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Jours tranquilles au Royaume de Belgique. Les  Roms…, Bruxelles dans la tourmente : leçons à tirer des réactions. « Un cas d'école » ? L'Europe paie le prix de l'échec de l'intégration des Roms . Retour en arrière sur une semaine exceptionnelle.

pdf mise en ligne :19 09 2010 ( NEA say… n° 93 )

IMMIGRATION > Politique d'intégration

La discorde en Europe autour des renvois de Roms par la France illustre en creux l'échec de l'intégration de cette communauté d'une dizaine de millions de personnes, dans un contexte politiquement explosif sur les questions liées à l'immigration. "Le débat actuel sur les Roms prouve clairement que l'Union européenne en tant que telle et ses États membres ont échoué à mettre en oeuvre une politique d'intégration réussie de cette minorité ethnique", la plus grande d'Europe, accuse le président du Comité économique et social européen, un organe de consultation de la Commission européenne, Mario Sepi. Curieusement ces propos font écho à ceux de Pierre Lellouche. Le dernier "sommet" européen organisé sur la question, en avril à Cordoue pendant la présidence espagnole de l'UE, a témoigné de l'importance accordée à la question : la plupart des ministres européens avaient brillé par leur absence. "Il est temps de passer à la construction d'écoles, de logements, d'hôpitaux pour 11 millions de Roms sur le continent européen, dont neuf sont des citoyens de l'UE". "Il n'est pas très populaire de prendre des fonds européens et de les consacrer à la communauté rom" a fait remarquer Viviane Reding sur un ton interrogatif.  

        La discorde en Europe autour des renvois de Roms par la France illustre en creux l'échec de l'intégration de cette communauté d'une dizaine de millions de personnes, dans un contexte politiquement explosif sur les questions liées à l'immigration. "Le débat actuel sur les Roms prouve clairement que l'Union européenne en tant que telle et ses États membres ont échoué à mettre en oeuvre une politique d'intégration réussie de cette minorité ethnique", la plus grande d'Europe, accuse le président du Comité économique et social européen, un organe de consultation de la Commission européenne, Mario Sepi. Curieusement ces propos font écho à ceux de Pierre Lellouche. Le dernier "sommet" européen organisé sur la question, en avril à Cordoue pendant la présidence espagnole de l'UE, a témoigné de l'importance accordée à la question : la plupart des ministres européens avaient brillé par leur absence. "Il est temps de passer à la construction d'écoles, de logements, d'hôpitaux pour 11 millions de Roms sur le continent européen, dont neuf sont des citoyens de l'UE". "Il n'est pas très populaire de prendre des fonds européens et de les consacrer à la communauté rom" a fait remarquer Viviane Reding sur un ton interrogatif.

En privé, de nombreux responsables européens estiment que l'UE fait en partie les frais d'un élargissement mal maîtrisé de l'Europe à l'Est, notamment à la Roumanie, qui compte, à elle seule, deux millions de Roms largement paupérisés, et à la Bulgarie, qui en compte 800.000. Avec la polémique actuelle, ces deux États pourraient devoir attendre plus longtemps qu'escompté à la porte de la zone Schengen, l'espace européen sans passeport.

Au-delà de toute considération, Bruxelles reproche à tous les pays européens de ne pas suffisamment faire pour l'intégration en sous-utilisant de manière flagrante les fonds de l'UE pourtant prévus à cet effet. La Commission vient de mettre en place un groupe de travail pour étudier la question. Pour la période 2007-2013, seuls 12 des 27 États de l'Union européenne consacrent de l'argent du Fonds social européen aux Roms. Pour la commissaire à la Justice et aux Droits fondamentaux, Viviane Reding, au centre cette semaine d'une vive controverse avec la France, l'explication est surtout politique. "L'argent est disponible, mais n'est pas utilisé pour résoudre le problème. Pourquoi ? Eh bien, à mon avis, c'est peut-être parce qu'il n'est pas très populaire dans nos États membres de prendre des fonds européens et de les consacrer à la communauté rom", victime depuis des siècles de préjugés, a-t-elle déclaré devant le Parlement européen.

Résultat : les Roms d'Europe de l'Est depuis l'ouverture de l'UE migrent pour certains vers l'Ouest plus opulent, où des pays comme l'Italie et la France ont opéré un tour de vis sécuritaire à leur égard en décidant le démantèlement de camps jugés illégaux. Les responsables politiques tirent parti d'un climat de plus en plus hostile à l'immigration en général dans l'opinion en Europe, aiguisé par une crise économique d'une ampleur historique sur le Vieux Continent.

 

Si le président français Nicolas Sarkozy est le fer de lance, soutenu par Silvio Berlusconi, d'autres dirigeants ont durci le ton. Le Premier ministre bulgare Boïko Borissov a comparé, jeudi, les Tsiganes à des "tribus de nomades", tandis que son homologue belge Yves Leterme, dont le pays préside l'UE, a appelé cette communauté à avoir "du respect pour (le droit de) propriété". L'un des prédécesseurs d'Yves Leterme, Guy Verhofstadt, aujourd'hui chef de file des Libéraux au Parlement européen, s'est ému vendredi que "partout en Europe, des gouvernements utilisent la xénophobie parce qu'ils n'ont pas assez de réponses à la crise économique"

Le décor de la pièce est planté,  en prologue Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), revient pour 20minutes.fr sur les conséquences de la brouille entre la France et la Commission européenne sur la politique vis-à-vis des Roms… Il y a un net sentiment d'isolement de la France par rapport à la Commission européenne, par rapport à certains pays européens, comme le Luxembourg, l'Allemagne ou le Portugal. Est-ce que c'est durable? Pas forcément, on peut toujours se sortir d'un mauvais pas mais là, la France est quand même très isolée. Et ce n'est pas la meilleure façon de préparer la présidence française du G20. Quelle conséquence cela peut-il avoir? On remarque que désormais il n'y a plus de frontière, d'étanchéité entre l'intérieur et l'extérieur: les décisions nationales ont des conséquences internationales. La politique vis-à-vis des Roms est payante au niveau national (cf. le sondage d'Opinion Way qui témoigne d'un appui majoritaire à Sarkozy alors que sa cote est au plus bas  et s'effrite chaque jour davantage) mais coûteuse au niveau international. Il est donc urgent de se réconcilier, de dissiper les malentendus. On ne peut pas prendre la présidence du G20 en étant isolés dans notre camp, dans l'Union européenne. Ce serait partir avec un handicap. Le fait de dire qu'on a raison et qu'on est dans son bon droit ne suffit pas.

