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Grèce : immigration illégale. A nouveau le débat s’enflamme avec les déclarations du Ministre de l’immigration et l’annonce de la construction d’un mur sur la frontière avec la Turquie. Un mur condamné d’avance par l’histoire ! Une rencontre entre grecs et turcs, pour le meilleur et le pire. Des partenaires européens soupçonneux.

pdf mise en ligne :08 01 2011 ( NEA say… n° 101 )

DROITS FONDAMENTAUX > Conditions d'accueil des réfugiés

Bruxelles reste perplexe, peu convaincu. Une part de la solution réside dans la signature de l’accord de réadmission  en cours de négociation depuis longtemps. Grèce, Turquie: brouille et réconciliation se succèdent. Le Haut commissariat aux réfugiés(HCR) sceptique sur l’efficacité de la mesure". La société grecque a dépassé ses limites en capacité d'accueil d'immigration clandestine", explique le ministre en charge du dossier, Christos Papoutsis. "La Grèce n'en peut plus", telle est la déclaration vigoureuse du ministre grec de l'Immigration.

Bruxelles reste perplexe, peu convaincu. Une part de la solution réside dans la signature de l’accord de réadmission  en cours de négociation depuis longtemps. Grèce, Turquie: brouille et réconciliation se succèdent. Le Haut commissariat aux réfugiés(HCR) sceptique sur l’efficacité de la mesure". La société grecque a dépassé ses limites en capacité d'accueil d'immigration clandestine", explique le ministre en charge du dossier, Christos Papoutsis. "La Grèce n'en peut plus", telle est la déclaration vigoureuse du ministre grec de l'Immigration.

 Son pays se prépare à clôturer sa frontière terrestre avec la Turquie, principale porte d'entrée de l'immigration irrégulière en Europe, annonce  le ministre Christos Papoutsis.  "La société grecque a dépassé ses limites en matière de capacité d'accueil des migrants clandestins. Aux frontières terrestres, nous planifions la création d'une clôture pour bloquer l'immigration irrégulière", a déclaré le ministre à l'agence de presse grecque Ana. 

C'est la première fois que Christos Papoutsis fait état d'un tel projet, alors que la frontière terrestre gréco-turque, qui court sur quelque 150 km, est devenue le principal point de passage sur 12,5 kilomètres  des sans-papiers dans l'Union européenne avec près de la moitié des entrées illégales détectées, comme le savent les lecteurs de Nea Say. 

De janvier à début novembre, 32 500 interceptions ont été effectuées sur son seul tronçon de 12,5 km où le fleuve d'Evros fait un saillant en territoire turc. En contrepartie, les interceptions ont décru de près de 80% sur les îles proches des côtes turques, auparavant visées par les réseaux de passeurs.  S'affirmant débordée, la Grèce a obtenu de ses partenaires que soient déployés le long de l'Evros en novembre plus de 200 garde-frontières de l'agence européenne Frontex. En novembre, selon Frontex, leur présence avait fait chuter de 44% le nombre des entrées irrégulières repérées, passées de quelque 250 à environ 140 par jour. 

Christos Papoutsis n'a pas fourni dans sa déclaration à l’Agence  l'Ana plus de précisions sur la forme que prendrait la "clôture". Mais le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) rappelle régulièrement la Grèce à son devoir d'accueillir les candidats à l'asile, parmi lesquels figurent nombre des arrivants irréguliers, notamment Afghans, Irakiens et Somaliens. 

Face  à la perplexité et à la réserve de Bruxelles, peu convaincu du bien fondé des mesures, le ministre grec  est revenu à la charge et  a confirmé, mardi 4 janvier, la volonté de son pays de clôturer un tronçon de sa frontière avec la Turquie pour bloquer l'immigration irrégulière. Le pays "va mettre en place les moyens de repousser les migrants irréguliers" sur les 12,5 km de sa frontière avec la Turquie où aucun obstacle physique ne s'oppose aux passages, affirme le ministre dans un communiqué. Il dénonce, sans nommer personne, "l'hypocrisie de ceux qui critiquent" Athènes pour ce projet, qui répond selon lui au "devoir du gouvernement de protéger les droits des citoyens grecs et de ceux qui résident légalement dans le pays". Athènes se plaint depuis longtemps des efforts à ses yeux insuffisants des Turcs pour lutter contre l'immigration et dénonce le refus d'Ankara de reprendre les migrants qui ont réussi à passer en Grèce avant d'être interceptés par les autorités grecques. Ces derniers mois, les deux voisins se sont toutefois engagés de façon spectaculaire à améliorer leur coopération en la matière. (cf. Nea say) mais sans le moindre commencement de mise en œuvre concrète et encore moins avec des résultats.

