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Deux personnes sur trois dans le monde victimes de discriminations religieuses. Rapport du Pew Research Center.

pdf mise en ligne :05 01 2010 ( NEA say… n° 81 )

DROITS FONDAMENTAUX > Liberté de pensée, de conscience et de religion

Un rapport du Pew Forum montre l'ampleur des restrictions de la liberté religieuse, notamment dans les pays majoritairement musulmans et dans les pays communistes.« Environ 70 % de la population mondiale est actuellement soumise à de fortes restrictions dans l'exercice de sa liberté religieuse. » C'est ce qui ressort d'un rapport très complet du Pew Research Center's Forum on Religion and Public Life, intitulé Global Restrictions on Religion. Le Pew Forum a dressé une grille de paramètres très concrets, en recensant d'une part les restrictions gouvernementales (Government Restrictions Index, ou GRI) et d'autre part les hostilités interreligieuses, dues à l'intolérance entre les groupes de population (Social Hostilities Index, ou SHI).
Dans le rapport de Pew Research Center, les restrictions gouvernementales prennent en compte 20 critères selon les lois nationales ou locales, les textes juridiques et les tracasseries policières qui restreignent les libertés d'enseigner ou de prêcher, interdisent les conversions, contrôlent en permanence les groupes religieux, obligent à des enregistrements préalables… ou encore favorisent de manière préférentielle une religion.Ces restrictions concernent indifféremment des catholiques, des protestants (notamment évangéliques), des juifs, mais aussi des bouddhistes ou certains groupes minoritaires de musulmans. Ainsi, au Brunei, depuis 2005, une loi oblige tous les groupes religieux autres que chaféistes (branche de l'islam sunnite qui est religion d'État au Brunei et en Malaisie) à se faire enregistrer et à donner le nom de tous leurs membres au du ministère des affaires religieuses. Les hostilités interreligieuses prévalent surtout dans les pays musulmans ou bouddhistes.

Selon ce premier classement, 43 pays ont un taux élevé ou très élevé de restrictions gouvernementales. C'est le cas de pays majoritairement musulmans comme l'Arabie saoudite, le Pakistan, l'Iran, l'Égypte, l'Algérie, la Turquie et l'Indonésie, ou encore de la Russie majoritairement orthodoxe, de l'Inde majoritairement hindouiste et de la Birmanie majoritairement bouddhiste. C'est le cas aussi de pays communistes, tels le Vietnam et la Chine. Le rapport du Pew Forum examine ainsi les conséquences des mesures étatiques spécifiques en matière religieuse. Dans 75 pays (soit 38% de l'ensemble), les gouvernements nationaux ou locaux limitent les possibilités d'action de certains groupes ou individus religieux, afin de les empêcher de faire des conversions ; dans 178 autres pays (90%), certains groupes religieux doivent systématiquement se faire enregistrer.

Les hostilités interreligieuses prennent en compte 13 critères mesurant toutes formes d'actes hostiles, individuels ou collectifs, organisés ou spontanés, tout en considérant que l'absence d'actes violents ne signifie pas forcément qu'il n'y a pas de tensions interreligieuses dans le pays. Selon ce second classement, 41 pays ont un taux élevé ou très élevé d'hostilités interreligieuses. C'est le cas, là encore, de pays majoritairement musulmans tels l'Irak, l'Afghanistan, le Soudan ou la Somalie, mais aussi de pays majoritairement bouddhistes comme le Sri Lanka. 64 nations ont un taux élevé de restrictions à la liberté religieuse
À signaler : la présence d'Israël dans ce triste peloton de tête des pays les plus intolérants sur le plan religieux. Des tensions entre groupes religieux ont été enregistrées, pendant la période étudiée, dans 87% de pays : dans 126 pays (64%), ces hostilités se sont traduites par des violences physiques ; dans 49 pays (25%), des individus ou des groupes ont usé de la force ou de menaces pour obliger à adhérer à des codes ou des pratiques religieux ; enfin, dans 17 pays (9%) la religion a été directement à l'origine d'actes de terrorisme.
En additionnant les deux classements, il apparaît que 64 nations – soit le tiers de l'ensemble des pays – ont un taux élevé ou très élevé de restrictions à la liberté religieuse, que ces restrictions soient le fait de politiques gouvernementales ou de comportements intolérants. Comme la plupart de ces pays sont très densément peuplés, la proportion de la population mondiale concernée est, de fait, très importante. Parmi ces 64 pays, certains se retrouvent dans l'un et l'autre groupe : c'est le cas de l'Arabie saoudite, du Pakistan et de l'Iran (le rapport en parle comme du « trio du pire »). À l'inverse, certains pays d'Afrique noire (tels le Nigeria, le Kenya ou le Ghana), ou d'Asie (tels les Philippines et le Bangladesh), présentent un taux élevé d'hostilités interreligieuses mais une certaine « modération » en termes de discriminations gouvernementales, avec même souvent des gouvernements qui sanctionnent durement d'éventuelles agressions interreligieuses.
«La liberté de religion est le meilleur remède contre l'extrémisme» est la conclusion essentielle du rapport. Parmi toutes les régions du monde, c'est au Brésil, au Japon, aux États-Unis, en Italie, en Afrique du Sud et au Royaume-Uni que l'on trouve les taux les plus bas de restrictions religieuses de type GRI et SHI. Et c'est au Moyen-Orient et en Afrique du Nord que l'on trouve les taux les plus élevés. Or, ces régions sont justement celles où l'on constate le plus d'extrémisme religieux, comme le rappelle, de son côté, l'association Conscience et Liberté qui consacre le dernier numéro de sa revue  à ce thème de « l'extrémisme religieux et la liberté religieuse ». « L'extrémisme religieux a tendance à être une entrave pour la liberté religieuse », peut-on lire. « Les groupes religieux ayant des tendances extrémistes font généralement preuve de très peu de tolérance envers les autres religions ou les autres formes de piété Une plus grande liberté religieuse, notamment de manifester et d'enseigner, constitue un puissant antidote contre l'extrémisme religieux. La promotion du droit à la liberté de religion ou de conviction est non seulement un impératif moral mais également une obligation pragmatique. C'est le meilleur remède contre l'extrémisme et le fanatisme, et un moyen essentiel pour garantir la sécurité du monde. »
 
La livraison du Pew Research Center comprend une série d'études intéressantes dont un portrait du "musulman américain moyen" dont il ressort qu'il déteste les extrémistes et qu'il ne représente aucun support potentiel pour les menées terroristes. C'est utile à rappeler dans cette période de paranoia et de fièvre obsidionale.