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EDITORIAL   Pour une gouvernance mondiale des migrations ! Il faut enfin comprendre ce que l’on vit, ici et maintenant. De nouvelles mentalités politiques ?

pdf mise en ligne :19 03 2013 ( NEA say… n° 131 )

IMMIGRATION > Politique d'intégration

La planète s’urbanise, les migrants de plus en plus nombreux rêvent de pays voisins, les flux se modifient, la composition sociologique et les motivations des migrants évoluent. Il n’y a pas d’autre attitude que de mettre en place une gouvernance mondiales. Des voix de plus en plus insistantes s’élèvent pour réclamer une telle gouvernance mondiale, par le G20 par exemple. Le rapport de Nadja  Hirsch à l’ordre du jour de la session de mars du Parlement européen va dans ce sens (cf. autre article dans ce numéro 131 de Nea say). A nouveau Catherine Wihtol de Wenden, à la compétence indiscutée, prête son talent à cette cause. A quatre reprises Nea Say lui déjà donné la parole http://www.eu-logos.org/eu-logos_nea-say.php?idr=4&idnl=1880&nea=130&lang=fra&lst=0 . C’est incontestablement  l’un des enjeux cruciaux de notre société mondialisée.

La planète s’urbanise, les migrants de plus en plus nombreux rêvent de pays voisins, les flux se modifient, la composition sociologique et les motivations des migrants évoluent. Il n’y a pas d’autre attitude que de mettre en place une gouvernance mondiales. Des voix de plus en plus insistantes s’élèvent pour réclamer une telle gouvernance mondiale, par le G20 par exemple. Le rapport de Nadja  Hirsch à l’ordre du jour de la session de mars du Parlement européen va dans ce sens (cf. autre article dans ce numéro 131 de Nea say). A nouveau Catherine Wihtol de Wenden, à la compétence indiscutée, prête son talent à cette cause. A quatre reprises Nea Say lui déjà donné la parole http://www.eu-logos.org/eu-logos_nea-say.php?idr=4&idnl=1880&nea=130&lang=fra&lst=0 .

C’est incontestablement  l’un des enjeux cruciaux de notre société mondialisée. Qui sont les nouveaux migrants ? Combien sont-ils ? Où vont-ils ? Et comment transforment-ils le monde ? Quels sont les changements intervenus ces vingt dernières années dans les migrations internationales ? (cf. infra « pour en savoir plus ». Constatons que les dirigeants politiques actuels freinent par manque de hauteur de vues et par manque de courge.

Pour résumer, on pourrait dire que les migrants partent moins loin et moins longtemps et que les nouveaux pays d’accueil sont plus au Sud. La nouveauté est l’attraction des pays émergents, comme le Brésil, la Chine ou l’Inde. La crise modifie les flux migratoires…

L’Europe en crise fait moins rêver. Elle reste la première destination au monde, devant les Etats-Unis, mais elle attire moins les jeunes diplômés par exemple, car un contexte de crise économique s’est installé de façon durable. L’Europe redevient une terre d’émigration : le profil type est celui du jeune diplômé de 25 ou 30 ans qui n’a pas réussi à entrer sur le marché du travail et va tenter sa chance ailleurs. Ainsi ces jeunes partent vers les pays émergents, les Portugais au Brésil, en Angola où il y a du pétrole ou au Mozambique, les Espagnols en Argentine ou au Venezuela. Les Grecs partent en Australie ou aux Etats-Unis. Et des immigrés d’origine latino retournent sur leur continent d’origine. Mais l’Europe demeure une terre d’immigration.

On migre plus facilement ? Non. Les migrants sont plus nombreux. Mais la période actuelle se caractérise par un droit de sortie généralisé, n’importe qui peut quitter son pays, mais le droit d’entrée dans les pays du Nord, lui, est considérablement plus difficile. Apparaissent des pays de transit qui  comme le Maroc, la Turquie ou la Libye « gèrent » les flux migratoires à destination de l’Europe. Le même phénomène se produit au Mexique, qui sert de sas pour les migrants à destination des Etats-Unis. Ces pays  de transit étaient déjà des pays d’émigration et ils deviennent des pays d’immigration. Ces pays, tels le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du sud…n’ont ni politique d’immigration, ni politique d’intégration et ne sont pas même signataire de la Convention de Genève de 1952 sur la réfugiés. Ces immigrés d’un type nouveau y sont tolérés, mais sans statut et subissent toutes les discriminations possibles.