A Bruxelles, Michele Cercone, porte-parole de la commissaire européenne chargée de la sécurité, Cecilia Malmström, a jugé lundi que "les murs ou les grillages sont des mesures à court terme qui ne permettent pas de s'attaquer de manière structurelle à la question de l'immigration clandestine". La conclusion de l’accord de réadmission en cours de négociation avec la Turquie depuis longtemps apporterait un apaisement important, mais s’est refusé à fournir une date quelconque.   Un tel accord pose problème à la Turquie qui maintient des restrictions à l’application de la Convention de Genève sur les réfugiés et accorde très peu l’asile politique. En outre un accord de réadmission est d’autant plus impraticable que la Turquie a adopté  une politique ouverte  d’octroi de visas avec une soixantaine de pays du Moyen-Orient, d’Asie et d’Afrique. Enfin, le « non-dit » des relations en la Turquie et l’UE a son poids, aussi insincère soit-il : vous voulez nous confier la sous-traitance de la gestion des illégaux et ainsi participer à la gestion de l’espace Schengen, mais les négociations d’adhésion sont gelées depuis longtemps !

Michele Cercone a rappelé les mesures mobilisées pour soulager la Grèce (cf. Nea say concernant le déclenchement de l’opération d’urgence par Frontex) qui a produit ses effets : entre octobre et novembre ce sont 43% de migrants illégaux clandestins qui ont été interceptés. A la demande d'Athènes, c’est plus de 200 garde-frontières de l'agence européenne Frontex qui ont été  déployés le long de l'Evros depuis novembre, pour une mission dont la durée a déjà été prolongée jusqu'en février. Au passage, notons que M. Papoutsis a souligné que ce verrouillage "n'était en aucune manière dirigé contre la Turquie". "Les mesures au contraire facilitent et renforcent la coopération" avec le pays voisin.

La Commission européenne a été peu explicite sur ce qu’elle entendait faire dans l’immédiat se retranchant derrière le fait qu’il revient à la Grèce de gérer sa frontière avec la Turquie, c’est de sa compétence et la fait que la Grèce à ce jour n’a pas informé la Commission de ses intentions. La Commission a renouvelé, une fois de plus,  son appel en direction des Etats membres : c’est pour eux une obligation incontournable de respecter le droit communautaire et le droit international en matière de droits fonda               mentaux des migrants et de protection internationale des demandeurs d’asile.

Le HCR , comme la Commission européenne, exprime son scepticisme et dit craindre que ces demandeurs d'asile, qui fuient souvent la violence dans leur pays, ne prennent des chemins encore plus risqués pour entrer dans l'UE et tombent aux mains de 'passeurs' peu scrupuleux."Bien que tout pays ait le droit de contrôler ses frontières, il est clair que parmi les personnes traversant la Turquie vers l'Union européenne, un nombre important fuit la violence et la persécution", a dit Melissa Fleming, porte-parole du HCR, lors d'une conférence de presse. "Nous pensons que construire des clôtures résout rarement le problème sous-jacent qu'est la pression migratoire", a-t-elle ajouté.

Finalement la Grèce et la Turquie affichent un front uni (au moins en paroles)

C’est un soulagement pour l’UE de constater que « l’affaire du mur »ne dégénère pas en tensions et polémiques nouvelles, toujours redoutées. L'Histoire n'en est pas à sa première crise grecque, pour l’heure Grèce et Turquie affichent un front uni concernant l’immigration illégale. "Nous accordons une grande importance à notre coopération avec la Turquie sur la question de l'immigration illégale", a déclaré le Premier ministre grec, George Papandréou, lors d'une conférence de presse dans la ville turque d'Erzurum. Oubliées les déclarations répétitives comme quoi les efforts d’Ankara étaient insuffisants ?

De son côté, le vendredi  7 janvier, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a pour sa part minimisé l'importance de cette clôture qui ne couvrira que 12,5 km des 200 km de frontière."Il ne s'agit pas d'une mesure dirigée contre la Turquie ou contre la Grèce", a-t-il dit. "Ce n'est pas correct de voir ça comme un mur. Nous avons pleinement confiance l'un dans l'autre sur cette question.". Tous les ingrédients étaient réunies pour une nouvelle rencontre à l’issue de laquelle Erdogan a déclaré avoir changé de point de vue sur ce dossier à l'issue de sa rencontre  où Papandréou où il  a évoqué le million d'immigrants illégaux turcs présents en Grèce, alors que ses capacités d'accueil sont saturées dans un contexte de crise.

