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Un livre à lire, les migrants, agents du développement : « comment les migrants changent le monde » de Doug Saunders, ed. le Seuil.

pdf mise en ligne :06 01 2013 ( NEA say… n° 129 )

IMMIGRATION > Politique d'intégration

 Un livre à lire parce qu’il nous permet de jeter un regard au-delà de nos frontières européennes et aussi parce que son postulat est positif, comme le résume le titre : «  Du village à la ville, comment les migrants changent le monde. »

 Un livre à lire parce qu’il nous permet de jeter un regard au-delà de nos frontières européennes et aussi parce que son postulat est positif, comme le résume le titre : «  Du village à la ville, comment les migrants changent le monde. »

Au terme d’une enquête menée pendant deux ans, Doug Saunders, correspondant en Europe du magazine canadien The Globe and Mail, constate que les politiques de fermeture menées par les Etats n’arrêteront pas les migrations. C’est ainsi : de tout temps, les hommes se sont déplacés, et le mouvement ne faiblit pas, loin de là. L’agriculture aurait pu être la composante qui structure le livre, mais c’est la ville qui est retenue car «à la fin du siècle, l’espèce humaine sera intégralement urbanisée», écrit Saunders dès le début de son livre. Pour l’auteur, les migrants créent un nouvel espace urbain, «la ville tremplin, où se produira le prochain boom économique et culturel, ou alors, la prochaine explosion de violence. Tout dépend de notre capacité à voir les choses à temps et de notre désir d’agir maintenant».

Parmi les nombreux exemples du livre, Chongqing, en Chine, illustre à merveille le concept de ville tremplin. Avec 10 millions d’habitants (et 200 000 de plus chaque année), cette cité est en fait un agrégat de petites localités qui, depuis quinze ans, se sont rapprochées sous l’effet de l’arrivée des campagnards, jusqu’à former un gigantesque bloc urbain. Qu’on les appelle «slums», «favelas» ou «banlieues difficiles», ces quartiers abritent, selon Saunders, l’éclosion d’une classe moyenne à la faveur d’un incroyable dynamisme économique et de l’essor des technologies de communication qui, par exemple, permettent aux migrants, une fois stabilisés, de transférer des fonds pour faire vivre leur famille restée au village. Le Bangladesh rural reçoit ainsi, tous les ans, 11 milliards de dollars (8,4 milliards d’euros) des compatriotes résidant à Londres. La ville tremplin devient «un mécanisme d’entrée» qui permet d’accéder à un emploi, un logement, puis d’avoir une existence citoyenne.

Quelques chiffres donnent la mesure du phénomène migratoire à l’œuvre : en 1950, 309 millions de personnes dans le monde dit en développement (essentiellement en Asie et en Afrique) habitaient dans les villes ; en 2030, elles seront 3,9 milliards. Et, de 2007 à 2050, les métropoles du monde absorberont encore 3,1 milliards de villageois migrateurs. A cette date, 70% des gens vivront en ville.

La population mondiale cessera alors de croître sous l’effet de cette urbanisation forcenée, qui aura permis à davantage de filles d’être scolarisées et éduquées. Encore un bienfait collatéral des migrations. Telle est la conclusion de Doug Saunders avec toujours à l’arrière plan la menace du pire et l’espoir du meilleur : la prochain boom économique et culturel ou alors la prochaine explosion de violence !