Une information citoyenne au service d'une identité européenne
Réactions, commentaires et débats avec des invités

Glossaire interactif des termes de l'Espace de liberté, de sécurité et de justice
Observatoire législatif de l’Espace européen de liberté, de sécurité et de justice
Veille juridique et documentaire axée sur la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne
Actualités des grands projets de l'Union européenne
Dossiers documentaires thématiques
Actualités sur le rôle de l'Union européenne dans le monde
Une information citoyenne au service d'une identité européenne

Port de la Burqa: adopté en Belgique (ou presque) encore en attente en France. Propos d'étape!

pdf mise en ligne :02 05 2010 ( NEA say… n° 87 )

DROITS FONDAMENTAUX > Dignité humaine

Le projet de loi quasi définitif sur l'interdiction du voile intégral prévoit une amende de 150 euros pour les personnes qui dissimulent leur visage dans l'espace public et jusqu'à un an de prison et 15.000 euros d'amende pour celles qui les y obligent.Ces informations, dévoilées  par Le Figaro, ont été confirmées à Reuters par une source proche du dossier. Le texte, porté par la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie, sera présenté en conseil des ministres le 19 mai. Le Premier ministre François Fillon a demandé aux députés de la majorité qu'il soit définitivement adopté à la mi-septembre.

 

 Pour la Belgique, c'est fait ! Enfin presque. Unanimité chez les parlementaires belges, acte dénoncé comme liberticide par Amnesty International et l'Exécutif des musulmans en Belgique. En France on se dirige (sauf retournement de dernière minute) vers la fin des atermoiements, avancées et reculades alternées de presque tout le monde. Une bataille juridique en perspectives ? Faisons le point d'une année presque complète d'un débat qui a fait « la une » constamment des Journaux ! N'y aurait-il rien de plus important ? Rien de plus important si l'on pense aux conflits de valeurs que le débat emporte avec lui.

 

 

 La Belgique      

 

Sans gouvernement et plongée dans une grave crise politique, la Belgique est néanmoins devenue jeudi le premier pays occidental à interdire le port du voile islamique intégral dans tout l'espace public, avant la France qui prévoit de présenter un texte en mai.

 

Pour une fois unanimes, quelle que soit leur couleur politique ou leur appartenance linguistique, les députés belges ont voté par 136 voix sur 138 députés présents un texte interdisant le port du voile, non seulement dans tous les services publics, mais aussi dans l'intégralité de l'espace public y compris la rue. Il y a eu deux abstentions.

 

«L'image de notre pays à l'étranger est de plus en plus incompréhensible mais, au moins, par rapport à l'unanimité qui va s'exprimer au sein de ce Parlement sur ce vote interdisant la burqa et le niqab dans notre pays, il y a un élément de fierté à être Belge», s'était félicité avant le vote le député libéral Denis Ducarme.

 

«Nous sommes le premier pays à faire sauter le verrou qui a mis bon nombre de femmes en esclavage et nous espérons être suivis par la France, la Suisse, l'Italie, les Pays-Bas, les pays qui réfléchissent», a-t-il ajouté.

 

«Qu'un pays, un tout petit pays, un peu difficile à gérer, ait pris une initiative comme celle-là, les aidera peut-être à aller plus loin», a-t-il dit.

 

Seule une toute petite partie de la communauté musulmane est concernée, le port du voile intégral étant un phénomène marginal en Belgique.

 

Le texte ne parle pas explicitement de burqa ou de niqab; il prévoit que les personnes qui «se présenteront dans l'espace public le visage masqué ou dissimulé, en tout ou en partie, par un vêtement de manière telle qu'ils ne soient plus identifiables» seront punis d'une amende et/ou d'une peine de prison de un à sept jours.

 

L'espace public désigne l'ensemble des rues, chemins, jardins publics, terrains de sports ou «bâtiments destinés à l'usage du public où des services peuvent lui être rendus».

 

Des exceptions sont toutefois prévues pour les événements festifs comme les carnavals, s'ils ont été autorisés par décision municipale.

 

Certains experts ont émis des doutes sur l'utilité de cette loi. Ils ont fait remarquer que des règlements de police interdisant de cacher son visage sont déjà en vigueur dans la plupart des communes belges concernées.

