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Le Washington Post et Stephen Flynn (Président du « Center for National Policy ») dénoncent les 5 mythes américains sur les quels repose la lutte antiterroriste.

pdf mise en ligne :03 01 2010 ( NEA say… n° 80 )

COOPERATION POLICIERE ET JUDICIAIRE > Lutte contre le terrorisme

Après la tentative ratée  par un membre autoproclamé d'al Qaida pour faire exploser le vol Amsterdam Détroit du 25 décembre, Barack Obama a estimé qu'il s'agissait «d'une défaillance du système de sécurité des Etats-Unis». Un article publié par le Washington Post et écrit par Stephen Flynn, le président du «Center for National Policy» et auteur du livre «Au bord du désastre, reconstruire une nation résistante», souligne que les arguments évoqués le plus souvent par ceux qui dénoncent les failles des services de sécurité sont les mêmes depuis les attaques du 11 septembre 2001 contre New York et Washington. Ils sont aussi  faux quand ils sont avancés par l'administration Bush que par l'administration Obama.

Cinq mythes sont dénoncés. (texte intégral de l'article http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/12/31/AR2009123101159.html). La publication de l'article de Stephen Flynn a lieu au moment prècis où se renforcent de façon drastique les contrôles dans les aéroports comme le rapporte ce même Washington Post.

      - . Le premier est celui selon lequel le terrorisme est la plus grave menace contre le peuple américain. En fait, les Américains courent immensément plus de risques de mourir à cause d'accidents ou de virus que d'attentats terroristes. Ainsi, 37 300 Américains sont morts sur les routes aux Etats-Unis en 2008. Une proportion équivalente au nombre de Français tués aussi sur les routes.
      -. Deuxième mythe: pour empêcher le terrorisme, la meilleure solution est d'être offensif contre les réseaux et les organisations. Mais l'offensive a ses limites. Elle dépend notamment de la capacité d'obtenir des renseignements précis et au bon moment et cela est très difficile.

      -. Troisième mythe: mieux contrôler les frontières est essentiel pour assurer la sécurité du pays. En fait, pas vraiment. Le contrôle des frontières, des ports et des aéroports est important pour lutter contre l'immigration clandestine et contrôler le commerce, mais la menace terroriste ne vient pas de personnes entrant clandestinement sur le territoire américain par les frontières mexicaine ou canadienne. La menace terroriste n'est pas aux frontières.
      -. Quatrième mythe: investir dans les nouvelles technologies est la clé pour améliorer la sécurité. Pas nécessairement. La technologie peut être utile pour détecter les explosifs notamment, mais se reposer entièrement sur elle présente un risque considérable. A partir du moment où la routine s'installe, le danger augmente. Rien ne remplace dans la détection le facteur humain et la psychologie. (CF. infra l'article consacré à la sécurité aérienne et à l'installation de scanners corporels dans les aéroports).

      -  Cinquième et dernier mythe: les citoyens ordinaires ne sont pas capables de faire face à la menace. Les spécialistes de la sécurité et du renseignement et les politiques considèrent en général avec dédain la capacité d'action des citoyens. Cette conception qui remonte au 11 septembre 2001 est étonnante car en fait la seule action antiterroriste qui a empêché un avion mené par al Qaida de s'écraser à Washington sur la Maison Blanche ou le Capitole provient de citoyens ordinaires passagers  du vol 93 d'United Airlines qui se sont révoltés et sacrifiés. Les militaires et les services antiterroristes n'étaient même pas en état alors d'intercepter le quatrième avion détourné ce jour là aux Etats-Unis.
 
Mais de telles installations soulèvent de grans problèmes: techniques, ethiques, politiques. Un intense débat a surgi partout, par exemple: derrière les scanners corporels, le contrôle au faciès
Ce n'est pas le seul problème des scanners personnels. Ces appareils sont encore trop volumineux, coûteux (autour de 110 000 euros, selon The Guardian) et trop lents. Mais d’autres font remarquer : « Les gens préfèrent être contrôlés qu'être victimes d'une bombe » D'où ce projet révélé par The Guardian, qui cite une source gouvernementale : sélectionner les passagers devant être « scannés ». Les autorités ne se contenteraient pas de repérer les comportements « inhabituels » : elles prendraient aussi en compte la couleur de peau et la religion. Discrimination ? Racisme ? les mots apparaissent spontanément au moment même où les Etats-Unis annoncent le renforcement des contrôles vers et à partir de 14 pays.

