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France, droit à la santé et aux soins : les retards d'accès aux soins augmentent.

pdf mise en ligne :16 10 2009 ( NEA say… n° 75 )

DROITS FONDAMENTAUX > Droit à la vie

France, droit à la santé et aux soins : les retards d'accès aux soins augmentent.Médecins du Monde publie  son rapport annuel sur l'accès aux soins des plus démunis. Et dénonce les récentes entraves à l'action des humanitaires sur le terrain. Ce nest pas un privilège mais un droit fondamental.

L'accès aux soins ne doit pas devenir un privilège, c'est un droit fondamental. Il n'est pas inutile de le rappeler à la lecture du rapport annuel de Médecins du monde sur l'accès aux soins des populations les plus démunies. Un baromètre qui a une résonance particulière cette année, dix ans après la création de la Couverture maladie universelle (CMU) et de l'Aide médicale d'Etat (AME) pour les étrangers en situation irrégulière. Deux dispositifs censés garantir le droit à la santé pour tous. Pourtant dix ans après, des progrès restent à faire.
«Le vrai problème aujourd'hui, c'est l'accès aux droits, souligne  le Dr Olivier Bernard, le président de Médecins du Monde. 8 patients sur 10 que l'on reçoit dans nos centres n'ont aucune couverture maladie alors qu'ils y ont droit !» Pourquoi ? Manque d'information et de connaissance des dispositifs, d'abord. De fait, le dispositif CMU, prévu pour 6 millions de personnes, ne touche aujourd'hui que 4,8 millions de patients. «Les démarches administratives sont de plus en plus compliquées. Par exemple, pour bénéficier de la complémentaire gratuite, il faut faire une demande en plus de la CMU de base...», explique le Dr Jeannine Rochefort, responsable du Centre d'accueil, de soins et d'orientation (Caso) de Saint-Denis, l'une des 22 antennes de Médecins du monde dispatchées sur le territoire. Au total, près de 25.000 patients démunis ont été pris en charge dans ces centres l'année dernière: «on les soigne, on les aide à ouvrir leurs droits et on les réoriente vers le système médical classique», résume une bénévole.
A la complexité administrative s'ajoute souvent la barrière de la langue. 80% des patients pris en charge dans les Caso sont des étrangers en situation irrégulière. La plupart ignorent qu'ils peuvent bénéficier de l'Aide médicale d'Etat à partir du troisième mois passé en France. Pire. «Même ceux qui connaissent leurs droits ne viennent pas facilement, ils ont peur des dénonciations», déplore Olivier Bernard. «C'est un constat, fait par nos équipes de terrain, au quotidien. Il y a une pression sur les bénéficiaires potentiels. Par exemple, à Marseille, il y a régulièrement un car de police à l'angle de la rue, près du centre...»
En conséquence , les sans-papiers hésitent à franchir la porte des centres, et repoussent l'ouverture de leurs droits. Ils attendent le dernier moment pour se faire soigner. Voilà le deuxième motif d'inquiétude, pointé du doigt . «Les recours tardifs aux soins sont en augmentation, représentant 18% des consultations en 2008 (contre 11% en 2007)», souligne le président. Le Dr Claude Martine, responsable du centre d'accueil à Paris, insiste sur «l'absurdité» économique et sanitaire d'une telle situation: «Les patients arrivent de fait avec des pathologies lourdes et donc coûteuses à prendre en charge... Bien plus que s'ils avaient été pris en charge plus tôt. Les freins à l'accès aux soins sont vraiment irrationnels.»
Plus généralement, les représentants de Médecins du Monde  ont dénoncé avec véhémence le contexte de répression ambiant. Et les entraves à l'action des humanitaires sur le terrain, devenues monnaies courantes ces derniers mois. Dernier exemple en date: l'expulsion des migrants à Calais en pleine épidémie de gale, rendant très difficile le travail des médecins bénévoles, les expulsions entraînant des ruptures de soins.

Le président de l'ONG, Olivier Bernard doit rencontrer la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, avec un certain nombre de revendications et un mot d'ordre : «La santé ne peut être assujettie à la seule logique sécuritaire.»