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Les Eglises chrétiennes de France persistent dans leurs positions  sur les migrants quelques jours avant la visite de Nicolas Sarkozy au Vatican. Ils s'adressent aussi et d'abord aux fidèles de leur communauté.

pdf mise en ligne :07 10 2010 ( NEA say… n° 95 )

IMMIGRATION > Politique d'intégration

La Conférence des évêques de France, la Fédération protestante de France et l'Assembléedes évêques orthodoxes de France ont rappelé dans un communiqué leurs positions.

La Conférence des évêques de France, la Fédération protestante de France et l'Assembléedes évêques orthodoxes de France ont rappelé dans un communiqué leurs positions.

« Le CECEF (Conseil d'Eglises chrétiennes en France) rappelle son attention sur les questions des migrations. Au moment où un projet de loi relatif à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité est discuté au Parlement, le Conseil d'Églises Chrétiennes en France (CECEF) qui s'était exprimé sur ces thèmes en février dernier, rappelle quelques uns des points d'attention soulignés alors :

« Comme responsables d'Églises chrétiennes en France, nous voudrions encourager les fidèles de nos communautés à persévérer dans leur solidarité envers les migrants…

Aujourd'hui, face aux situations dramatiques que connaissent les migrants, les préjugés n'ont pas leur place. Un changement de regard est nécessaire…

Aujourd'hui, un partage solidaire avec tous les déracinés qui ont besoin de notre hospitalité est indispensable et urgent…

Aujourd'hui, dans une société de défiance, nous réaffirmons que le migrant est une personne humaine avec des droits fondamentaux inaliénables. …

Changer notre regard ; vivre un partage concret avec ceux qui souffrent ; ne pas se taire devant les injustices… voilà le chemin qui peut être le nôtre… "Ce que vous avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait" (Mt 25, 40). »

Le CECEF encourage les associations qui oeuvrent en faveur des migrants et dans lesquelles de nombreux chrétiens sont engagés bénévolement. Il demeure attentif aux difficultés rencontrées par ces acteurs sur le terrain dans l'accompagnement des personnes issues de l'immigration, à leurs inquiétudes quant à certains amendements possibles au projet de loi qui pourraient avoir des conséquences graves pour le respect du droit des personnes étrangères résidentes en France. »

Le magistère de l’Eglise catholique en matière d’immigration de Jean-Paul II à Benoît XVI

 

 

      -. Jean-Paul II, encyclique Laborem exercens  « Et pourtant, même si l’émigration est sous certains aspects un mal, celui-ci est, en des circonstances déterminées, ce que l’on appelle un mal nécessaire. On doit tout faire _ et on fait assurément beaucoup dans ce but _ pour que ce mal au sens matériel ne comporte pas de plus importants dommages au sens moral, pour qu’au contraire, et autant que possible, il apporte même un bien dans la vie personnelle, familiale et sociale de l’émigré, par rapport au pays d’arrivée comme par rapport au pays de départ. En ce domaine, énormément de choses dépendent d’une juste législation, en particulier quand il s’agit des droits du travailleur. On comprend que ce problème ait sa place dans le contexte des présentes considérations, surtout de ce point de vue. » Jean-Paul II (§ 23)

      -. Le Catéchisme de l’Église catholique « Les nations les mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l’hôte sous la protection de ceux qui le reçoivent. Les autorités politiques peuvent, en vue du bien commun dont elles ont la charge, subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. » (§ 2241)

« L’accès au travail et à la profession doit être ouvert à tous sans discrimination injuste, hommes et femmes, bien portants et handicapés, autochtones et immigrés. » (§ 2433)

      -. Benoît XVI, à l’Angélus du 10 janvier 2010 « Il faut repartir du cœur du problème ! Il faut repartir de la signification de la personne ! Un immigré est un être humain, différent de par sa provenance, sa culture, ses traditions, mais une personne à respecter et avec des droits et des devoirs, en particulier dans le domaine du travail où la tentation de l’exploitation est plus facile, mais aussi dans le domaine des conditions de vie concrètes. La violence ne doit jamais être pour personne le chemin pour résoudre les difficultés. Le problème est avant tout humain ! Je vous invite à regarder le visage de l’autre et à découvrir qu’il a une âme, une histoire et une vie : c’est une personne et Dieu l’aime comme il m’aime. » 

 

Analyse politique du voyage de Nicolas Sarkozy au Vatican

La visite présidentielle à Rome, vendredi 8 octobre, organisée dans l’urgence ( quelques semaines de préparation au lieu de plusieurs mois habituellement)  et ce à la demande du président et non du Vatican, après la polémique estivale liée aux propos du pape et à la situation des Roms, devrait permettre au président de la République de manifester ses bonnes relations avec l’Église catholique à son plus haut niveau. En effet, le 22 août à Castel Gandolfo, lors de l’Angélus, Benoît XVI avait appelé les pèlerins français à « accueillir les légitimes diversités humaines », propos qui avaient été alors lus par la presse italienne puis française comme une critique directe du gouvernement français. Et de fait, un indice pouvait laisser penser que Benoît XVI cherchait à adresser un message particulier à la France : le message du salut en français était différent de ceux exprimés dans les autres langues.

En réalité, c’est l’Élysée qui a fait la demande d’audience. Ce qui est d’ailleurs l’usage. Pour Nicolas Sarkozy, il y avait urgence à lever le malentendu et envoyer des signaux d’apaisement à l’électorat catholique, qui a tendance à s’éloigner depuis 2007 après avoir massivement voté (à 74%, selon l’Ifop) pour le candidat de l’UMP à la dernière élection présidentielle. À l’aube de la rencontre, l’Élysée s’emploie pourtant à découpler cette visite de la polémique estivale : « Cette visite n’est pas spécialement liée aux problèmes des Roms, avance-t-on. On fait remarquer aussi qu’alors que le processus de paix est relancé au Proche-Orient, le dialogue avec l’Église catholique est très important. » La future présidence française des G8 et G20 est également mise en avant : « En tant que futur président du G20, Nicolas Sarkozy souhaitait consulter très largement. Dans ce contexte, il était naturel de vouloir renouer le dialogue avec le pape. »En toute hypothèse, le chef de l’État compte bien tirer profit de cette rencontre. À l’Élysée, on ne se prive pas de qualifier de « privilégiées » les relations entre les deux hommes. « C’est la troisième fois qu’ils se voient », se félicite-t-on. Et les deux parties cherchent l’apaisement.