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L'immigration divise aussi l'opinion et les politiques américains

pdf mise en ligne :07 06 2006 ( NEA say… n° 14 )

ASILE > Perspectives financières

Répression ou régularisation? La querelle sur l’immigration connaît une pause, mais elle sera brève et annonce une bataille aux enjeux politiques considérables à quelques semaines du renouvellement de la Chambre des représentants.

L’immigration est citée dans les sondages comme une préoccupation majeure des américains. Une part importante des républicains se sent accusée de laxisme. George Bush et les républicains ne sont toujours pas sortis du piège.

L’adoption par le Sénat d’une loi de compromis réformant le système d’immigration américain aurait dû être accueilli avec soulagement par la droite américaine, profondément divisée. Or il n’en est rien. Le texte a été adopté grâce à l’alliance des démocrates (38) et d’une minorité de républicains (23), les uns modérés, comme John Mc Cain, Lindsay Graham ou Arlen Specter, d’autres plus conservateurs comme le leader de la majorité au Sénat, Bill Frist. A peine la loi votée, d’éminents élus de l’autre branche juraient de tout faire pour la faire échouer. "Il s'agit d'une loi d’amnistie pour les millions de clandestins qui ont sciemment violé les lois américaines et nous ne voulons pas récompenser des délinquants" déclarait James Sensenbrenner, représentant du Wisconsin. Il sera l'un des membres de la conférence mixte Sénat-Chambre des Représentants, chargée de trouver un compromis de consensus entre des textes très différents.

La loi proposée reste dans l’esprit des mesures voulues par le président Bush, qui a rappelé dans son allocution du 15 mai que les États-Unis sont avant tout une nation d’immigrés. Il souhaite l’accueil des immigrants et le renforcement des lois contre les illégaux et comme lui, la loi manie la carotte et le bâton: renforcement de la frontière sud du pays et envoi provisoire des gardes nationaux pour faire la chasse à l’immigration clandestine avec l'espoir de la stopper. La loi accroît les sanctions contre les employeurs de clandestins (20 000 dollars d’amende et trois ans de prison). Mais dans le même temps, elle assure la régularisation des clandestins déjà présents: entre 11 et 12 millions de personnes concernées, dont plus des trois quarts viennent d’Amérique latine et la moitié du Mexique. Ils constituent une grande partie de la main d’œuvre indispensable dans des secteurs comme la construction ou l’agriculture. Ceux qui sont présents depuis cinq ans pourront être régularisés s’ils paient une amende, et demander la nationalité américaine après six années supplémentaires de séjour, s’ils n’ont pas été condamnés et à la condition d’apprendre l’anglais. Ceux qui ont entre trois et cinq ans de présence sur le sol américain devront sortir du territoire, mais pourront alors demander un permis de travail temporaire nouvellement créé. Les clandestins présents depuis moins de deux ans seront expulsés. A l’occasion de ce débat a surgit la querelle sur l’hymne national américain repris en espagnol. Le Sénat a donc adopté un amendement instaurant l’anglais comme langue nationale, tout en maintenant les mesures en faveur du bilinguisme instaurées dans de nombreux Etats.

La loi est soutenue par George W. Bush, mais fortement critiquée par les républicains. L’examen du projet de loi et son vote s’annoncent comme plus que délicat. Les représentants sont beaucoup moins portés sur le compromis et ils sont élus pour une durée plus courte que les sénateurs. Fin 2005, ils avaient voté pour une loi purement répressive, se limitant à verrouiller la frontière et à considérer l’entrée illégale sur le territoire américain comme un crime. Chacun se souvient des gigantesques défilés de protestation. Le débat sera d’autant plus vif que les courants conservateurs sont mieux représentés à la Chambre qu’au Sénat.

Conscients de la difficulté, les sénateurs Allen Specter (républicain) et Edward Kennedy (démocrate), les deux principaux artisans du projet, ont appelé George Bush à l’aide, en vue des difficiles négociations qui s’annoncent. Un Georges Bush qui se montre particulièrement hésitant: la prochaine échéance électorale de novembre se présente avec un président et une majorité républicaine déjà dans une position très affaiblie.