Comment la France peut-elle faire? Il faut admettre le point de vue de nos partenaires européens. Même si on pense avoir raison, il faut en tenir compte vu que les critiques sont massives. Heureusement, le G20, c'est dans plus de deux mois, il reste du temps pour faire un effort diplomatique. Là on s'est mis dans une mauvaise posture car on a froissé des susceptibilités et   désormais il faut  montrer et démontrer qu'on a entendu les critiques et revenir sur ce qui a été perçu comme de l'arrogance. N'est-ce pas le style Sarkozy qui est en cause? L'arrogance, c'est la critique faite à la France depuis plusieurs siècles. «  la grande Nation » comme disent avec une douce ironie nos amis allemands. Si on veut vraiment avoir une diplomatie d'influence, le pire, c'est  de  dire qu'on a raison sans écouter. Sur la scène internationale, on reconnaît à Nicolas Sarkozy un certain activisme, une capacité à faire bouger les lignes. Mais on lui reconnaît aussi un certain individualisme. Il « joue perso », les repentances sont régulièrement suivies de rechutes ! Une critique peut  susciter un réflexe patriotique, mais des critiques constantes doivent conduire à s'interroger. Et le journal le Monde de s'interroger : « Est-ce que la France de Nicolas Sarkozy commence à ressembler aux Etats-Unis de George Bush, un pays détesté à travers le monde? Il y a des critiques intenses depuis quelques semaines, de la part de différentes institutions ou pays mais il faut savoir raison garder. La France n'a pas déclenché de guerre illégale en Irak. Mais comme la France est un pays visible mais moins puissant que les Etats-Unis, il est plus simple pour certains de la critiquer, notamment moralement, sans craindre de mesures de rétorsions. Mais l'image du pays se dégrade clairement à l'étranger. »

La sortie de Viviane Reding est incontestablement à l'origine de tout, elle  a ulcéré l'exécutif français qui a « surréagi » de façon un peu suspect comme le joueur de football qui se tort de douleur sur la pelouse espérant obtenir  de l'arbitre un pénalty. Revoyons le ralenti des scènes qui se sont succédées à un rythme précipité et avec bien des rebondissements

 Mercredi  matin 15 septembre, le secrétaire d'Etat français aux affaires européennes, Pierre Lellouche estimait, sur RTL, que la Commission de Bruxelles  "ne peut pas s'ériger en censeur des Etats". Et de marteler : "Roissy, ce n'est pas Drancy (...). Ce genre de dérapage n'est pas convenable. Sa passion a sans doute dépassé sa pensée. (...) La patience a des limites, ce n'est pas comme cela que l'on s'adresse à un grand Etat." La Commission européenne a menacé, mardi, Paris de poursuite en justice pour non-respect de la législation de l'UE. Viviane Reding a jugé que l'attitude du gouvernement français, qui lui a dissimulé l'existence d'une directive ciblant "en priorité" les Roms pour les expulsions, était "une honte".

Egalement interrogé sur les déclarations de Viviane Reding, Eric Besson, le ministre de l'immigration,  assurait, sur Europe 1, que Paris va donner à Bruxelles des explications."[Viviane Reding] m'a écrit hier (...) pour demander des explications sur la circulaire que nous venons d'évoquer. Nous allons donc y répondre et lui donner des explications." Le ministre a également estimé que la commissaire européenne avait "dérapé" en faisant un parallèle entre la situation des Roms en France et la seconde guerre mondiale. "D'ordinaire, elle est plus pondérée. Elle dérape, elle utilise une expression qui est à la fois choquante, anachronique et qui procède d'un amalgame".

"La Commission européenne, de mon point de vue, va trop loin. On n'a pas besoin là encore de faire référence au passé, aux années 40 au regard de ce qui se passe aujourd'hui", estime le secrétaire d'Etat au logement, Benoist Apparu sur RMC. "Des erreurs, ça arrive. Ce n'est pas le drame du siècle et il n'y a pas besoin d'en faire une affaire européenne", a-t-il encore estimé. "On n'a ni dissimulé, ni menti. Elle la [circulaire] existait. Il y a eu une erreur dans la circulaire, elle a été corrigée. Point. Terminé", a réagi M. Apparu. "On n'a rien caché. Une circulaire, c'est quoi ? C'est un texte qui émane d'un ministère et qui explique comment on fait. Ce n'est pas un texte officiel", a-t-il affirmé. Longtemps (quelques heures) on a cru que ce ton qui se voulait modéré et raisonnable allait faire tache d'huile.

Dés lors le Monde était endroit de titre (provisoirement) : « L'ÉLYSÉE ORDONNE LE CESSEZ-LE FEU » Après une matinée de polémique avec Bruxelles, l'Elysée a voulu calmer le jeu à l'issue du conseil des minsitres. "Il ne s'agit pas de polémiquer, ni avec la Commission, ni avec le Parlement. Cependant, certains propos ne sont tout simplement pas acceptables", a-t-on estimé à la présidence de la République, à la veille d'un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne (UE) à Bruxelles. Rappelant les précédentes sorties publiques jugées "modérées" du président de la Commission José Manuel Barroso et de Mme Reding sur le sujet, l'Elysée a clairement attribué la "sortie inhabituelle" de la commissaire européenne à la polémique suscitée par la circulaire du ministère de l'intérieur. "Cette circulaire du 5 août a été remplacée par la circulaire du 13 septembre que le ministre de l'intérieur a signée lui-même", a-t-on souligné. "L'heure est à un dialogue apaisé pour traiter le fond des sujets (...) il y a une volonté de traiter les choses au fond plutôt que de se laisser embarquer dans une polémique stérile", a insisté la même source. Interrogée sur une éventuelle interpellation de Nicolas Sarkozy sur ce sujet jeudi à Bruxelles, l'Elysée a rappelé que la question des Roms n'était "pas à l'ordre du jour" du sommet. "Autant que nous puissions le savoir, personne n'a l'intention de l'aborder au conseil européen", a-t-on indiqué. La présidence n'a toutefois pas exclu un aparté entre Nicolas Sarkozy et son homologue roumain Traian Basescu, qui ont exprimé leur "complet accord" sur la façon de traiter le problème des Roms lors d'un entretien téléphonique la semaine passée. Mais patatras, c'est reparti de plus belle…la polémique s'est enflée à nouveau, encouragée, gonflée par différentes expressions politiques.