 

Depuis un an et demi, des femmes portant un voile intégral sont régulièrement verbalisées. En 2009, 29 procès-verbaux ont été dressés par la police sur l'ensemble de la région de Bruxelles-Capitale pour port de la burqa dans un lieu public.

 

Selon les députés, les textes jusqu'à présent en vigueur, remontaient à l'entre-deux-guerres; ils visaient à l'origine à lutter contre les gangs pratiquant des braquages et n'étaient plus adaptés à la situation.

 

Deux arguments principaux ont été avancés par les législateurs: la question de la sécurité - il faut que chacun soit identifiable en tous lieux - et celle de la «dignité de la femme» et du respect des «principes démocratiques fondamentaux».

 

Le voile intégral est «une prison mobile» relevant d'une «pratique moyenâgeuse», a estimé le libéral flamand Bart Somers. «C'est la manifestation la plus visible d'autres atteintes aux droits humains», a renchéri son collègue démocrate-chrétien Georges Dallemagne.

 

La chambre haute du Parlement belge, le Sénat, devra également se prononcer sur le texte. Ce qui, compte tenu de la crise politique, pourrait prendre du temps.

Cette décision a donné lieu à d'intenses compte rendu dans la presse internationale : au premier rang le Washington Post http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/04/29/AR2010042904504.html?wpisrc=nl_headline

 

L'interdiction du voile intégral jeudi soir par les députés belges est un acte "liberticide et idéologique", a dénoncé vendredi l'Exécutif des musulmans de Belgique, appelant les femmes concernées à réfléchir à tous les recours possibles pour contester le texte.

 

"Dans un contexte de crise aigüe de notre gouvernement, cette démarche liberticide et idéologique qui vise à priver quelques dizaines de femmes en Belgique de leurs droits fondamentaux est totalement démesurée", a estimé Isabelle Praile, vice-présidente de l'Exécutif des musulmans de Belgique, l'organisme officiel belge représentant la communauté musulmane.

 

L'Exécutif "invite toutes les femmes brimées à explorer tous les recours légaux possibles" pour contester le texte voté jeudi soir par les députés belges.

 

Sans gouvernement et plongée dans une grave crise politique, la Belgique est néanmoins devenue jeudi le premier pays occidental à interdire le port du voile islamique intégral dans tout l'espace public, avant la France qui prévoit de présenter un texte en mai.

 

Pour une fois unanimes, quelle que soit leur couleur politique ou leur appartenance linguistique, les députés belges ont voté par 136 voix sur 138 députés présents un texte interdisant le port du voile intégral, non seulement dans tous les services publics, mais aussi dans l'intégralité de l'espace public y compris la rue. Il y a eu deux abstentions.

 

Seules quelques dizaines de femmes, sur une communauté qui compte des centaines de milliers de musulmans en Belgique, sont concernées par cette interdiction, dénonce l'Exécutif des musulmans de Belgique.

 

Et si certaines femmes ont fait le choix de porter le voile intégral, d'autres auxquelles il a été imposé risquent de se retrouver confinées chez elles, avait déjà dénoncé l'Exécutif avant le vote du texte.

 

Le Sénat belge n' pas pour l'instant fait valoir son droit d'évocation et le gouvernement étant en affaires courantes ne peut promulguer la loi. Il faut donc attendre

 

L'interdiction de la Burqa a eu un grand retentissement dans la presse internationale : Deutsche Welle http://www.dw-world.de/dw/article/0,,5521903,00.html

 Times  http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/europe/article7112347.ece

 Washington Post http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/04/29/AR2010042904504.html?hpid=sec-world

Mail http://www.dailymail.co.uk/news/worldnews/article-1269909/Belgium-bans-burkas-Women-jailed-hiding-faces-draft-law.html?ito=feeds-newsxml

  Telegraph  http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/belgium/7653814/Belgian-MPs-vote-to-ban-the-burqa.html

 Bbc News  http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/8652861.stm

 Le Soir  http://www.lesoir.be/splash.html

 Le Figaro http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/04/29/01016-20100429ARTFIG00645-les-deputes-belges-interdisent-le-port-du-voile-integral-.php

 La Libre Belgique http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/579746/pas-de-burqa-en-public.html

 Le Monde http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/04/29/les-deputes-belges-s-appretent-a-voter-l-interdiction-du-voile-integral_1344971_3214.html#ens_id=1245449

 Liberation  http://www.liberation.fr/monde/0101632929-la-belgique-premier-pays-a-interdire-le-port-du-voile-integral-dans-tout-l-espace-public

 

 

La France

 

Des amendes mais aussi la médiation. Le projet de loi prévoit aussi un stage de citoyenneté à titre de peine alternative ou complémentaire».

