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EDITORIAL

pdf mise en ligne :16 10 2006 ( NEA say… n° 19 )

ASILE > Elargissement

"Émergence des médias de masse individuels"
Le titre le l’éditorial est aujourd’hui emprunté au titre d’un article de Manuel Castells publié dans le Monde diplomatique du mois d’août dernier. L’auteur est d’une grande renommée, entre autres pour son "Ère de l’information" (Trois volumes publiés chez Fayard, Paris, 1999). Son article s’enracine sur un constat banal, décrit mille fois: il y a plus d’un milliard d’utilisateurs de l’Internet (sur 6,5 d’habitants sur la planète), plus de deux milliards d’utilisateurs de la téléphonie mobile, il y a plusieurs dizaines de millions de blogs et bientôt leur croissance se mesurera en centaines de millions (cf. le portrait du blogueur américain, produit par "The Pew Internet & American Life Project", une initiative du Pew Research Center). Les deux tiers de la planète peuvent communiquer grâce à un portable même dans les endroits où il n’y a pas d’électricité. L’Internet a changé -bouleversé même- beaucoup de choses mais n’a pas fait la révolution; a-t-il changé si profondément nos modes de vie: pensées, comportements, relations familiales, relations de voisinage, organisation du temps par exemple? Le changement est-il proportionnel à l’irruption en masse des nouvelles technologies? Diverses analyses se multiplient et s’affinent mais chacun s’accorde à reconnaître qu'ainsi s'est constituée une nouvelle forme sociale de communication, certes massive, mais produite, reçue et ressentie individuellement. D’où le titre de l’éditorial.

Le mouvement naturel de l’Internet est de tout couvrir, tout connecter, fédérer presque tous les réseaux fixes ou mobiles et au bout du compte de réaliser une "méta-convergence" entre nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives en une sorte d’intelligence ambiante créatrice, mais comportant sa part de désordre et de contradictions. Elle est une immense conversation, bourdonnante, cacophonique (y compris entre les objets eux-mêmes). Ce type d’innovation fonctionne d’une manière nouvelle et émerge de toute part: chercheurs, amateurs et professionnels, utilisateurs; elle est marchande et non marchande, individuelle et collective, discontinue et permanente. Pensons à Wikipedia, encyclopédie tissée inlassablement par plusieurs dizaines de milliers de mains qui sont autant de Pénélopes infatigables.

C’est une banalité de dire que l’information et la communication ont toujours été des vecteurs de pouvoirs dominants ou alternatifs et aussi de résistances et de changements sociaux. La communication est la pierre de touche de la puissance et dans la société contemporaine, la politique revêt immédiatement une dimension médiatique: seul existe, dans l’esprit du public, ce qui est médiatisé et l’image reste le message médiatique le plus simple et le plus puissant. Tout cela ne signifie pas que le pouvoir se trouve inconditionnellement aux mains des médias, car il a été démontré à quel point le public reste actif et non pas passif et maintenant plus que jamais. L’enquête menée sur le blogueur américain révèle d’ailleurs que la politique n’est pas la démarche la plus fréquente et la plus spontanément empruntée par le blogueur.

Cela nous ramène au problème de la légitimité politique en général et plus particulièrement de la légitimité ou de la légitimation de la construction européenne dans le contexte d’une explosion des "communications de masse individuelles". Nous assistons à la construction de nouvelles formes d’action politique dont on ne peut dire aujourd’hui où elles aboutiront. La Commission européenne est sensible à cette problématique et elle vient de développer un plan d’action de "e-Participation", cette nouvelle terminologie succédant à l'"e-Démocratie". Un appel à propositions a été lancé et nous voudrions attirer l’attention de nos lecteurs sur les possibilités qu'il recèle, que l'on mesurera à la qualité des projets pilotes mis en œuvre dans ce cadre, en cours de sélection. Suggestions et propositions sont les bienvenues et NEA say… s’efforcera de donner le maximum de publicité à cette initiative d’envergure et d’en relater l’histoire. Le rendez-vous de 2009, probablement majeur pour la démocratie et l'espace public européens -élection d’un nouveau Parlement européen, une nouvelle Commission européenne, une Constitution…- nous impose de créer l’AGORA 2009.

► "16 % des Français pratiquent la «Net politique»", LE MONDE, édition du 12 octobre 2006.
► "A l'heure de démocratie.fr", par Élise Vincent et Vincent Truffy, Compte-rendu de débat paru dans l'édition du 12 octobre 2006.