 

 

La vice-présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, s'en prend elle aux institutions européennes. "Une fois de plus en ce domaine, l'Union européenne est d'esprit totalitaire et viole notre liberté et notre souveraineté", a estimé, mercredi, l'eurodéputée au micro de France Culture. Elle a ajouté que Viviane Reding, "entre les lignes, limite, nous traite de nazis, ce qui est quand même extrêmement grave".

Sur France Inter, la première secrétaire du PS, Martine Aubry, s'en est pris au gouvernement. "L'image de la France est abîmée, pas seulement en Europe d'ailleurs." Mme Aubry juge "abominable" l'action du gouvernement contre les Roms. "C'est une véritable honte pour notre pays de pourchasser des hommes et des femmes tout simplement parce qu'ils appartiennent à une ethnie et non pas parce qu'ils ont commis des délits, dénonce-t-elle. J'ai demandé à mon préfet il y a 15 jours d'arrêter les expulsions sur les terrains qui dépendent de moi c'est à dire de ma ville et de sa métropole", a rappelé la maire de Lille, soulignant qu'"occuper illégalement un terrain ne constitue pas un trouble suffisant à l'ordre public pour entraîner une expulsion du territoire".

Le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a estimé, sur Canal+, que la politique d'expulsion des Roms est "une honte pour la France" et qu'il faut l'arrêter "au plus vite" après les sanctions envisagées par Bruxelles. "Je constate que le gouvernement a un usage à géométrie variable de décisions de l'Europe parce que, quand il faut taper sur les Roms, les décisions européennes ça n'a aucune importance, mais quand il faut taper sur les retraites, alors là on applique avec beaucoup de rigueur les consignes de Bruxelles", a dénoncé le numéro un du Parti communiste.

Sur Europe 1, Corinne Lepage, la présidente de Cap21, déclare "qu'il y a eu une stigmatisation qui n'existe pas dans les autres pays" vis-à-vis des Roms avec "un amalgame entre expulser des gens qui sont dans une situation illicite parce qu'ils occupent un terrain et expulser les gens de France". "La France doit respecter le droit communautaire", ajoute la présidente de Cap21. "Il faut que l'on se rende compte que notre pays est complètement stigmatisé à Bruxelles", a-t-elle par ailleurs indiqué.

Sur Slate.fr, Jacques Attali publie une tribune intitulée "La France donne un spectacle lamentable", dans laquelle il s'interroge : "Comment rendre à ce pays l'éclat de son histoire en matière de droits de l'homme ?"

L'organisation non-gouvernementale Human Rights Watch (HRW), basée à New York, a exhorté, mardi, le gouvernement français à se plier à la demande de la Commission européenne de cesser d'expulser des Roms de son territoire. "Le gouvernement devrait également s'assurer que le démantèlement de campements illégaux de Roms ne prive personne de toit", demande l'ONG.

Pour la présidente socialiste de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, les Roms sont les boucs émissaires d'un gouvernement déjà en campagne électorale pour l'élection présidentielle de 2012. Le gouvernement "cherche à capter un électorat populaire désorienté, qui souffre du chômage, en s'occupant de problèmes qui sont secondaires par rapport aux problèmes qui sont ceux de la baisse du pouvoir d'achat, de la destruction des retraites, du chômage, de la peur des jeunes de pas pouvoir trouver du travail, et de la peur des anciens", a-t-elle déclaré sur LCI.

Pour le député européen Vert Daniel Cohn-Bendit, la réaction de Viviane Reding a été d'autant plus vive que le gouvernement français "a menti" à propos de la circulaire ciblant les Roms pour les expulsions. "Mme Reding s'est mise en colère parce qu'elle rencontre des hommes plus ou moins charmants comme MM. Lellouche et Besson qui lui racontent des bobards et elle se réveille le matin et elle lit dans les journaux qu'il y a cette circulaire", a-t-il dit sur France Info. "Elle se dit 'ils se sont foutus de ma gueule'. C'est pour ça qu'elle est est furieuse", a ajouté l'élu écologiste.

François Bayrou a lui aussi pris position sur cette polémique, estimant que l'influence de la France était atteinte. "La France, pilier de l'Union européenne, pays de référence, est aujourd'hui un sujet d'émotion, de troubles, de scandales et ceci est une atteinte profonde à l'influence de notre pays", a dit le président du MoDem sur la chaîne Public Sénat.

Des jours mouvementés entre Paris et Bruxelles, tempête d'équinoxe, appelée à prendre fin rapidement, mais les problèmes demeurent

 L'Elysée a «pris acte» mercredi des «excuses» de la commissaire européenne Viviane Reding  pour «ses propos outranciers à l'endroit de la France» sur la question des Roms. A la veille d'un Conseil européen extraordinaire, la querelle entre la France et l'UE au sujet du traitement des Roms a redoublé d'intensité mercredi. Nicolas Sarkozy a toutefois «pris acte» dans la soirée des «excuses» de la commissaire européenne Viviane Reding.

Viviane Reding fait machine arrière. Attaquée par Paris après avoir comparé implicitement le renvoi des Roms à la Shoah, la commissaire européenne à la justice est revenue mercredi soir sur ses propos. «Je n'ai en aucun cas voulu établir un parallèle entre la Deuxième Guerre mondiale et les actions du gouvernement français d'aujourd'hui», a assuré la Luxembourgeoise. «J'ai au contraire défendu, au nom de la Commission européenne, les principes et les valeurs sur lesquelles notre Union européenne est fondée», a-t-elle ajouté. «La Commission européenne dans son ensemble se concentre sur l'application du droit de l'Union et sur le principe de la non-discrimination», a souligné la commissaire.

