) sur l'accaparement des terres « land grabing ») des pays pauvres, soumis à la loi du «premier venu» ou à la logique du «plus fort». Il souhaite une limitation de la consommation énergétique dans les pays riches et une redistribution planétaire de toutes les ressources en énergie au bénéfice des plus démunis. Il soutient aussi la recherche d'énergies alternatives. L'encyclique multiplie les appels à une «maîtrise responsable» de l'homme sur la nature pour la protéger, la mettre en valeur, la cultiver, «afin que la terre puisse accueillir dignement et nourrir toutes les populations qui l'habitent».

Benoît XVI a encore cette formule: «Nous devons avoir conscience du grave devoir que nous avons de laisser la terre aux nouvelles générations dans un état tel qu'elles puissent l'habiter décemment et continuer à la cultiver». En conséquence, il exige une collaboration internationale plus poussée en faveur de la protection de l'environnement, des ressources et du climat, dans le respect de la loi et de la solidarité à l'égard des régions les plus faibles de la planète.

Le pape appelle aussi à un vrai changement de nos styles de vie et de nos mentalités, à des choix de consommation, d'épargne et d'investissement qui vont «dans le sens du vrai, du beau, du bon». Mais, pour Benoît XVI, le combat écologique doit inclure une «écologie de l'homme». S'il faut préserver la terre, l'eau, l'air comme autant de dons de la Création, il n'y a pas de défense réelle de l'environnement «sans défense de la personne humaine, sans respect de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille», sans ce que le pape appelle le «développement humain intégral».

4-LA GOUVERNANCE MONDIALE

Toutes ces questions brassées dans l'encyclique, liées à la régulation de l'économie, à la mondialisation, à la protection de l'environnement, ne peuvent trouver de solutions qu'à travers de nouvelles formes à inventer de solidarité et de gouvernance mondiale. A la fin de son document, le pape ajoute même d'autres défis comme l'aide publique au développement, dont il voudrait voir augmenter le volume, et surtout celui des flux migratoires qui exigent une politique de coopération internationale plus «forte et perspicace».

Il y a donc pour lui urgence à une réforme des Nations unies, comme de l'architecture économique et financière du monde. Fondée sur des principes forts: la nécessité de protéger les nations les plus pauvres et la recherche d'«un ordre politique, juridique et économique susceptible d'accroître et d'orienter la collaboration internationale vers le développement solidaire de tous les peuples».

Benoît XVI termine par la proposition concrète d'une nouvelle «autorité politique mondiale » qui aurait pour mission de veiller au gouvernement de l'économie planétaire, de chercher à assainir les économies frappées par la crise, de procéder à un «souhaitable désarmement intégral», d'arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, d'assurer la protection de l'environnement, de réguler les flux migratoires.

Un programme qui donne le vertige par l'ampleur et la diversité des thèmes, dont beaucoup d'entre eux sont évoqués de façon récurrente dans Nea Say numéro après numéro. Les propositions ne sont pas révolutionnaires ou nouvelles, mais c'est la première fois qu'elles, toutes ou presque sous bénéfice d'un inventaire plus rigoureux et exhaustif, sont rassemblées dans un seul texte cohérent Le débat ne fait que commencer.

La nouvelle encyclique vue sous un angle plus confessionnel renouvelle la doctrine sociale de l'Eglise dans un contexte marqué par d'importants bouleversements économiques, sociaux, écologiques et technologiques. Elle le fait selon une forme traditionnelle depuis la nuit des temps, par une lettre circulaire adressée à ses fidèles. Comme ses devancières, elle balise les changements d'époque et de mentalité et offre des repères à ceux qui sont soucieux de vivre en conformité avec l'Evangile. Encyclique de la mondialisation elle prend de ce fait un relief particulier en ce début de XXIe siècle,  un début de siècle affolé par une crise économique  et une crise à multifacettes qui a commencé bien avant et d'ampleur mondiale. Caritas in Veritate rappelle quelque chose de simple, mais que les excès engendrés par une croissance qui semblait sans fin avaient presque fait oublier: «Il n'est pas suffisant de progresser du seul point de vue économique et technologique.» Le texte souligne avec force que l'idéologie du profit déshumanise l'homme en promouvant l'efficacité et l'utilité comme seuls critères de vérité.

Or, pour le pape, et ceux qui adhère à son magister, la seule vérité qui puisse garantir un développement respectueux de l'homme est celle de l'amour compris comme une force de fraternité, de solidarité et de communion. Un amour qui, pour agir dans l'intérêt du bien commun sans sombrer dans le sentimentalisme ou la mièvrerie, doit être adossé à la raison. D'où son appel, répété, à la responsabilité humaine.
 
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