Ce phénomène est ignoré d’une Europe crispée sur elle-même et son problème migratoire et sa vision ancienne déjà dépassée or il constitue un enseignement précieux : les pays émergents démontrent ainsi aux pays du Nord,  qu’un Africain subsaharien sur deux se destine à un pays du Sud (Maghreb par exemple) et non à l’Europe. Et que ces migrations Sud-Sud peuvent aussi être synonymes de croissance économique. Si les plus diplômés vont loin et vers le Nord, les plus pauvres restent dans leur région et plutôt au Sud. Ces nouvelles tendances de migrations Sud-Sud et de régionalisation concernent des gens qui auparavant n’avaient ni les moyens ni les réseaux pour bouger. Pour aller vers le Nord, il faut des connaissances professionnelles ou linguistiques, des moyens financiers pour passer et, si possible, un réseau sur place. Alors qu’une migration de contiguïté ne nécessite rien de tout cela. Mais les  plus pauvres ne partent toujours pas, peut-être seront-ils concernés durant ce XXIe siècle. Aujourd’hui, ils s’arrêtent, par exemple,  au Maroc et  pour eux, le Maroc ne sera pas un pays de transit mais un pays d’accueil.

L’autre tendance est l’entrée des femmes dans la migration, devenues plus nombreuses que les hommes, elles représentent 51% de femmes. Elles ne font pas de très longs parcours. Les femmes subsahariennes vont juste au Maroc et  n’ont aucun projet européen.

Ces migrations révèlent un phénomène beaucoup plus profond : l’exode rural et l’urbanisation de la planète. Nous serons majoritairement urbains avant la fin du siècle. Alors que nous étions majoritairement ruraux au début du XXe siècle. L’élément marquant de ces dernières années est aussi la régionalisation des migrations internationales. Par exemple, l’essentiel des migrants qui arrivent aux Etats-Unis actuellement viennent du même continent : plus de la moitié d’entre eux sont partis d’Amérique latine. C’est encore plus vrai pour l’Amérique latine elle-même, les Andins vont dans les pays d’accueil les plus proches : au nord, ils vont au Mexique et au sud, ils choisissent le Brésil, le Chili ou l’Argentine…

L’immigration est une chance pour une Europe de l’Ouest qui vieillit. La migration est un phénomène  positif. Pour faire peur, certains prétendent que les migrants souhaitent s’installer durablement, « envahir » le pays en modifier la composition, les mœurs or beaucoup de migrants veulent simplement pouvoir circuler de façon ponctuelle, en fonction du travail. S’ils disposaient de statuts plus satisfaisants, ils circuleraient simplement et cela constituerait un facteur de développement économique pour tout le monde.

Tout cela milite en faveur d’une gouvernance mondiale des migrations, on commence à en parler mais encore timidement : il existe des conférences mondiales sur l’environnement ou sur la population, mais point de G 20 ni de G 8 sur les migrations. Une telle institution pourrait dénoncer, analyser, remédier à tous ces effets  négatifs qui créent des réactions en chaîne propageant de proche en proche des éléments  destabilisateurs jusque dans nos sociétés européennes occidentales. Pensons aux migrations climatiques ou aux catastrophes environnementales. Or tout cela est prévisible, connu. Mais les  dirigeants politique freinent à la fois par manque de hauteur de vues et par une grande lâcheté. Les élites politiques reculent encore devant les transformations de notre siècle, fait observer Jürgen  Habermas dans son essai sur « la Constitution européenne » (Gallimard) « Les dirigeants politiques sont devenus depuis longtemps une élite de fonction qui n’est plus guère préparée aux situations qui sortent du cadre habituel, des situations qui  ne s’accommodent pas d’une simple gestion de l’opinion. Ces  situations exigent un mode de fonctionnement politique autre, capable de former les mentalités » En effet les politiques répugnent à montrer le chemin, à être des éducateurs de l’opinion, ils aspirent  à n’être que des « communicants » à la remorque des plus bruyants et des plus simplistes, d’où la fortune des populistes.

 

Pour en savoir plus :

 

      -. Catherine Wihtol de Wenden dans Nea say http://www.eu-logos.org/eu-logos-nea-recherche.php?q=Wihtol&Submit=%3E(1) «La Globalisation humaine», Paris, PUF, 2009 ; «la Question migratoire au XXIe siècle : migrants, réfugiés et relations internationales», Paris, Presses de Sciences-Po, 2e édition, janvier 2013. (2) Editions Autrement, 2012. (1) «La Globalisation humaine», Paris, PUF, 2009 ; «la Question migratoire au XXIe siècle : migrants, réfugiés et relations internationales», Paris, Presses de Sciences-Po, 2e édition, janvier 2013. (3) Atlas des migrations.  Editions Autrement, 2012.