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France : les Roms un an après le discours de Nicolas Sarkozy à Grenoble. Un bilan rapide

pdf mise en ligne :03 08 2011 ( NEA say… n° 112 )

IMMIGRATION > Politique d'intégration

Les expulsions de Roms ne semblent pas avoir permis de réduire notoirement leur présence sur le territoire français mais leurs conditions de vie se sont dégradées, une marginalisation croissante des Roms à peu près générale en Europe en Europe. Au bout d’un an, peu ou pas de pays  ont fait le pari loyal et sincère de leur intégration tel est le bilan d’un an de conflit avec les Roms alors que Bruxelles  veut une stratégie sur l'intégration des Roms, stratégie adoptée au dernier sommet des chefs d’Etat et de gouvernement .

 

Les expulsions de Roms ne semblent pas avoir permis de réduire notoirement leur présence sur le territoire français mais leurs conditions de vie se sont dégradées, une marginalisation croissante des Roms à peu près générale en Europe en Europe. Au bout d’un an, peu ou pas de pays  ont fait le pari loyal et sincère de leur intégration tel est le bilan d’un an de conflit avec les Roms alors que Bruxelles  veut une stratégie sur l'intégration des Roms, stratégie adoptée au dernier sommet des chefs d’Etat et de gouvernement.

Voilà un an que le président de la République a fixé, dans un discours prononcé à Grenoble, la ligne à tenir à l’égard des Roms, faite d’objectifs d’ expulsions de terrains occupés illégalement et d’intensification des reconduites à la frontière. Engagements tenus, selon le ministère de l’intérieur, qui fait état de 4 714 expulsions de Roumains et Bulgares pour le seul premier trimestre 2011, contre 9 529 sur toute l’année 2010, et selon lequel les trois quarts des 741 « campements illicites » recensés en juillet 2010 ont été démantelés. Une comptabilité qui ne prend toutefois pas en compte les occupations de terrains qui se sont reformées depuis. Selon le collectif d’associations Romeurope, le nombre de Roms en France resterait stable, autour de 15 000, dont la moitié serait des mineurs.

« Les familles qui ont reçu une “obligation de quitter le territoire français” (OQTF) ou qui ont accepté l’aide au retour humanitaire reviennent systématiquement après deux ou trois semaines, note Marie-Lisa Fantacci, coordinatrice de l’organisation. Elles rejoignent d’autres campements, que nous mettons du temps à retrouver, ce qui entraîne l’interruption de l’accompagnement social, et par conséquent des situations de précarité encore plus terribles », poursuit-elle. Selon bien des associations l’opération sur le long terme n’a pas eu les effets escomptés.

Pire on assiste à une dégradation de l’accès aux soins et de la prise en charge éducative

« La police a réussi à empêcher les familles de s’installer à nouveau pendant un mois, puis il y a eu un relâchement des forces de l’ordre, et la population s’est scindée en plusieurs groupes répartis jusque dans une dizaine de squats, explique la permanente de l’association. La seule différence avec les années précédentes, c’est qu’on ne nous autorise plus à assister à la délivrance des “obligations de quitter le territoire français”. Nous ne pouvons donc plus leur dire de ne pas les signer, lorsqu’en principe ils ne sont pas concernés. »

Premier effet des déplacements de population : la chute de la prise en charge éducative. Les associations font état d’une diminution des enfants qui se rendaient en classe à cela s’joutent divers obstacles administratifs pour leur intégration dans l’enseignement secondaire.

Autre conséquence, la dégradation de l’accès aux soins constatée dans un récent  rapport de Médecins du monde : dans une étude  l’organisation constate que seuls 55 % des Roms sont vaccinés contre la rougeole, et 42 % contre la tuberculose. Médecins du Monde met également en garde contre l’interruption des suivis de grossesse. Il est signalée une mortalité néonatale cinq à neuf fois supérieure à la moyenne nationale.La polémique née en 2010 sur le sort fait à ces ressortissants européens, a toutefois entraîné de nombreuses solidarités de terrain. Les associations, après la grande mobilisation nationale organisée contre la politique du gouvernement en septembre dernier, ont vu le nombre de leurs bénévoles grandir : par exemple un plus grand nombre de référents scolaires.

Mais la question la plus délicate reste celle de l’emploi : quelques employeurs  commencent à accepter des jeunes en stage ou en apprentissage. Les associations confessionnelles, également, ont mobilisé leurs forces pour soutenir les habitants des bidonvilles. Des volontaires s’assurent à présent que les familles reçoivent bien leur courrier, et les conseillent dans leurs démarches administratives l. Un travail essentiel est celui de l’accompagnement juridique des personnes qui souhaitent contester leur reconduite à la frontière. Au niveau européen comme sur le terrain chacun est convaincu  que l’insertion des Roms  ne pourra se faire sans régler la question de l’accès à l’emploi.

L’« affaire Roms » née en France l’été dernier a suscité une réaction énergique des institutions européennes, Parlement européen et Commission européenne (Viviane Reding). Depuis une vague de violence anti-Roms en Italie, en 2007, celles-ci se préoccupaient déjà du sort de la minorité la plus nombreuse de l’UE même si les estimations restent incertaines et variables. Mais la Commission a utilisé  la crise estivale de 2010 pour insister encore davantage (cf. Nea Say), avec l’espoir d’entraîner les États membres à plus et mieux intégrer cette population marginalisée. En septembre dernier, la Commission a créé une « task force », comprenant des ONG, chargée de mesurer l’utilisation par les États membres des fonds européens destinés aux Roms. Des sommes importantes sont disponibles et restent sous utilisées ou mal utilisées, juge la Commission : principaux responsables les administrations nationales, mais aussi la société civile, sans parler de la communauté Rom elle-même.

Quelques chiffres démontrent pourtant leur nécessité. Dans cinq pays d’Europe centrale (Hongrie, Slovaquie, République tchèque, Roumanie, Bulgarie), le taux de mortalité des enfants roms est de 2 à 6 fois plus élevé que la moyenne. Les disparités concernent aussi l’éducation. En 2008, 97,5 % des élèves de l’Union européenne ont fini l’école primaire. La proportion chute à 42 % quand il s’agit des élèves roms de Bulgarie, de Lettonie, de Roumanie, de Hongrie, de Lituanie et de Slovaquie.

Les États de l’Union traînent les pieds : « Peu de chose a changé dans la situation quotidienne de la plupart des Roms », conclut la Commission dans un document d’avril dernier (cf. Nea say). Celle-ci se réfère à l’an 2000, quand, déjà, elle avait rappelé aux États membres leur obligation de ne pas pratiquer la moindre discrimination à l’égard de tous les citoyens européens sans exception. Onze ans plus tard, le rappel reste de rigueur et garde toute sa valeur. En juin dernier au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, les États membres ont accepté de prendre un engagement : d’ici à la fin de cette année, chacun doit remettre à la Commission une « stratégie nationale d’intégration des Roms », en s’attachant tout particulièrement aux problèmes de l’éducation, du logement, de l’emploi.… Les mêmes domaines qui étaient mentionnés en 2000. En leur demandant des comptes, la Commission espérait, non sans une certaine naïveté,  créer une émulation entre les États membres. Mais aujourd’hui, il faut constater que cette émulation touche principalement la course à l’exclusion, aux violences organisées par des bandes extrémistes et tout particulièrement en Hongrie et Roumanie.

 

Pour en savoir plus :

      - .  le dossier de Nea say (174 articles) http://www.eu-logos.org/eu-logos_nea-say.php?q=roms&Submit=%3E

      -. Dossier de presse et compte rendu de Romeurope http://www.romeurope.org/