 

Le projet de loi pour interdire le voile intégral tient en deux articles principaux. L'un qui punit légèrement les femmes qui le porteraient, l'autre qui sanctionne sévèrement celui qui les contraindrait à aller ainsi dissimulées.

 

«Nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage» sous peine d'encourir une «contravention de 2e classe de 150 euros maximum», peut-on lire dans le projet de loi sur le voile intégral que «LeFigaro» s'est procuré. Cette version a priori définitive devait être transmise rapidement par Matignon au Conseil d'État. Un stage de citoyenneté est également prévu «à titre de peine alternative ou complémentaire». Une mesure floue, destinée à laisser une marge d'appréciation aux policiers qui devront verbaliser les contrevenantes.

 

 

Protection des valeurs

 

«Au nom des principes, nous avons opté pour une interdiction totale, explique un des rédacteurs du projet. Mais nous avons décidé des peines légères, car ces femmes sont souvent victimes.» L'amende de 150 euros, payable en timbre-amende, est jugée «plus applicable» que les 750 euros inscrits dans la proposition de loi déposée par le président du groupe UMP, Jean-François Copé.

 

Mais le projet de loi instaure aussi un nouveau délit si le port du voile intégral est imposé par la «violence, la menace, l'abus de pouvoir ou d'autorité». Celui qui contraint est passible «d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende». Une peine lourde cette fois, «qui clarifie notre intention: cette loi n'est pas faite pour protéger la société française de l'islamisme mais bien les femmes et leurs droits», souligne un proche du dossier. Ce nouveau délit serait inséré dans le chapitre 5 du Code pénal qui traite des atteintes à la dignité de la personne.

 

Une façon détournée d'évoquer le fondement de cette loi. Le gouvernement tenait à écarter toute allusion à la religion. Jeudi, encore, Mgr André Vingt-Trois qui était reçu par François Fillon insistait, comme les autres leaders religieux, pour qu'on «ne stigmatise pas les musulmans». Le gouvernement a bien veillé à ne pas rejeter le niqab au nom de la laïcité. Les simples motifs sécuritaires ont également été jugés trop faibles. Le gouvernement n'a pas souhaité clarifier plus avant les bases de l'interdiction, qui repose implicitement sur la dignité ou encore ce que le Conseil d'État dans son étude avait appelé l'«ordre public immatériel», qui intègre la protection des valeurs de notre société.

 

«De toute façon, le Conseil d'État n'a trouvé aucun motif qui permette, selon lui, l'interdiction totale. Donc nous ne sommes pas étendus sur les fondements», résume un des auteurs du projet de loi. Désormais, les Sages ont deux semaines pour examiner le texte, probablement lors de la séance du mercredi 12 mai. Ils pourraient maintenir leur analyse sur l'absence de fondements juridiques solides à une interdiction générale et délivrer un avis défavorable. Ils pourraient aussi estimer que le texte appelle des réserves et proposer des améliorations. Cet avis n'est que consultatif. Le gouvernement peut passer outre et présenter le même texte en Conseil des ministres le 19 mai.

 

 

Période de médiation

 

Le risque juridique sera de toute façon différé. Les parlementaires peuvent encore polir le texte. Par la suite, le gouvernement veut croire qu'aucun parti ne saisira le Conseil constitutionnel sur un sujet aussi sensible. Ce qui laissera le temps à la loi de s'installer. À l'abri de toute embardée d'où qu'elle vienne.