 La rencontre a généré de nouvelles annonces : la Grèce, dont la législation en matière d'immigration et d'asile politique est critiquée depuis de nombreuses années, adoptera par ailleurs dans les jours qui viennent une loi créant une autorité indépendante chargée d'examiner les demandes d'asile. Un service indépendant va également voir le jour pour superviser les centres de rétention. Par ailleurs est annoncé  un tour de vis supplémentaire : la Grèce va procéder à des vérifications concernant les immigrants présents sur son territoire pour déterminer qui a droit à l'asile et expulser les illégaux, a indiqué la vice-ministre du Travail Anna Delara le samedi. 8 janvier. "Les gens qui remplissent les conditions pour rentrer chez eux rentreront chez eux et quel que soit le cas, s'il y a une infraction, ils recevront leurs billets de retour et partiront", a-t-elle déclaré à Flash Radio.

La ministre justifie ces mesures par le fait que la Grèce connaît une recrudescence du nombre d'arrivées d'immigrants et de demandeurs d'asile, qui met ses capacités d'accueil au bord de l'explosion, dans un contexte de crise économique et sociale. L'administration traitant les demandes d'asile est engorgée, et environ 47.000 demandeurs d'asile sont toujours en attente d'une décision, parfois depuis des années. "Il y a des gens dont le permis de séjour a expiré, avec des enfants qui sont ici depuis sept ans. Nous ne pouvons pas en faire des réfugiés une seconde fois", a déclaré Mme Dalara.

D'un autre côté, "des milliers (d'entre eux) mentent" sur leur nationalité pour obtenir l'asile, avait déjà  déclaré  le ministre de la Protection des citoyens Christos Papoutsis lors d'une session parlementaire qui a approuvé une révision du service traitant les demandes d'asile. «Ces malheureux doivent être répartis».Le gouvernement envisage de restaurer d'anciennes bases militaires pour créer des centres de rétention temporaires pour migrants. Athènes souhaite que l'Europe partage une part du fardeau: "Nous sommes le seul point d'entrée", a indiqué Mme Dalara. "Ces malheureux doivent être répartis".

Les candidats à l'immigration et demandeurs d'asile s'entassent dans des centres de détention ou des cellules de police surpeuplés et en mauvais état. La plupart sont libérés avec un ordre de quitter le territoire. Certains tentent alors de passer illégalement dans d'autres pays mais une majorité finit à la rue, sans ressource et proie facile pour les groupes criminels. Les déclarations des uns et des autres, les engagements, les visites de commissaires, récemment encore Mme Malmström (cf Nea Say) n’y ont rien changé.

Un mur condamné d’avance aussi  par l’histoire, telle est la première conclusion. Une étude collective dirigée par Jean-Marc Sorel (« Les murs et le droit international »  Editions Pedone, 202 pages) montre bien que de la Grande Muraille de Chine au mur de Berlin en passant par la barrière de sécurité israélienne (sans parler de la plus récente contre les immigrants africains), l’érection d’un mur représente toujours un échec politique. Une constante s’impose, aucun mur, qu’il soit en béton, en sable ou en barbelés, ne peut détourner  le cour de l’histoire. Les murs dénotent plutôt l’impuissance de celui qui emmure à maîtriser son avenir et aussi son obsession d’écarter un danger réel ou fantasmé . Notons aussi qu’il n’existe pratiquement pas de décisions juridiques internationales sur les murs, si ce n’est le célèbre, mais oublié aujourd’hui, l’avis rendu en 20004 par la Cour internationale de Justice contre le mur israélien, mur qui est loin d’avoir résolu les problèmes qu’il croyait pouvoir régler à savoir ceux de « l’apartheid, de l’humiliation et des larmes », pour reprendre les termes utilisés par les auteurs de l’étude.

La seconde conclusion est que les jours qui s’annoncent seront difficiles : les critiques et récriminations réciproques ne peuvent plus suffire. L’Allemagne et la France s’inquiètent fortement de l’avenir de l’espace Schengen, compte tenu notamment de l’afflux de clandestins à partir de la Grèce. Le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède déclarent ne plus renvoyer les clandestins vers la Grèce comme l’y autoriserait l’accord de Dublin. Ils sont les seuls. Le système européen d’asile tarde à se mettre en place : il est annoncé pour 2012…Des capitales européennes soupçonnent désormais les autorités grecques d’avoir lancé cette idée du mur pour faire pression sur l’UE pour obtenir des ressources supplémentaires et obtenir la prolongation de la mission Frontex qui, prolongée déjà une fois, devrait se terminer fin février, une mission qui a porté ses fruits vient de rappeler le porte-parole de la commissaire Cecilia Malmström.