 

Elle promet le  mercredi  15 que la Commission européenne rendrait son analyse définitive «d'ici à deux semaines» sur la légalité de la politique française et «prendrait les mesures appropriées». Viviane Reding, la vaille, avait  menacé la France de poursuites en justice pour non-respect de la législation de l'Union européenne. «Les circonstances donnent l'impression que des personnes sont renvoyées d'un Etat membre juste parce qu'elles appartiennent à une certaine minorité ethnique. Je pensais que l'Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la Deuxième Guerre mondiale», avait déploré la commissaire, qui réagissait aux révélations de l'existence d'une circulaire -remplacée depuis - ciblant spécifiquement les Roms pour les expulsions. Des consignes en opposition avec les assurances que Paris avait données à Bruxelles. Reding avait reçu mercredi le soutien du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui avait cependant tenté de nuancer ses propos.

 

 

L'Elysée «prend acte», Fillon est dépêché à Bruxelles.  Maintenant la pression, l'Elysée a déclaré mercredi laconiquement «prendre acte de ces excuses» mais regretter toujours des propos «outranciers». A en croire les sénateurs, qui ont discuté avec le chef de l'Etat mercredi après-midi, Nicolas Sarkozy a été piqué au vif par les remarques de la commissaire. Le président aurait, selon eux, ironisé et conseillé au Luxembourg, pays d'origine de la commissaire, d' «accueillir quelques Roms». Une déclaration qui a indigné le Grand duché, forçant le quai d'Orsay à tenter de calmer le jeu. Viviane Reding, «a tenu des propos inacceptables» sur la France mais «elle ne s'exprimait pas au nom du Luxembourg», a insisté Bernard Kouchner, qui a contacté son homologue luxembourgeois. Face aux critiques grandissantes provenant des milieux européens, François Fillon s'est rendu mercredi soir à Bruxelles pour «défendre la position de la France» sur les Roms devant des chefs de gouvernement, de partis et des eurodéputés du Parti populaire européen (PPE, droite). Ces tensions entre Paris et l'UE surviennent alors que Nicolas Sarkozy participe jeudi à Bruxelles à un Conseil européen extraordinaire. Un Conseil qui risque fort d'être dominé par cette question.

Mais les remontrances risquent de ne pas s'arrêter là pour Paris. Washington a invité la France, via un haut responsable du département d'Etat, à «respecter les droits des Roms». Par ailleurs, une commission indépendante du Congrès américain chargée de veiller à la situation des droits de l'Homme en Europe a dénoncé les expulsions controversées de Roms par la France et l'adoption de la loi sur le voile comme des «manoeuvres politiques». Entre temps,  Silvio Berlusconi, le président du Conseil italien a en revanche apporté son soutien à Nicolas Sarkozy, il sera le seul. «Mme Reding aurait mieux fait de traiter le sujet en privé avec les dirigeants français avant de s'exprimer publiquement . Ce problème des Roms n'est pas spécifiquement français. Il concerne tous les pays d'Europe», a confié Silvio Berlusconi.

Vers l'apaisement ?

La polémique née de l'attaque  de Viviane Reding sur la France n'aura duré que trente-six heures. Nicolas Sarkozy  a obtenu  des "regrets" officiels."Je regrette les interprétations qui détournent l'attention du problème qu'il faut maintenant résoudre. Je n'ai en aucun cas voulu établir un parallèle entre la Deuxième Guerre mondiale et les actions du gouvernement français d'aujourd'hui", a-t-elle déclaré à l'AFP. Réaction immédiate de l'Élysée qui "a pris acte des excuses de Mme Reding pour ses propos outranciers à l'endroit de la France." Fin d'un épisode houleux à quelques heures de l'ouverture d'un sommet européen ce jeudi à Bruxelles. Pour autant, la France n'est pas » sortie de l'auberge »  de la Commission. Du commissaire français Michel Barnier au président de la Commission, Jose Manuel Barroso, tous ont répété que si les mots de Viviane Reding étaient très mal choisis, ou mal interprétés, elle n'en était pas moins dans son bon droit sur le fond. "La position de la Commission européenne est claire. La loi communautaire doit être respectée. L'interdiction de la discrimination basée sur l'origine ethnique est une valeur européenne fondamentale et la Commission fera tout ce qui est en son pouvoir pour s'assurer du respect de ce principe", a déclaré Jose Manuel Barroso. Angela Merkel est allée dans le même sens, mercredi soir, en arrivant au congrès des conservateurs européens, à Bruxelles, où se rendait également François Fillon. "La Commission a le droit de s'assurer qu'un État membre respecte les traités européens", rappelle la chancelière.

Le Premier ministre français s'est dit certain, lui, de convaincre la Commission. "Elle pourra constater, au regard des informations que nous lui donnerons dans les toutes prochaines heures, que nous respectons strictement la législation européenne, que l'ensemble des décisions que nous prenons concernant le démantèlement des camps illégaux sont prises sous le contrôle de la justice, a déclaré François Fillon en sortant de la réunion. Mais il est parfaitement scandaleux qu'un membre de la Commission puisse tenir des propos comme ceux tenus par Mme Reding. La comparaison avec la Seconde Guerre mondiale est invraisemblable, inimaginable, scandaleuse." Le Premier ministre n'a plus que deux semaines pour convaincre, avant une réunion formelle des commissaires sur le déclenchement éventuel d'une procédure d'infraction contre la France, pouvant, à terme, conduire à la Cour de justice européenne. Mercredi, le collège a eu un rapide tour de table sur la question. Le collège soutient , sur le fond, Viviane Reding .

 

La guerre des mots continue entre Paris et Bruxelles

Le point d'orgue des déclarations a-t-il été atteint ? Qu'on e juge : «Je serais très heureux si l e Luxembourg pouvait aussi accueillir les Roms», a ajouté le chef de l'Etat. Des propos que le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, n'a pas apprécié. «Faire cet amalgame-là de la part de Nicolas Sarkozy entre la nationalité de la commissaire et le Luxembourg est quelque chose de malveillant », a-t-il déploré.

Département d'Etat américain s'en mêle, avons-nous vu et le rapport de force dépasse l'affrontement entre la France et la Commission.

