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EDITORIAL

pdf mise en ligne :24 05 2006 ( NEA say… n° 13 )

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Un parfum de relance
L’espérance reverdit, c’est certain! Même si l’on ne peut encore parler du printemps de l’Europe. L’année 2007 sera, peut-être, plus que la célébration d’un anniversaire, un nouveau printemps de l’Europe avec une nouvelle déclaration de Messine comme celle-ci le fut en son temps: une relance qui devait déboucher sur le Traité de Rome.

Ce sentiment est né, non de la lecture des journaux toujours aussi sinistres lorsqu’ils parlent d’Europe, mais de la rencontre entre députés européens et députés des Etats membres les 8 et 9 mai derniers. Cette rencontre sur le futur de l’Europe a obtenu des résultats qui ont dépassé les prévisions de bien des observateurs et parmi les plus avertis. Les positions exprimées ont toujours été instructives: elles différaient parfois, mais jamais elles ne divergeaient fondamentalement. Nous retrouvions le climat de la Convention et certains anciens conventionnels n’ont pas manqué de s’y référer, toujours avec émotion. On a perdu de vue que lors de la Convention, c’était la foire d’empoigne qui était attendue et c’est la coalition des parlementaires, de tous les parlementaires, qui a permis de surpasser les divisions entre les Etats membres et pour tout dire leur manque d’ambition. Lors de la rencontre, à nouveau, les points de vue ont pu être différents, ils ne se sont pas opposés. La marque de cette réussite indéniable est que l’exercice de ces rencontres va prendre un caractère permanent: la prochaine aura lieu en décembre.

Un élément supplémentaire a enrichi la discussion: le président du Conseil et le président de la Commission ont saisi cette occasion pour faire des annonces importantes. Le président Barroso a annoncé que dorénavant la Commission transmettra aux parlements nationaux toutes ces propositions législatives en même temps qu’au Parlement européen. La communautarisation complète de tout ce qui touche à l’espace de liberté, de sécurité et de justice qui est entré dans le quadrille des éléments incontournables et que nous allons retrouver dans un autre contexte: celui des contributions de la Commission à la "période de réflexion", destinées au Conseil européen de juin. Et ce n’est pas un hasard si ce secteur vient réellement de faire son entrée dans l’Eurobaromètre des opinions publiques. Le chancelier Schüssel, lui aussi, a anticipé ses intentions pour le sommet de juin: définir le concept de "capacité d’absorption", lancer le dossier de la gestion civile des crises sur la base du rapport de Michel Barnier, confirmation qu’un nouveau système de ressources propres devra être négocié à partir de 2008/2009.

La grande majorité, la très grande majorité, des parlementaires est favorable au maintien du projet constitutionnel ce qui veut dire autre chose que le maintien en l’état de l’actuel traité constitutionnel, signé par les 25 membres de l’Union et ratifié par une majorité d’Etats et de citoyens. Beaucoup s’accordent désormais pour parler du coût "de la non constitution": certes, les termes sont encore imprécis. Peu nombreux étaient les parlementaires (polonais ou tchèques) qui se risquaient à parler de "la mort de la Constitution". La plupart d’entre eux estime qu’il ne faut pas attendre la relance constitutionnelle pour prendre des mesures concrètes et hardies de relance de l’Europe, prouvant au citoyen que l’Europe lui est bénéfique. C’est l’"Europe des résultats" que l’on va retrouver avec les réflexions de la Commission en vue du prochain sommet. Déjà se sont faites entendre des voix réservées: une Europe des projets, c’est autant de gadgets qui ne remplacent pas le projet d’ensemble. Dans un autre contexte, on a entendu le commissaire Louis Michel dire: "ce sont des cerises sur le gâteau…mais il n’y a pas de gâteau".

Face à ce bilan manifestement encourageant, les titres, notamment de la presse française, témoignent d’un manque de discernement, d’une lucidité en veilleuse; le commentaire est libre et appelle le débat contradictoire mais pas au point de travestir la vérité en ignorant les faits. Rien ne justifie que l’on écrive "L’Europe s’accroche à sa Constitution" (Le Figaro), "Une fête de l’Europe pour masquer la paralysie" (Le Monde), "Triste anniversaire pour l’Union européenne en berne". Complaisance vis-à-vis du "non"?