 

D'autant que le texte prévoit une période de médiation pour permettre aux femmes qui portent le voile intégral de réfléchir. La loi ne devrait entrer en vigueur que six mois après sa promulgation. Par la suite, en cas de contentieux, la question préalable de constitutionnalité devrait être posée au Conseil constitutionnel. «La dignité est le seul fondement valable. Mais ce n'est pas gagné», croit-on à Matignon, car «cette notion n'est pas définie dans la Constitution». En dernier lieu, la Cour européenne des droits de l'homme pourrait être saisie. Mais cette éventuelle procédure n'interviendrait que dans plusieurs années, ménageant une portée symbolique à cette loi. (cf. infra, propos d'étape)

 

 

Verbatim : les termes de la loi

 

Porté par la ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, le projet de loi d'interdiction du voile intégral dans l'espace public a fait l'objet d'intenses discussions et de nombreuses consultations. Le texte destiné au Conseil d'État comportait, entre autres, les deux articles suivants:

 

Article 1 : «Nul ne peut dans l'espace public porter une tenue destinée à dissimuler son visage.» «La méconnaissance de l'interdiction de l'article 1 est punie d'une contravention de deuxième classe de 150 euros». «Peut-être prononcé à titre de peine alternative ou complémentaire, un stage de citoyenneté.»

 

Article 2 : Le texte crée également un nouveau délit d'«instigation à dissimuler son visage en raison de son sexe». L'acte d'imposer de se dissimuler le visage, par «la violence, la menace, l'abus de pouvoir ou d'autorité sera puni d'un an de prison et de 15 000 euros d'amende». Ce nouveau délit s'inscrit au chapitre 5 du Code pénal qui traite des atteintes à la dignité de la personne.


"Il y a à la fois une contravention de deuxième classe pour la personne qui se dissimule le visage et un délit puni d'un an d'emprisonnement et 15.000 euros d'amende pour la personne qui oblige un tiers à se dissimuler le visage", a dit cette source. Priée de commenter le chiffre de 150 euros d'amende cité par Le Figaro, elle a ajouté : "C'est le chiffre actuel et il n'y a pas de raison que ça bouge."

Le projet de loi français devrait comprendre sept articles.Selon Le Figaro, qui dit s'être procuré le texte, le premier stipule que "nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage". Le deuxième prévoit qu'imposer à une personne de dissimuler son visage par "la violence, la menace, l'abus de pouvoir ou d'autorité" deviendra un délit passible d'un an de prison et de 15.000 euros d'amende, poursuit le quotidien.
Ce nouveau délit serait intégré dans le chapitre 5 du Code pénal qui traite les atteintes à la dignité de la personne. "Au nom des principes, nous avons opté pour une interdiction totale mais nous avons décidé des peines légères car les femmes sont souvent victimes", a déclaré au Figaro un des rédacteurs du projet de loi. "Cette loi n'est pas faite pour protéger la société française de l'islamisme mais bien les femmes et leurs droits", a-t-il ajouté.

Il y a quelques jours, les socialistes avaient annoncé qu'ils pourraient voter la loi si le texte prenait en compte les préventions du Conseil d'Etat. Et s'il n'était pas fait recours à une procédure d'urgence mais que serait recherché un vaste « consensus républicain ».Consultée en février, la juridiction administrative avait émis des doutes sur une loi d'interdiction totale du voile intégral, qui pourrait violer la Constitution, notamment le principe de liberté de conscience. (cf. Nea Say n° 85 ET 86). "Nous constatons que le gouvernement maintient son intention de promulguer une interdiction générale qui soulève des risques importants quant à sa constitutionnalité", a expliqué le président du groupe socialiste à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault, dans un communiqué. C'est pourquoi le PS déposerait une proposition de loi alternative. "Elle vise au même objectif que le gouvernement : faire disparaître le voile intégral mais en veillant au respect de nos principes de droit (...) et à la volonté de rassembler tous les Français quelle que soit leur appartenance", souligne le député-maire de Nantes. Il exhorte le gouvernement et la majorité à avoir "le même esprit d'ouverture et recherche avec tous les républicains la voie d'une loi qui libère et apaise".

Précisant sa pensée, il a annoncé, revirement sensible, que le groupe était prêt d'une part à voter la proposition de résolution UMP sur « le respect des valeurs républicaines » qui sera discutée en séance le 11 mai ;. Ce texte, sans valeur contraignante rappelle un certain nombre de principes et de valeurs (égalité hommes-femmes, non discrimination…)C 'est une avancée importante vers l'acceptation du texte (d'un) texte de loi. M. Ayrault a toutefois assorti l'accord de son groupe d'une condition : « les dix-sept premiers considérants ne nous pose aucun problème. Nous sommes prêts à les voter ». En revanche il juge « incongru » le dix-huitième qui prévoit « un grand débat national » pour la défense du droit des  femmes. Aussi a-t-il demandé que les auteurs de la résolution « retirent ce dernier paragraphe et rédigent une nouvelle résolution pour que nous puissions la voter. Le président du groupe UMP, Jean-François Copé a donné son accord.