Le département d'Etat américain s'en est également mêlé, en rappelant à l'ordre le gouvernement français. «A l'évidence, les droits des Roms sont importants pour nous, et nous invitons la France et d'autres pays à (les) respecter», a déclaré à la presse un responsable.

En Allemagne, le gouvernement a également apporté son soutien à la Commission, rappelant qu'«aucune discrimination n'est autorisée à l'encontre de minorités ethniques».

Le président de la Commission, José Manuel Barroso, avait quant à lui joué la carte de l'apaisement, en insistant sur le fait que Mme Reding n'avait «pas voulu établir un parallèle entre ce qui s'est passé durant la deuxième Guerre mondiale et la période actuelle». Excuses de la Commissaire (qui n'a pas prononcé le mot et il est question de regret), l'Elysée en prend acte, mais le « malentendu »  demeure

A Bruxelles, le président français  a indiqué que la France continuerait à démanteler des camps illicites et le second a confirmé que l'ouverture éventuelle par la Commission européenne d'une procédure d'infraction sur ce dossier restait d'actualité. Au cours d'une conférence de presse, le président français a longuement défendu sa politique envers les Roms, cible de critiques de l'exécutif et du Parlement européen, des Nations Unies ou encore du département d'Etat américain, assurant qu'elle respectait strictement le droit européen. Il a surtout eu des mots très durs envers la commissaire européenne à la Justice et aux Droits fondamentaux, Viviane Reding, qui avait assimilé mardi les expulsions des Roms par la France aux événements de la Seconde Guerre Mondiale. La totalité des chefs d'Etat et de gouvernement ont été choqués par les propos outranciers tenus par la vice-présidente de la commission", s'est-il félicité. "On ne parle pas comme ça entre partenaires européens." José Manuel Barroso a de nouveau pris ses distances avec les déclarations de la commissaire luxembourgeoise mais a suggéré que des déclarations françaises méritaient elles aussi d'être atténuées. "C'est vrai que dans la passion du débat nous avons entendu des commentaires exagérés. La vice-présidente de la Commission l'a elle-même reconnu hier. D'autres devraient penser à faire de même (...) Mais laissons ceci de côté maintenant", a dit le président de l'exécutif communautaire.

L'invitation de José manuel Barroso  dans l'immédiat n'a pas été suivi d'effets immédiats, semble-t-il comme le rapportent des bruits de couloirs (bien assourdissant). Il est question d'une  « GROSSE COLÈRE ». De sources diplomatiques au sein de plusieurs délégations, Nicolas Sarkozy a vivement interpellé José Manuel Barroso à propos de Viviane Reding au cours du déjeuner restreint des chefs d'Etat et de gouvernement.

"Le président français a piqué une grosse colère, il a franchi les limites à plusieurs reprises. Cela a été assez violent", dit un diplomate. "Il est revenu à plusieurs reprises sur le sujet et a voulu poursuivre la polémique", a encore expliqué ce diplomate. Cette version a été totalement démentie par le chef de l'Etat. "S'il y a bien quelqu'un qui a gardé son calme et qui s'est abstenu de commentaires excessifs c'est bien moi (...) Il n'y a pas eu d'éclats de voix. Ce n'est pas mon genre, ni de M. Barroso ni de moi, mais j'ai dit franchement ce que la France pensait", a-t-il insisté. Selon d'autres sources, plusieurs Etats membres sont intervenus dans cet échange et ont considéré que si les propos de Viviane Reding étaient "déplacés" ou "choquants", la Commission n'en était pas moins dans son droit de contrôler l'application des traités. Le président français «  a été très sensible au soutien complet, total, entier, une fois encore, d'Angela Merkel ». Etrange… elle avait en arrivant la veille au soir apporté sans équivoque  son soutien à la Commission. Son porte-parole, Steffen Seibert, a déclaré  « n'avoir, ni lors du Conseil, ni lors d'un entretien en mage, parlé de l'évacuation de prétendu camps de Roms ' comme le rapportait Nicolas Sarkozy. Le ministre des affaires étrangères confirmait un peu plus tard les propos de la chancelière. Démenti rare que l'Elysée refusait de commenter

Une déclaration commune ? Pas à proprement parler et les conclusions de la présidence ne souffleront mot de l'affaire Rom, pas plus que la secrétaire générale de la Commission qui traditionnellement rédige à chaud une note de synthèse et d'ambiance pour ses services. Va-t-on en rester là et passer au traitement en profondeur du dossier ROM ?

Le sérieux président du Conseil européen Herman Van Rompuy tire cinq conclusions :

     - . un Etat membre a le droit et le devoir de faire appliquer sa législation dans le cadre de la sauvegarde de l'Etat de droit ;

      - . la Commission a le droit et le devoir de faire appliquer les directives sur la libre circulation et les discriminations aux droits fondamentaux et la Commission a le droit de faire des enqête;

      -. les membres du Conseil ont pris note de la décision de la décision de José Manuel Barroso qui s'exprimait au nom de tout le Collège ;

      -. les relations entre les Institutions européennes et les Etats membres doivent être inspirées par le respect ;

      -. on discutera de cette problématique des Roms d'un Conseil européen future.

Cette déclaration en cinq points vaut-elle l'heptalogue qui mit fin à la crise de la « chaise vide » ? Ce serait excessif de le prétendre pour une crise qui, elle dura plusieurs mois, et d'une tout autre envergure.

« Personne ne met en doute les doutes les droits fondamentaux et la non-discrimination entre citoyens » a souligné Herman van Rompuy. M. Barroso a réitéré son appui à la vice-présidente Viviane Reding : « La commission remplit son rôle de gardienne des traités. La discrimination est inacceptable. Il faut que le respect et la dignité règne dans les ralations entre la Commission et le Conseil.

L'UE cherche à apaiser les querelles sur la politique à l'égard des Roms . » çà été un échange mâle et viril » a raconté le premier ministre  luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, tandis que son homologue bulgare a évoqué un « échange très violent (…) les éclats de voix étaient si forts qu'on entendait tout à l'autre bout du couloir ».

