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« Xénophobie Business » :  des frontières qui servent à générer des profits financiers, politiques et idéologiques.(claire Rodier)

pdf mise en ligne :08 10 2012 ( NEA say… n° 126 )

IMMIGRATION > Politique d'intégration

Xénophobie Europe, c’est le livre que publie le 4 septembre, Claire Rodier, une figure reconnue sur les questions migratoires. Son enquête sur la gestion des flux migratoires par les Etats l’amène à conclure que cette gestion tend à leur privatisation croissante. C’est l’un des tous premiers livres  à s’intéresser à l’économie très rentable, estime-t-elle, des contrôles aux frontières. De la construction et de la gestion des centres de rétention à la surveillance des frontières à l’aide des technologies de pointe l’enquête souligne l’emprise croissante du secteur privé sur ces missions fondamentales de l’Etat.

Xénophobie Europe, c’est le livre que publie le 4 septembre, Claire Rodier, une figure reconnue sur les questions migratoires. Son enquête sur la gestion des flux migratoires par les Etats l’amène à conclure que cette gestion tend à leur privatisation croissante. C’est l’un des tous premiers livres  à s’intéresser à l’économie très rentable, estime-t-elle, des contrôles aux frontières. De la construction et de la gestion des centres de rétention à la surveillance des frontières à l’aide des technologies de pointe l’enquête souligne l’emprise croissante du secteur privé sur ces missions fondamentales de l’Etat.

De longue date elle a décrit le processus de délocalisation des frontières extérieures de l’UE qui est en cours. Les politiques menées sont autant d’échec, fait valoir Claire Rodier, servent moins à empêcher les gens de passer qu’à générer des profits de tous ordres : financiers ; idéologiques, politiques. Il n’est pas certain que malgré la fermeté de certains discours et de certaines mesures, le but poursuivi soit réellement de maintenir les candidats à l’immigration hors des frontières. L’immigration reste  un mode nécessaire d’ajustement à des crises que la communauté internationale ne sait  résoudre. Pourquoi cette externalisation  qui consiste pour les Etats européens à sous-traiter la gestion de l’immigration irrégulière aux pays limitrophes et les repousser vers l’est et le sud ? C’est permettre de transférer à d’autres le « sale boulot » en permettant de s’affranchir des obligations que les lois européennes imposent en matière de respect des droits de l’homme et en échange de la collaboration reçue, ces pays peuvent recevoir une contrepartie financière issue des accords d’aide au développement, ces contreparties peuvent être aussi de nature politique ou diplomatique, mais en réalité ces pays n’ont ni les moyens, ni la volonté d’assurer ce rôle de « cordon sanitaire que l’on attend d’eux . Il serait sans doute utile de mesurer les incidences financières de cette économie sécuritaire concernant cette gestion des flux migratoires. Cette externalisation des contrôles s’accompagne, fait remarquer Claire Rodier d’une privatisation.

Un livre à thèse intéressant mais qui laisse perplexe en ce qu’il ne débouche pas sur une alternative crédible, chaque jour plus nécessaire : on ne peut continuer ainsi à court comme à long terme. Certes on peut faire remarquer qu’il faut faire sauter la logique évidente du bouc émissaire : dans le contexte de la crise économique et sociétale, la manipulation des opinions publiques est également évidente, les incertitudes et les peurs permettent  aux gouvernants incapables d’apporter des solutions aux problèmes rencontrés par leurs électeurs en désignant les coupables les responsables. On peut faire remarquer également que le discours promouvant vaille que vaille la mondialisation dont il faudrait s’accommoder, est en complet décalage  avec celui de la fermeture absolue des frontières et celui des freins à la libre circulation des personnes. La fin des échanges des personnes comme des biens  reste une perspective impensable. Enfin le vieillissement démographique appelle un autre discours : l’Europe va devoir accomplir une prouesse ce qu’aucun a eu à faire avec une telle ampleur, prendre en charge les millions de retraités. Un souci que n’ont pas, par exemple les Etats-Unis qui bénéficient d’une démographie dynamique. Ils ne sont pas menacés de vieillissement, ils ont un taux de fécondité égal au taux de renouvellement des générations et plus encore ils ont une politique d’immigration généreuse au point que certains commentateurs ajoutent qu’une population  de plus en plus multiethnique faits des Etats-Unis une sorte de « nation universelle » qui les prépare plus que tout autre à la mondialisation.

Une alternative, cette question de l’impossibilité de continuer ainsi à long terme sans rien changer, beaucoup la soulèvent, mais les seuls qui restent en retrait de cette prise de conscience partagée, ce sont pour le moment les politiques et les gouvernements. Il faut sortir de cette approche exclusivement sécuritaire de la question migratoire, car celle-ci sera réglée par des politiques qui ne relèvent pas des seules politiques migratoires. Ce qu’il convient de faire, c’est de régler les déséquilibres qui se creusent de façon à ce que les conditions de vie, économiques et politiques, permettent aux gens d’avoir le choix de partir ou de rester. Plus de dix ans après le programme de Tempere, le moment est venu de faire une évaluation de l’action de l’Union européenne est pas seulement sur le plan législatif, savoir si les directives ont été correctement transposées et appliquées, mais évaluer les effets produits et les comparer à ce qui était attendu à l’origine. Il est grand temps de commencer à évaluer le programme de Stock, en n’oubliant pas que pacte européen pour l’asile et l’immigration a été adopté il y a quatre ans. Déjà quatre ans !

Pour en savoir plus :

Claire Rodier, « Xénophobie business »,. À quoi servent les contrôles migratoires ?, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2012, 200 p., ISBN : 9782707174338.

Claire Rodier est juriste au GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), et co-fondatrice du réseau euro-africain Migreurop. Elle travaille plus particulièrement sur les politiques européennes d’immigration et d’asile. Elle a participé  à de nombreuses publications sur ces thèmes, collaboré à l’Atlas des migrants en Europe (Armand Colin, rééd. 2012) et coordonné, avec Emmanuel Terray, l’ouvrage collectif Immigration, fantasmes et réalités (La Découverte, 2008).