Cela ne préjuge pas la position qu'adoptera le parti socialiste le projet de loi une fois que celui-ci sera officiellement connu. La secrétaire générale du PS, Martine Aubry, a rappelé les préalables : « il faut que le gouvernement renonce à a procédure d'urgence, qu'il tienne compte des avis du Conseil d'Etat et que le texte soit applicable concrètement. Si ces préalables sont remplis, notre attitude sera remplie » . De leur côté les députés du parti communiste, du parti de la gauche et les verts ont décidé de ne pas participer au vote de la proposition de résolution. Après une déclaration préalable, ils quitteront la séance.

Le Premier ministre a commencé à consulter les dirigeants religieux et politiques:, il a reçu les représentants du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui lui ont redit leur double opposition, au voile intégral et à un texte d'interdiction, et qui ont déploré un climat de stigmatisation de l'islam. Le président du CFCM, Mohammed Moussaoui, a toutefois semblé satisfait du texte gouvernemental. "Le premier article ne fait référence à aucune religion", a-t-il noté sur RMC et BFM TV. De plus, "l'application de la loi sera précédée d'une période de pédagogie au minimum de six mois et les personnes qui obligeraient (les femmes) à porter la burqa seront plus sanctionnées" qu'elles, a-t-il souligné. Les autorités religieuses, quelle que soit la confession à laquelle elles appartiennent, ont confirmé une réserve déjà exprimée de longue date et à plusieurs reprises (cf. Nea Say)

Bilan d’étape sur le port de la Burqa et le débat en France.
 
