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Quelques éléments positifs et plusieurs facteurs de préoccupation dans les relations euro-méditerranéennes et le «dialogue des civilisations»

pdf mise en ligne :27 03 2006 ( NEA say… n° 09 )

IMMIGRATION > Frontières extérieures

Au-delà de l'information,par Ferdinando Riccardi, Agence EUROPE du 24 mars 2006

Hommage à ceux qui osent. Sur le terrain mouvementé et souvent brûlant des relations entre l'Europe et l'Islam, l'actualité apporte de bonnes et de mauvaises nouvelles. Les bonnes concernent le courage de journalistes et intellectuels musulmans qui réclament la liberté d'expression et de critique, et encore plus la détermination des femmes qui se battent pour leurs droits et pour mettre fin à leur «éternel esclavage». Les uns et les autres prennent beaucoup de risques. Ils méritent notre reconnaissance et notre hommage.
Alliance entre autorités religieuses. Les mauvaises nouvelles concernent le «dialogue entre les civilisations», dont les perspectives sont, à mon avis, sombres. Ce dialogue demeure un exercice entre élites des deux côtés qui se mettent d'accord sur quelques principes nobles, sans aucun impact sur les opinions publiques, alors qu'en général le fanatisme et l'intolérance augmentent, bénéficiant de l'appui de certaines autorités politiques et religieuses. Les responsabilités sont partagées. Dans l'affaire des caricatures danoises, les réactions des musulmans intégristes ont été violentes et liberticides, totalement inacceptables, et la partie européenne s'est montrée trop souvent lâche, incapable de défendre ses principes et sa civilisation, prête à s'excuser et presque à demander pardon. Une partie des autorités religieuses, non seulement musulmanes mais aussi catholiques et même juives, ont saisi l'occasion pour réclamer de commun accord l'interdiction partout, y compris en Europe, des «offenses» aux religions et aux croyants, ce qui deviendrait rapidement l'interdiction de toute critique et une menace de mort pour la liberté d'expression. Il est compréhensible que les autorités religieuses essayent de profiter, même en Europe, de l'occasion pour rétablir leur censure, mais les autorités politiques et la société civile devraient réagir en s'y opposant ouvertement, ce que la plupart n'osent pas faire.
Une Assemblée mal partie. C'est dans ce climat que va se réunir à Bruxelles, dimanche et lundi, l'Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne. La naissance de cette Assemblée avait suscité beaucoup d'espoirs, car la parole était enfin donnée aux élus des peuples ; moi-même j'avais exprimé un certain optimisme. Mais à présent l'évolution est préoccupante. Tout ne sera pas négatif: on entendra de jolis discours, et quelques textes utiles et équilibrés seront discutés et approuvés, qui pourront avoir des répercussions positives sur la coopération et sur d'autres aspects économiques. Mais pour les grands principes et les aspects politiques, on est mal parti. Les réunions préparatoires (commission politique à Bruxelles, commission de l'immigration et autres affaires humaines à Rome: voir notre bulletin n° 9147) avaient déjà donné le ton. Il avait été beaucoup question de limiter la liberté d'expression, aussi bien du côté arabe que du côté européen, et les caricatures danoises, qui n'auraient jamais mérité, à mon avis, que des échos de presse pendant quelques jours au lieu de devenir l'élément essentiel du prétendu dialogue des civilisations, monopolisaient encore les discussions. Le projet de résolution (élaboré par la parlementaire européenne Tokia Saïfi, élue en France) faisait déjà beaucoup de concessions, en déplorant toute « offense aux sentiments religieux » et en préconisant une « utilisation responsable» de la liberté d'expression. Mais pour plusieurs parlementaires musulmans, ce n'est pas suffisant ; des «tonnes d'amendements», déposés notamment par des parlementaires égyptiens récemment élus, réclament en particulier des lois ad hoc «contre l'islamophobie». Et certains parlementaires européens paraissent disposés à justifier n'importe quoi.
Vers une «pause de réflexion» ? Il est encore possible qu'une certaine sagesse l'emporte, que les parlementaires musulmans modérés (il en existe, notamment marocains et tunisiens) puissent obtenir des compromis, et que les parlementaires européens sachent rester fermes dans l'affirmation de nos valeurs et principes. Si ce n'est pas le cas, il serait préférable que l'Assemblée renonce à voter des textes communs résignés ou insipides et que les composantes de l'Assemblée approuvent des textes séparés, ainsi qu'il est juridiquement possible. Ceci mettrait les divergences en pleine lumière, en ouvrant la voie à une réflexion sur l'utilité de poursuivre pour le moment des « dialogues » dont, si les tendances actuelles se confirment, sortiraient vainqueurs les fanatiques de tous bords. Quelques observateurs s'interrogent sur l'opportunité d'une «pause de réflexion» pendant laquelle on s'efforcerait de faire progresser la coopération et le volet économique des relations euro-méditerranéennes et on réfléchirait aux autres aspects.
Pour le moment, l'Europe a le devoir d'envoyer un message positif aux nombreux musulmans qui, dans leur pays d'origine ou chez nous, se battent pour leur liberté et pour les droits des femmes.
(F.R.)