La France « va continuer à démanteler tous les camps illégaux sans aucune distinction d'origine ou de culture (…) dans le respect du droit européen » a indiqué le président français. Au total en 2010, c'est plus de 500 camps illicites qui ont été démantelés dont 80% de ressortissants français. Ces démantèlements concernent 199 camps de Roms pour un total de 5400 personnes, 355 camps de gens du voyage (français) et 7 camps composés d'une centaine de personnes originaires du Vietnam, du Soudan, de l'Iraq et de l'Iran. « C ces chiffres parlent d'eux-mêmes et démontrent qu'il n'y a aucune forme de discrimination et de ciblage » a souligné Nicolas Sarkozy. La France a « été profondément choquée » par les propos de Mme Reding établissant un parallèle entre les déportations pendant la dernière guerre mondiale et les expulsions des Roms en France. « Mon devoir de chef d'Etat, c'était de défendre la France ». Il a qualifié ces propos « d'injure », de « blessure », d »humiliation et d'outrance ». « la totalité des chefs d'Etat et de gouvernement a été choquée par les propos outranciers tenus par Mme Reding. Je ne souhaite pas polémiquer. Mme Reding s'est excusée pour ses propos extrêmement injurieux. Restons en là » a conclu le chef de l'Etat. Il a également rappelé que « la France a agi et continuera d'agir dans le strict respect du droit européen relatif à la libre circulation » ; et notamment de la Directive 2004/38 ; « La Commission et c'est son rôle a posé de nombreuses questions (…) et nous y avons répondu et nous continuerons à y répondre » Et le président de conclure : « Regardons si l'esprit du Traité est respecté. S'il s'avérait que dans la transposition il ya au des erreurs, naturellement qu'on les corrigera ».

A un journaliste qui l'interrogeait sur le climat du déjeuner, la chancelière a répondu « j'ai dit que les propos de la commissaire n'étaient pas appropriés, mais que la Commission doit veiller au respect du droit communautaire et que les institutions doivent faire preuve de respect entre elles. Le président français a présenté sa façon de voire les choses ». Compte tenu de la violence des propos, le différend est-il toujours aussi vivace a demandé un journaliste. Pour la chancelière, l'important est que « le débat ait eu lieu et que des conclusions en aient été tirées. Nous devrions en revenir à une coopération de qualité (…) Tout a été dit. Il s'agissait de dire qui i doit faire quoi  entre la Commission et le Conseil et comment travailler entre nous ».  Pour David Cameron : « il est important que toutes les nations puissent agir quand il y a des problèmes d'immigration mais pas quand c'est en fonction de l'appartenance à une ethnie (…) La commission a le droit de veiller à ce que le droit communautaire soit respecté ».

Le premier ministre luxembourgeois a estimé que les attaques de Nicolas Sarkozy contre son pays « n'étaient pas convenable (…) les commissaires ne représentent pas leur pays à partir du moment où ils sont nommés » a-t-il rappelé utilement . Il a concédé que les propos de Mme Reding étaient « excessifs ».
Le président Roumain Trian Basescu a estimé que les Roms en tant que citoyens roumains bénéficient du même droit à la liberté de mouvement que les autres citoyens de l'UE.  Il a toutefois admis qu'ils devaient respecter la législation des pays où ils se trouvent. Il s'est dit satisfait de l'accord trouvé au Sommet tout en reconnaissant que la Roumanie « vait tout intérêt et besoin d'une stratégie au niveau européen ».

Selon la première ministre slovaque, Iveta Rudicova, chaque Etat peut agir à sa manière, « mais la Commission a le droit et même l'obligation de veiller à ce que ces actions soient conformes à la législation européenne ».

Selon le premier ministre polonais, Donald Tusk, chaque pays européen a une minorité rom plus ou moins importante, « la Pologne n'est pas ici dans une situation facile ». Cela ne doit pas être un prétexte pour attaquer la Commission. En outre, la Pologne estime que les propos de Mme reding étaient malvenus.

Beaucoup de choses ont été dites et il est fort heureux qu'elles aient dites, rappelées et martelées. Qu'on s'en souvienne ! Il y a quelque mois la Commission avait semblé être menacée dans ses prérogatives par le  Conseil européen, le Parlement européen a volé à son secours, attaquée rudement par un Etat membre, c'est le Conseil européen qui rappelle quelles sont ses prérogatives dont l'une des moindres n'est pas celle de « gardienne des traités ». Il reste à la Commission d'être à l'avenir moins timorée dans cet exercice qui reste difficile.

 

Et la Presse française et internationale?

La presse française reste distante vis-à-vis de la polémique européenne estime certains observateurs, mais on peut aussi faire remarquer que ses titres (souvent en rupture avec le contenu des articles en général objectif) a contribué comme à l'habitude à jeter de l'huile sur le feu et à agiter le chiffon rouge devant les yeux de l'Elysée. Souhaitons qu'elle conserve ce même appétit pour la chose européenne et qu'elle continue à en rendre compte avec un luxe de détails  pour les autres dossiers ! Tous aussi riches par leur enjeux et leur dramaturgie.

 Les éditorialistes sont partagés sur les vives réactions de ces derniers jours...partagée, elle regrette surtout une polémique qui empêche l'Union européenne (UE) de se concentrer sur sa véritable mission.

Pour Dominique Quinio de La Croix, «l'Europe est au coeur de sa mission quand elle veille sur le sort de ses habitants, notamment quand ils sont membres de minorités». Cependant, précise-t-elle, «elle ne doit d'ailleurs pas oublier de contribuer aux solutions concrètes les concernant».

Une seule victime: l'Europe. «A vrai dire, ces dérapages bilatéraux font une victime: l'Europe. Affaiblie et discréditée sur la scène internationale parce que désunie», note dans le même sens Rémi Godeau de L'Est Républicain. «Les invectives de Nicolas Sarkozy s'inscrivent dans une grande tradition française, de la chaise vide du Général de Gaulle aux saillies de Jacques Chirac contre les technocrates de Bruxelles», ajoute Francis Brochet dans Le Progrès de Lyon et, paraphrasant Staline, se demande: «La Commission, combien de divisions?».