Peut-on comparer la situation américaine avec la situation française? Manifestement, les situations différent fondamentalement, mais peut-on en tirer des conclusions autre qu'un simple constat des différences?
Tout d'abord, l'étude du Pew Research Center nous montre une structure psychologique du "latinos" profondément différente par rapport à la norme française: optimiste, entreprenant, religieux et à vrai dire représentant un potentiel électoral non négligeable pour le parti républicain.

Le débat sur l'immigration a été d'une rare intensité en raison d'une vitalité de la société civile et d'un professionnalisme sans commune mesure avec ce que l'on rencontre habituellement en Europe et tout particulièrement en France. Les manifestations d'une ampleur exceptionnelle en témoignent. Le débat politique au Congrès reste, lui aussi, très ouvert; le président George Bush a apporté sa contribution et ne l'a pas verrouillée. Le clivage politique habituel a éclaté et le résultat final reste indécis et ouvert, même si on peut s'attendre à ce que les républicains les plus conservateurs cherchent à prendre leur revanche à la Chambre des représentants. Mais il est acquis que le résultat final sera sensiblement éloigné du point de départ.

La situation économique est celle d'un pays le plus souvent au bord de la "surchauffe". L'influence économique des latinos est importante et en conséquence, leur capacité de faire pression sur la société américaine est, elle aussi, importante.

Les Hispaniques des États-Unis constituent une puissance émergente de premier rang: le géant latinos jusqu'à maintenant endormi s'est réveillé, a pu titrer un journal. Ils représentent 15% de la population américaine, avec un pouvoir d'achat équivalent à 583 milliards d'euros. Ils sont la première puissance économique latine mondiale. Les entreprises américaines ne s'y trompent pas et se concurrencent âprement pour tirer leur épingle du jeu ethnique. Les latinos sont d'ailleurs aux commandes de nombreuses firmes côtées à Wall Street et toutes accueillent en leur sein, assez souvent au plus haut niveau, des dirigeants hispaniques. Les fonds envoyés à leur famille d'origine s'élèvent à 300 milliards de dollars selon la Banque interaméricaine de développement. Pour les États-Unis, le gain en terme de vitalité est manifeste, il l'est moins pour les pays d'origine mais il représente un effet d'entraînement incontestable. C'est un moteur puissant du décollage.

Une situation mimétique en France n'est certainement pas pour demain; son avènement ne se décrète pas et les incantations renouvelées n'auront pas l'efficacité souhaitée.

► "The Battle Over Immigration", WASHINGTON POST (The Washington Post's coverage of the immigration issue, from the politics of revising the nation's immigration laws to the impact of illegal immigration on the U.S.-Mexico border and the Washington region), 2006.

Text of President Bush's speech on immigration, USA Today (AP), 15 May 2006.

► "The Optimistic Immigrant - Among Latinos, the Recently Arrived Have the Most Hope for the Future", by Gabriel ESCOBAR (PEW HISPANIC CENTER), Backgrounders, PEW RESEARCH CENTER, May 30, 2006.

► "USA: le Sénat vote une réforme de l'immigration généreuse", par Charlotte RAAB, YAHOO Actualités (AFP), 26 mai 2006.

► "Attitudes Toward Immigration in Red and Blue - In Democratic-dominated counties, foreign-born residents are more populous - and more welcome", by Carroll DOHERTY, Pew Research Center for the People & the Press, 9 May 2006.

Estimates of the Unauthorized Migrant Population for States based on the March 2005 CPS, Pew Hispanic Center, 26 April 2006.

► "Attitudes Toward Immigration: In Black and White", by Carroll DOHERTY, Pew Research Center for the People & the Press, 26 April 2006.

► "Attitudes Toward Immigration: In the Pulpit and the Pew", by Gregory A. SMITH, Pew Forum on Religion & Public Life, 26 April 2006.