Le gouvernement américain a annoncé, le dimanche 3 janvier, de nouvelles procédures de sécurité dans le transport aérien pour tous les passagers originaires du Nigeria, du Yémen, du Pakistan, d'Afghanistan, d'Arabie saoudite et de neuf autres pays. Ces nouvelles directives, qui entreront en vigueur dés le lendemain. La liste des pays visés intègre les États accusés par Washington de "soutenir le terrorisme" - Cuba, Iran, Soudan et Syrie - ainsi que l'Afghanistan, l'Algérie, l'Arabie saoudite, l'Irak, le Liban, la Libye, le Nigeria, le Pakistan, la Somalie et le Yémen. À l'exception de Cuba, tous ces pays sont majoritairement musulmans. Les ressortissants de ces 14 pays de même que les passagers y ayant transité seront soumis à une palpation corporelle et à une fouille de leurs bagages à main, ont précisé des responsables américains confirmant une information du site Politico. La Direction de la sécurité des transports (TSA) a annoncé qu'elle avait aussi émis, pour toutes les compagnies américaines et internationales desservant les États-Unis, des directives comportant des fouilles de passagers pris au hasard. "Parce qu'une sécurité effective de l'aviation doit commencer au-delà de nos frontières, et dans le cadre d'une coopération extraordinaire de nos partenaires aériens dans le monde, TSA ordonne que tout individu se rendant aux États-Unis de n'importe où dans le monde en provenance ou via des nations qui parrainent le terrorisme ou de (certains autres) pays devra se soumettre à un contrôle accru", dit un communiqué de TSA. Le renforcement de ces mesures de sécurité survient alors que la classe politique américaine débat de nouveau de l'efficacité du travail des agences de renseignements, l'opposition républicaine accusant le président Barack Obama et son administration démocrate de laxisme dans la lutte pour la sécurité nationale.

 L’utilisation des scanners corporels soulève trois questions : elles ont trait au niveau acceptable d’intrusion dans la sphère privée des personnes,  et les répercussions éventuelles sur leur santé, le coût et évidemment l’efficacité.

Auparavant rappelons que le Parlement européen a rejeté avec sévérité et à la quasi unanimité leur utilisation, voyant dans les scanners une « arme de la honte ». Pour Wolfgang Kreissl-Dörfler (social-démocrate), les scanners corporels relèvent de «la paranoïa des ministres de l’Intérieur». Ils «mettent gravement en cause les droits fondamentaux et la protection de la dignité humaine», dénonçait Eva Lichtenberger (Verts).

Malgré les réticences politiques, à la suite des Etats-Unis,( une vingtaine d’aéroports sont équipés) les pays européens à leur tour s’équipent ou envisagent de le faire. Autour de la Commission européenne, plutôt réticente, les Etats membres de l’UE vont se réunir prochainement pour se coordonner, étant entendu que chacun est plus ou moins libre de faire ce qu’il veut.
 

      -. Mesures de précaution
Avant d’y répondre, précisons que les scanners corporels, apparus sur le marché il y a deux ans environ,l es fabricants sont principalement américains, comme L-3 Communications ou American Science & Engineering, mais aussi européens comme Smiths Detection ou EAS.

      -. Respect de la sphère privée
Surnommés peepers (de peep-show) parce qu’ils révèlent les détails anatomiques, les scanners corporels violent-ils la sphère privée? Face aux critiques, la Transportation Security Administration (TSA), l’organisme réglant la sécurité des aéroports américains, a répondu par plusieurs mesures: les visages sont floutés; l’agent visionne dans un local fermé, sans contact avec le passager; enfin, l’image est détruite sitôt après le passage sous le portique. A Phoenix, en Arizona, où les voyageurs avaient le choix entre cette technique et la fouille corporelle, plus de 90% ont préféré la première solution.Par ailleurs, il faut une très forte dose d’imagination pour déceler la charge érotique, voire pornographique de ces images monochromes et brumeuses.

      -.Concernant l’aspect santé.
Lla TSA affirme sur son site que les scanners à ondes millimétriques – la technologie actuellement privilégiée – projettent sur le passager une énergie «dix mille fois moindre que celle d’une transmission par téléphone cellulaire». Quant aux rayons X, la technologie (dite backscatter) diffère de celle utilisée pour les bagages à main: au lieu de traverser la matière jusqu’à un senseur, les rayons sont réverbérés par le corps ou les objets qui y sont plaqués. L’exposition équivaut «à deux minutes de vol dans un avion», affirme la TSA. La Health Physics Association a calculé que l’exposition représente 0,005 millirems: il faudrait passer 5000 fois l’an dans un scanner corporel pour atteindre la dose de sécurité.

      _. Question de l’efficacité et du coût
. Les scanners corporels peuvent examiner 400 passagers par heure, disent les fabricants, et détectent aussi bien des armes, des sachets de drogue que des explosifs de plusieurs types, dont la pentrite utilisée par le terroriste nigérian Umar Farouk Abdulmutallab. Leur efficacité face à des «bombes-suppositoires», ou placées d’autre manière sous la peau, reste en revanche à démontrer. Quant au coût, il est difficile à estimer, mais d’autant plus élevé que les aéroports, pour ne pas trop ralentir le flux des passagers, devront multiplier les portiques. De plus la logique du système et la paranoïa ambiante, la fièvre obsidionale pousseront à multiplier de telles installations pour garantir une étanchéité « absolue » au dispositif.

Stephen Flynn a répondu par avance à la question fondamentale de l’efficacité : l’approche technologique est une illusion, un « mythe » vient-il d’écrire.