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Les écoutes secrètes de George W. Bush

pdf mise en ligne :06 01 2006 ( NEA say… n° 01 )

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Le cauchemar américain se poursuit, plus oppressant encore. Une leçon pour l’Europe ?

George Bush, déjà empêtré dans une demi douzaine de scandale (échec sévère face au Congrès dans sa tentative de légitimer la torture dans certaines circonstances, grosses difficultés à faire passer le Patriot Act, scandale des avions secrets et des prisons secrètes en Europe, etc.) se débat avec une affaire qui a le goût amer du déjà vu. C’est cette cascade de scandales, ayant tous trait aux libertés publiques, qui a amené INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE à titrer, fin décembre, un de ses éditoriaux : «Le cauchemar américain».

Le 14 décembre dernier, le NEW YORK TIMES révélait qu’un an après les attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush avait autorisé un programme d’écoutes téléphoniques clandestines dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, et ce sans mandat de la justice. Son gouvernement avait donc autorisé la surveillance de citoyens américains, et vraisemblablement bien au-delà, sans aucune couverture juridique.

La Maison Blanche a aussitôt protesté, jurant de sa bonne foi, bien plus de son patriotisme et du souci de ses concitoyens : l’état de guerre dans lequel était plongé le pays octroyait au Président, de fait, des pouvoirs plus étendus. De telles méthodes étaient justifiées et elles s’étaient révélées particulièrement efficaces en certaines circonstances pour traquer les terroristes. Ce n’est pas l’avis, une fois de plus, du Congrès américain : le vendredi 6 janvier dans un rapport de 44 pages, son service de recherche (le remarquable Congressional Research Center) a rejeté la défense des conseillers juridique du Président, estimant que ces écoutes étaient en contradiction avec la législation en vigueur.

Congressional Research Service (CRS) Report for Congress: “USA PATRIOT Improvement and Reauthorization Act of 2005 (H.R. 3199): A Brief Look”, December 9, 2005. (pdf)

L’affaire n’est pas sans rappeler les écoutes sauvages auxquelles s’était livré, dans les années 1970, Richard NIXON. Le scandale culmina avec le Watergate ; il devait emporter le Président, contraint à la démission pour éviter un procès en destitution. Aujourd’hui, nous n’en sommes pas là, mais il est curieux de constater que dès le début des révélations de l’affaire des avions secrets opérant en Europe, le mot de Watergate a été prononcé dans les couloirs du Parlement européen, certains parlant même de l’existence d’une « gorge profonde » à qui l’on devrait toutes ces informations, précises, et renouvelées presque chaque jour.

Le WASHINGTON POST, toujours vigilant, révélait, le premier, le contenu du rapport et l’influent ACLU (American Civil Liberties Union) surenchérissait en indiquant que ces révélations jetaient désormais une ombre sur les débats à venir concernant le Patriot Act.

Report Rebuts Bush on Spying - Domestic Action's Legality Challenged” By Carol D. LEONNIG, WASHINGTON POST, January 7, 2006.
Domestic Spying Scandal Overshadows Patriot Act Debate” ACLU ONLINE, January 6, 2006.

Au fil de ses 44 pages, le rapport du CRS, premières conclusions indépendantes rendues sur cette affaire, rejette les affirmations de George BUSH et de l’Attorney Général Alberto GONZALES sur le droit du président à ordonner, dans ces cas-là, l’écoute de conversations téléphoniques et l’espionnage de courriels, estimant que le président ne peut invoquer les larges pouvoirs sur lesquels il s’est appuyé. Une loi de 1978, le Foreign Intelligence Surveillance Act, interdit que des américains soient emprisonnés sur le territoire américain et soient espionnés sur le territoire américain. Sans qu’un tribunal spécial ait donné son feu vert.

La première leçon à tirer pour l’Europe est certainement de chercher une solution au terrorisme ailleurs que dans le tout sécuritaire : les déboires de George W. BUSH ne sont pas un encouragement ! Le premier ministre Tony BLAIR dans son suivisme a connu face aux Law Lords et à la Chambre des Communes, à son tour, les mêmes déboires. L’Union européenne, plus réservée et aussi plus partagée, n’a pas connu les mêmes tentations ou plus exactement n’y a pas succombé, à ce jour. Les tentations et les tentatives ne furent pas absentes.

Succomber à cette tentation, c’est courir le risque sérieux de la contagion, contaminant nos principes démocratiques, nos valeurs, notre modèle de vie en société. C’est la gangrène, pour reprendre le titre d’un livre jadis célèbre qui, il y a presque cinquante ans, fut à la fois  un scandale et un avertissement salutaire. Il protestait contre les tortures et les révélait par la même occasion, ces tortures auxquelles la France se livrait dans la guerre en Algérie.

Interrogeons-nous rapidement : comment devient-on terroriste ? « Le terrorisme…il se nourrit de la colère et du désespoir » (George W. BUSH). Cette déclaration faite à la tribune de l’Organisation des Nations Unies, le mercredi 14 septembre, a surpris par le ton et aussi par les propositions. Elle rejoignait les déclarations antérieures d’un Javier SOLANA qui s’était exclamé : « on ne naît pas terroriste, on le devient ! ». L’un et l’autre rejoignaient, avec beaucoup de retard, le pape Jean-Paul II qui le premier, et longtemps seul, avait répété inlassablement qu’en matière de terrorisme, il fallait s’attaquer avant tout aux racines du mal.

George W. BUSH a esquissé, à l’occasion de la déclaration commune du sommet États-Unis/UE en Irlande en juin 2004, un rapprochement en direction de l’Union européenne. Suite à son voyage en Europe de février 2005, ce rapprochement semblait se confirmer, encore faut-il concrétiser, dans les actes, de bonnes intentions dont chacun sait qu’elles pavent l’enfer.