Premier constat : il faut discuter avec  les communautés musulmanes sur leurs demandes. Ce qui n’implique pas  de céder sur tout. Dix mois faits d’atermoiements, revirements. Aucun fondement juridique incontestable. La dignité serait le seul fondement valable mais cette notion n’est pas définie dans la Constitution fait remarquer le Premier ministre, mais il oublie (ou ignore) que la dignité de l’homme est l’article 1 de la Charte européenne des droits fondamentaux.
Apparait un nouveau délit si le port du voile est imposé par la violence, l’abus de pouvoir ou l’autorité, passible de lourdes peines. Cette peine clarifierait l’intention du législateur : la loi ne serait pas faite pour protéger la société française, mais bien les femmes et leurs droits. Mais la législation nationale et européenne est assez largement complète à cet égard, qu’il s’agisse de la loi nationale ou européenne, seule l’application laissant à désirer. L’exécutif a choisi la mesure la plus claire et la plus lisible pour l’opinion publique, mais est-ce la formule la plus applicable ? Un espoir : la période de médiation. Le consensus républicain sera-t-il compatible avec la procédure d’urgence, notion éminemment extensible ou réductible selon les exigences politique du moment. Tous les camps, toutes les familles sont divisés. La Cour européenne des droits de l’homme tranchera-t-elle en dernière ressort ? Nous savons dans quel sens elle le fera, mais nous savons aussi qu’une telle procédure n’interviendra que dans des délais assez longs, ménageant ainsi toutes les susceptibilités.
Un rapide retour en arrière pour retracer les étapes principales.
 "La Burqa n'est pas la bienvenue sur le territoire de la République. Ce n'est pas l'idée que la République se fait de la dignité de la femme". Voilà ce qu'affirmait Nicolas Sarkozy devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 22 juin 2009. Depuis, la classe politique, le chef de l’Etat, le Premier ministre, les autorités judiciaires, morales et religieuses ont  beaucoup peiné à mettre en place un cadre législatif, concernant le port du voile intégral, conformément  aux valeurs républicaines et laïques de la France. En février 2010, Jean-François Copé dépose une proposition de loi interdisant le port du voile intégral dans tout l'espace public. Le président du groupe UMP de l'Assemblée nationale supplante la mission parlementaire d'information sur le port du voile intégral, présidée par André Gérin, et rapportée par Eric Raoult du groupe majoritaire UMP à l’Assemblée nationale. Le 21 avril, Nicolas Sarkozy tranche en faveur d'un projet de loi d'interdiction générale sur le territoire national. Assumant de passer outre l'avis du Conseil d'Etat qui, le 30 mars dernier, avait estimé qu'une interdiction générale ne pourrait trouver "aucun fondement juridique incontestable" et préconisé de limiter l'interdiction aux seuls lieux publics. Le projet de loi sera présenté le 19 mai prochain en conseil des ministres.
La crainte d'une éventuelle colère du monde musulman tant sur le plan national que sur le plan internationale et diplomatique  hante certains. Cette question s'était déjà posée lors de l'interdiction du port du voile à l'école. Pourtant, aucunes représailles à constater. Alors que la Belgique a déjà voté l'interdiction de la burqa (bien que non nommée) dans tout espace public et qu'une femme italienne vient d'être condamnée à payer une amende de 500 Euros pour avoir porté le voile intégral, comment la France compte-t-elle légiférer sur cette problématique qui mêle droits de la femme, laïcité, liberté de culte ? Liberté de culte mais les théologiens musulmans font remarquer qu’il ne s’agit pas d’une pratique religieuse….Les exigences de la sécurité sont également évoquées.
Pour éviter de stigmatiser une religion, où mettre les limites ? car il est clair qu’on ne peut  tout  admettre et tout laisser faire . Difficile de répondre, l’important, c’est de traiter ces questions de façon non discriminatoire.  Peut-on l’aborder dans  un esprit pragmatique, autour d’un concept mis au point au Canada, celui d’accommodement raisonnable ? Cela signifie accepter la légitimité de l’autre et se poser la question du bout de chemin que chaque partie peut faire pour trouver une solution qui favorise le vivre ensemble. Les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des espérances : peut-on dispenser un jeune motocycliste sikh du port du casque car incompatible avec le port du turban ? Et qu’en est- il dans la pratique de la burqa? Un accommodement est-il possible dans un tel climat de méfiance exacerbée ? Il pourrait sembler  légitime d’exiger que les visages des personnes circulant dans l’espace public soient visibles. Mais l’interdiction ne doit pas discriminer l’islam: ce n’est pas en tant que symbole religieux ou au nom de l’égalité homme-femme que la burqa mérite d’être proscrite. Mais au nom de la sécurité publique et du vivre ensemble avancent d’autres personnes. Sortir le visage couvert, que ce soit d’une cagoule ou d’un voile, n’est pas très rassurant et ne favorise pas la coexistence. Mais l’argument de la sécurité n’est pour l’instant pas retenu par le législateur, ni le Conseil d’Etat.
 La solution, quelle qu’elle soit, doit responsabiliser et ne doit pas pouvoir être interprétée comme une mesure d’exclusion. Tout cela n’est-il pas faire la part trop belle aux  intégristes de tout bord ? Tout ce débat n’aurait pas lieu sans ce climat d’islamophobie argumentent d’autres intervenant mais la réplique apparait immédiatement : tout ne va pas bien au sein de l’islam européen. Il y prévaut notamment une lecture très littérale du Coran, qui ne favorise ni la modernité ni l’intégration pourtant existent des approches  religieuses novatrices, compatibles  avec l’égalité des genres, la pluralité religieuse et le respect de l’individu mais elles restent méconnues et ne bénéficient pas de la notoriété acquise par certains penseurs minoritaires à qui l’on fait  trop facilement de la publicité. Certains analystes admettent qu’il y a dans l’islam contemporain un vrai défaut de débat, de reconnaissance de la diversité interne et de dialogue. C’est un des défis qu’il doit affronter: le pluralisme intracommunautaire. Que dire du terme de djihad, trop rapidement traduit par « guerre sainte » ? Une ambiguïté sur ce plan doit être levée.
Débat d’une complexité rare qui se double des problèmes de la tactique politicienne du moment : en France, pour l’opposition socialiste comment marquer à la fois leur réprobation du voile intégral et leur différence, voire leur défiance, avec le gouvernement ? Comment dire non au voile intégral sans dire oui au gouvernement ? Au bout du compte quelle position réaliste et pratique trouver  afin de ne pas faire aux intégristes des deux bords le cadeau d’une annulation du texte par le Conseil constitutionnel ou la Cour européenne des Droits de l’homme?   Comment cesser d’alimenter la machine infernale qui est en train de se construire entre stigmatisation et ressentiment victimaire ?