Pour d'autres éditorialistes, l'UE est, au contraire, a raison de s'inquiéter de la politique français envers les Roms. Dans Le Courrier Picard, Daniel Muraz reconnaît qu'«à la différence de certaines de ses intrusions technocratiques, l'Union européenne est dans son rôle lorsqu'elle rappelle ses principes fondateurs, dont la condamnation de toutes les politiques de discriminations ethniques ou raciales».

«L'allusion à la guerre de Viviane Reding infondée et mal venue» Gérard Noël de Vosges Matin rappelle également que Nicolas Sarkozy «ne mesurait-il pas l'impact que cette politique de stigmatisation manifeste aurait en dehors de nos frontières et tout particulièrement au sein des institutions européennes».

Tout en estimant que «l'allusion à la guerre de Viviane Reding est infondée et mal venue», François Sergent, dans Libération, assure pour sa part que le chef de l'Etat devra répondre «sur le fond aux accusations très précises de la commissaire européenne». «Sarkozy est devenu en l'espace d'un été le Président qui rétrécit et qui contrevient à tous les principes éthiques et juridiques de l'Europe», écrit-il encore.

  Au lendemain du sommet européen de Bruxelles, au cours duquel José Manuel Barroso et Nicolas Sarkozy ont eu un échange «mâle et viril» à propos de la politique anti-Roms menée par la France, la presse européenne n'est pas tendre avec le président français.

«Mais qu'arrive-t-il donc à Nicolas Sarkozy?», se demande le site internet de Bild a à l'instar du Spiegel, qui estime que le démenti d'Angela Merkel (sur un projet évoqué par la président français d'expulsions de Roms par l'Allemagne) montre que «soit le Français n'entend pas correctement, soit il interprète les nuances à sa façon». Quant à son altercation avec Barroso, le Spiegel remarque aussi qu'il s'agit d'un tournant dans le style du président français: «Fini le "Cher José Manuel" ou les décontractés "mon ami" distribués à tout va» (en français dans le texte).

Même constat pour la Süddeutsche Zeitung, pour qui «Super-Sarko est devenu un enfant terrible et fait, dans ce rôle, concurrence à Silvio Berlusconi». Pire: il s'agit selon la Frankfurter Allgemeine Zeitung, d'une véritable «perte de contrôle de Sarkozy». «La crise des Roms est un cas d'école des faiblesses de la "méthode Sarkozy"», note le journal. «Le turbulent président, qui saute d'une crise à l'autre, est l'homme des coups médiatiques, un opportuniste des projecteurs. Mais la méthode s'est usée. Et laisse le gouvernement plongé dans une véritable crise existentielle.»

Arrogance française aussi pour l'Italie, où les Roms ne sont pas exactement les bienvenus non plus, le commentaire on prend conscience  que à  «La vérité, c'est que derrière la France de Sarkozy c'est l'Italie de Bossi et Belusconi» qui est visée, écrit la Repubblica. «Si on laisse faire Paris, s'est dit la Commission, l'Italie adoptera des mesures encore plus drastiques» contre les Roms. «Hier, seul le gouvernement de Rome a ouvertement soutenu l'Elysée», relève aussi La Stampa. «C'est aussi le seul à avoir repris à son compte l'image que se fait Sarkozy de la Commission», celle d'une «assemblée de représentants nationaux et pas de représentants de l'intérêt commun européen.» Le quotidien ne se prive pas au passage d'attaquer l'arrogance d'une France dont le gouvernement «se sent tellement supérieur, d'un point de vue éthique, qu'il ne supporte aucun type d'ingérence». Et d'un Sarkozy qui «perpétue» la «spécialité française» qu'est la «mise en scène hypocrite». Seule consolation au tableau: une «agora européenne» s'est enfin imposée sur la question rom.

«La France mérite d'être boutée hors de l'Union».  Affliction aussi dans les colonnes des quotidiens anglais. «Les leaders européens ont mieux à faire que de se chamailler sur les gypsies», s'agace The Independent, avant de donner «en un sens» raison à Viviane Reding: «Ceux qui sont expulsés par M. Sarkozy et M. Berlusconi ont perdu la protection dont ils bénéficiaient avec l'effondrement de l'ère post-communiste dans les pays de l'Est et ont émigré vers des pays où ils ont de meilleures chances de survie. Ils sont les plus pauvres des pauvres, avec un nom qui les condamne à la discrimination. Ceux qui exploitent politiquement de si infortunées victimes devraient avoir honte.»

The Guardian y va plus franchement encore. C'est simple,  «la France mérite d'être boutée hors de l'Union pour avoir déporté des Roms». Et «sans plus de cérémonie que (la police française) n'en a accordé aux familles roms», encore. Qu'aurait-on dit, pousse Louise Doughty, éditorialiste et romancière, si «Sarkozy avait commencé à déporter des gens qui se seraient trouvés être juifs ou noirs? Aurait-il fallu à l'UE 18 mois pour réagir?» «Si Sarkozy est autorisé à poursuivre ses déportations, d'autres gouvernements de droite réaliseront que la persécutions des Roms est rentable en termes de vote et sans que cela ne leur coûte rien. (Viviane) Reding doit agir vite et fort si elle veut que sa volte-face ait le moindre impact – et les autres gouvernements européens, Royaume-Uni compris, doivent la soutenir haut et fort.»

«Personne n'a osé critiquer l'excès verbal de Sarkozy» Un soutien dont doute fortement El Pais. «Face à la passivité avec laquelle l'Europe réagit au recensement des Roms mené depuis deux ans par Berlusconi en Italie, le populisme de Nicolas Sarkozy a reçu hier une réponse à la hauteur de la part de la Commission européenne.» Mais dans son éditorial titré «L'Europe fait naufrage», le quotidien espagnol pointe en revanche le «pragmatisme diplomatique» des dirigeants européens vis-à-vis du président français. Dans son viseur, la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre espagnol José Luis Zapatero: «Personne n'a osé critiquer l'excès verbal de Sarkozy quand il a défié le Luxembourg d'accueillir tous les Roms.»

