Une information citoyenne au service d'une identité européenne
Réactions, commentaires et débats avec des invités

Glossaire interactif des termes de l'Espace de liberté, de sécurité et de justice
Observatoire législatif de l’Espace européen de liberté, de sécurité et de justice
Veille juridique et documentaire axée sur la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne
Actualités des grands projets de l'Union européenne
Dossiers documentaires thématiques
Actualités sur le rôle de l'Union européenne dans le monde
Une information citoyenne au service d'une identité européenne

Immigration choisie : l’Allemagne relance le débat. Les conséquences sont économiques mais aussi politiques sur le fonctionnement de l’Union européenne.

pdf mise en ligne :28 08 2013 ( NEA say… n° 136 )

IMMIGRATION > Politique d'intégration

Ce n’est pas surprenant que ce soit elle qui reprenne la formule lancée an son temps par Nicolas Sarkozy : 1,5 millions de travailleurs manqueront au rendez-vous avec 1,5 d’habitants de moins que prévus et en conséquence l’Allemagne est contrainte au choix de l’immigration choisie. Le gouvernement libéralise sa législation sur l’entrée de travailleurs étrangers. La question de l’intégration de cette nouvelle population reste posée. C’est là, l’élément déterminant : pas de politique réussie sans une intégration réussie et la chose n’est pas facile, les efforts des gouvernements de Angela Merkel en témoignent (cf.Nea say). Lire aussi l’article de Louise Ringuet dans Nea say. La nouvelle approche entrera-t-elle dans les mentalités, c’est là l’enjeu ultime.

Ce n’est pas surprenant que ce soit elle qui reprenne la formule lancée an son temps par Nicolas Sarkozy : 1,5 millions de travailleurs manqueront au rendez-vous avec 1,5 d’habitants de moins que prévus et en conséquence l’Allemagne est contrainte au choix de l’immigration choisie. Le gouvernement libéralise sa législation sur l’entrée de travailleurs étrangers. La question de l’intégration de cette nouvelle population reste posée. C’est là, l’élément déterminant : pas de politique réussie sans une intégration réussie et la chose n’est pas facile, les efforts des gouvernements de Angela Merkel en témoignent (cf.Nea say). Lire aussi l’article de Louise Ringuet dans Nea say. La nouvelle approche entrera-t-elle dans les mentalités, c’est là l’enjeu ultime.

 

Ils sont aides-soignants, chauffagistes, plombiers ou encore cheminots,  ces mêmes professions que nous connaissons tous bien, notamment parce que ce sont des postes difficile à pourvoir et ils viennent  des quatre coins du monde et ont en poche un précieux papier, du moins le croient-ils. Depuis juillet, les portes du marché du travail allemand leur sont ouvertes. Confrontée à une pénurie de main-d’oeuvre dans ces secteurs, l’Allemagne entend recruter au-delà des frontières de l’Union européenne. « Une petite révolution », souligne Thomas Liebig, économiste à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et coauteur d’un rapport, publié en février, qui jugeait l’Allemagne trop fermée aux travailleurs étrangers peu ou moyennement qualifiés. Il fait incontestablement autorité. (cf. « Pour en savoir plus »)

 

La mesure vient enrichir un dispositif législatif qui dessine depuis peu les contours d’une immigration choisie, version allemande. En 2011, l’Allemagne a amélioré la reconnaissance des diplômes et des qualifications obtenus à l’étranger. L’année suivante, le pays a assoupli les conditions d’entrée et de séjour des professionnels hautement qualifiés en transposant « de façon très libérale la directive européenne de 2009 créant la carte bleue européenne, ce droit d’entrée et de séjour donné aux diplômés décrochant un contrat de travail dans l’Union », explique Thomas Liebig.

 

« Le recours à la main-d’oeuvre étrangère est un impératif » en a-t-il conclu !Le législateur allemand en a profité pour créer le « job search visa », qui donne six mois aux titulaires d’un diplôme universitaire pour trouver un emploi en Allemagne. En 2011, 65 000 postes d’ingénieur n’avaient pas trouvé preneur, rappelle l’association des ingénieurs allemands (VDI).« Pour soutenir la croissance économique dans un contexte de déclin démographique, le recours à la main-d’oeuvre étrangère est un impératif, souligne Thomas Liebig. Parallèlement, l’Allemagne doit activer ses leviers internes : allonger la durée de vie active, améliorer le système de formation et d’orientation, et renforcer la présence des femmes sur le marché du travail. » Avec un taux de fécondité inférieur à 1,5 enfant par femme depuis 1975, le vieillissement de la population menace la prospérité du pays. Selon Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne, sans un apport migratoire significatif, les plus de 65 ans représenteront 33 % de la population allemande en 2060, contre 20 % actuellement. L’Agence fédérale pour l’emploi (BA) estime que le pays aura perdu 6,5 millions d’actifs en 2025.

« Travailleurs invités »

Réapparaissent les fameux « Travailleurs invités » (Gast arbeiter) des années 60. « La législation allemande sur l’immigration de travailleurs est devenue l’une des plus libérales des pays de l’OCDE, mais employeurs et candidats la perçoivent encore comme restrictive, explique Thomas Liebig. Jusqu’à récemment, elle a effectivement consisté en une interdiction d’embaucher assortie d’exceptions. »

 

Dans les années 1960, la République fédérale, en pleine croissance économique, avait bien fait venir de la main-d’oeuvre, notamment de Turquie, mais personne n’imaginait alors que les « travailleurs invités » s’installeraient pour de bon. Pendant longtemps, rien ne fut fait pour les intégrer. Allons nous assister à nouveau  à la réédition de ce scénario ? Même en 2000, quand le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder décida d’accorder 20 000 titres de séjour à des informaticiens, les conditions demeurèrent draconiennes : la « green card » allemande n’était valable que cinq ans et toute perte d’emploi la rendait obsolète.