Pour le quotidien suisse Le Temps, «l'Europe ne sort pas grandie du pugilat verbal entre Bruxelles et Paris». «Le psychodrame autour des Roms est d'autant plus problématique qu'il repose, de part et d'autre, sur un refus de la réalité, estime le journaliste Richard Werly. La France, et Nicolas Sarkozy lui-même, savaient bien que l'intégration dans l'UE de pays bien plus pauvres que la moyenne, comme la Roumanie et la Bulgarie, entraînerait des difficultés.» Et le journal genevois d'écrire que «la vérité est que Barroso aurait dû parler plus fort et plus vite. Et ses fonctionnaires chargés de l'intégration des Roms auraient dû interoger Paris plus tôt, voire se déplacer. La surenchère, redoutable en matière de sécurité et de minorités, aurait dû être évitée».

La presse roumaine n'est pas très bavarde. D'ailleurs, au milieu de l'«irritation maximale à Bruxelles», la Roumanie a eu «une attitude contemplative», décrit Mihaela Gherghisan, correspondante de RFI Roumanie. Dans Evenimentul zilei, Mirceau Cartarescu synthétise: toute cette polémique est «une erreur de la France souveraine». «Personne ne nie les gros problèmes d'adaptation des Roms, écrit-il. Ainsi, même si elle est un grand Etat, la France a énormément besoin de leçons de la part de l'Union européenne, parce qu'à travers la politique menée dernièrement à l'encontre des Roms, elle viole les droits de l'homme».

CF. la revue de Presse de Touteleurope.eu   http://webmail.skynet.be/page.html?action=viewmessage&message_id=381&thisfolder=INBOX

http://webmail.skynet.be/page.html?action=viewmessage&message_id=437&thisfolder=INBOX

 The Parliament.com http://www.theparliament.com/press-review-article/newsarticle/sarkozy-and-eu-clash-over-roma-situation/

 

 

CONCLUSION

"En priorité ceux des Roms." Ces cinq mots au bas d'une circulaire ordonnant évacuation, expulsion et démantèlement en invitant à donner toute la publicité médiatique nécessaire aux opérations ne signifient pas seulement que la France a menti à l'Union européenne, mais qu'elle s'est trahie.  Nous a dit dans le monde Caroline Fourest. Faut-il retenir  comme circonstances atténuantes que les français exaspérés et chauffés à blanc sur l'insécurité, n'écoutent pas la voix de la raison ? et donc que toute manœuvre politicienne serait habile ?  c'est un pari bien hasardeux quand on voit que ces mêmes français semblent placer en seconde priorité la sécurité  loin derrière l'emploi, le chômage, le niveau de vie, l'éducation et même les retraites. En revanche, beaucoup risquent de comprendre que l'intégration précipitée de la Roumanie et de la Bulgarie à l'Union européenne était une erreur. Une fois de plus, la course à l'élargissement guidée par des motivations économiques – les mirages du  grand marché- a joué contre l'Europe politique et se révèle au bout du compte un mirage. La tention du repli sur soi serait grande. Tout aussi illusoire que d'encourager involontairement des réactions violentes (que l'on ne soupçonne pas en France)à l'égard des minorités dans d'autres pays, d'être le complice discret et muet vis-à-vis de pays qui  comme Suède et en Allemagne, on a la sagesse d'agir sans pointer du doigt. Illusoire  et véritable désastre annoncé que d'apparaître comme la France qui résiste à Bruxelles. Quel gâchis ! une prime donnée aux extrémistes.

Que dire du Parlement européen ? Il a été l'élément déclencheur, plus discret lorsque la bataille a fait rage, mais il est resté « vent debout » contre le gouvernement français.  Est-il sans reproche ? Pas si sûr ! La petite histoire raconte que Viviane Reding expliquerait son dérapage par le fait qu'elle aurait été poussée à bout. Elle s'attendait à un meilleur accueil après les propos qu'elle venait de tenir dans l'hémicycle lors de la dernière plénière : les députés l'auraient estimée, timorée et complaisante à l'égard  du gouvernement français, ambiguë ou trop imprécise dans l'annonce de ce qu'elle avait l'intention de faire. Excédée elle aurait pensé trouver son salut dans la fuite en avant et la surenchère. Ce n'est pas totalement convaincant, une excuse trop vite trouvée. Il faut dire que le discours tenu devant les députés en début d'année lors de son audition comme commissaire désigné , ce discours porte en lui les discours qu'elle tient depuis plusieurs semaines.

Par contre, il pourrait être reproché au Parlement   un comportement qui introduit une dérive (ou un risque) dans le fonctionnement des institutions : Strasbourg ne doit pas devenir la chambre d'appel ou la caisse de résonnance des débats nationaux. Le Président de la République italienne (opposant irréductible à Silvio Berlusconi) l'a rappelé au Parlement européen lorsque celui-ci a voulu condamner les pratiques et le manque de liberté en matière d'information en Italie. L'opposition avait échoué à le faire dans les assemblées italiennes les rapports de force sur un plan strictement est ce qua chacun sait. Le président Napolitano avait clairement fait savoir qu'en appeler à Strasbourg n'était pas une procédure correcte. L'affaire des Roms est, elle, incontestablement un débat européen, mais elle ne doit pas être l'occasion pour donner le coup d'envoi de la campagne présidentielle de 2012 comme l'a fait remarquer un politologue français célèbre. La marge de manœuvre est étroite et la frontière entre les deux  débats a parfois été franchie ; Est-ce une bonne chose, à l'avenir, pour l'Europe ? répondons en conscience.

Si par malchance, l'affaire des Roms devait mal tourner, la France n'en serait pas la seule victime. Sujet européen par excellence, la question des roms a de quoi réveiller les nationalismes, xénophobies, la haine de l'autre…La question rom peut tuer le rêve européen, sauf si l'Union européenne s'attache à améliorer de toute urgence la situation des Roms et prioritairement en Roumanie et en Bulgarie. Ce peut être alors un sursaut exemplaire autant qu'inattendu, une surprise dont l'histoire recèle les secrets. Alors un Parlement vigilent, une Commission respectée  et entreprenante, un Conseil consensuel et des Roms enfin respectés et sur la voie d'être tirés d'affaire. Mais pour eux, il ne faut pas s'en cacher, les résultats seront eu rendez-vous dans plusieurs années, inévitablement. Un travail de longue haleine, loin des outrances. La question des Roms et plus largement celle des minorités en Europe, peut-elle tuer le rêve européen ? Non ! si l'on y prend garde.