Le programme connut d’ailleurs un succès limité, avec moins de 15 000 cartes délivrées à l’été 2003. Mais la mesure lança le débat sur l’immigration de travailleurs, envisagée pour la première fois comme une réponse au vieillissement de la population. En découla une loi, adoptée en 2004, qui amorça un nouveau rapport à l’immigration.

 

Les Européens de l’Est sont depuis peu rejoints par des Espagnol, des Italiens ou des Grecs

L’Allemagne a aussi développé plusieurs outils pour attirer de la main-d’oeuvre étrangère. Le portail Internet « Make it in Germany », disponible en allemand et en anglais, vante la qualité de vie outre-Rhin et regorge de conseils, tandis que l’Agence fédérale pour l’emploi dispose désormais d’un service dédié au recrutement des travailleurs qualifiés à l’étranger.

La stratégie porte déjà ses fruits en Europe. Nombreux à tenter leur chance, les Européens de l’Est sont depuis peu rejoints par des Espagnols, des Italiens ou des Grecs, confrontés à un chômage record dans leurs pays. « Beaucoup d’Européens décident sur un coup de tête de s’installer en Allemagne mais repartent vite, regrette-t-on néanmoins à l’Agence. Soit ils n’ont pas le profil recherché par les entreprises, soit ils s’installent hors des zones pourvues d’un riche tissu industriel, ou ils ne maîtrisent pas la langue. »Ce dernier obstacle apparaît comme un frein majeur à l’établissement d’étrangers outre-Rhin. « Pour la majorité des chefs d’entreprise, la condition sine qua non à l’embauche d’un étranger, c’est qu’il parle allemand, souligne Thomas Liebig. Or, le pays ne dispose pas d’un vivier de germanophones à l’étranger. » à l’image des Maghrebins en France ou des marocains en Belgique.

 

L’Allemagne compte 1,5 million d’habitants de moins que prévu, une information explosive (cf. pour en savoir plus) ! La population allemande a été revue à la baisse avec 80,2 millions d’habitants contre une précédente estimation à 81,7 millions. Cette baisse aura des conséquences sur nombre d’indicateurs économiques mais aussi sur le poids de l’Allemagne dans les décisions européennes. Jusqu’à présent, la population allemande était estimée selon une méthode contestée, accusée d’être peu fiable. Elle était calculée à partir des derniers recensements, qui dataient de 1987 pour l’Allemagne de l’Ouest et de 1981 pour l’Allemagne de l’Est. Les autorités s’appuyaient sur des registres tenus dans les mairies pour mettre à jour les données démographiques.

 

Pour le recensement de 2011, un échantillon de 10 % de la population a été interrogé par des agents. Des propriétaires immobiliers ont été questionnés sur l’occupation des logements et l’ensemble de ces données ont été complétées et recoupées avec de nombreux fichiers. Ainsi, 80,2 millions d’habitants ont été recensés, au lieu de 81,7 millions. Cette différence de 1,5 million de personnes représente 1,8 % de la population totale.

Donc des étrangers moins nombreux que prévu. Une correction à la baisse était attendue mais « l’ordre de grandeur de la révision nous a surpris », reconnaît Roderich Egeler, le président de l’office des statistiques Destatis. Elle s’explique essentiellement par un nombre d’étrangers (6,2 millions) bien moindre que prévu. Selon l’office des statistiques, les immigrés qui décident de quitter l’Allemagne pourraient être moins enclins à déclarer leur départ en mairie – où il est obligatoire de s’inscrire quand on s’installe dans une nouvelle ville. Les naissances étant nettement inférieures aux décès, l’immigration est le seul moteur de croissance de la démographie allemande. À la longue, elle ne suffira pas pour compenser le déficit des naissances : le pays pourrait compter entre 65 et 70 millions d’habitants en 2060, selon les projections.

 

La revue à la baisse de la population allemande aura des conséquences significatives sur un certain nombre d’indicateurs économiques, qui prennent en compte la population. « Tous les indicateurs sous forme de ratio par habitant vont être touchés », a déclaré Sabine Bechtold, chef du département population de Destatis, précisant que l’office les recalculerait prochainement. Le PIB par habitant et le taux de chômage seront notamment concernés.

Concrètement, les nouveaux chiffres devraient aussi réduire le poids de l’Allemagne dans les institutions européennes. Au sein du Conseil des ministres de l’Union européenne, les décisions se prennent selon le principe de la « majorité qualifiée ». Pour être adoptée, une proposition de loi doit être approuvée par au moins 55 % des États membres, représentant au moins 65 % de la population européenne. Au Parlement européen, les 754 sièges de députés sont répartis, en règle générale, proportionnellement à la population de chaque pays.

L’Allemagne, qui compte actuellement le plus grand nombre de députés européens , mais qui vient d’en perdre suite à un nouveau calcul pourrait perdre plusieurs sièges le jour où une négociation entre les États membres sera ouverte à ce sujet. Ne parlons pas d’une adhésion de la Turquie !

 

Selon l’OCDE, l’Allemagne devra recruter 5,4 millions de travailleurs qualifiés d’ici 2025. « L’Allemagne a besoin d’un apport annuel de 200 000 immigrés qualifiés par an pour ses besoins de main d’œuvre » a indiqué le responsable de l’Agence allemande pour l’emploi, Fran-Jürgen Weise. En 2012, l’Allemagne a accueilli un million d’étrangers, soit le nombre le plus élevé depuis 17 ans. Parmi eux le nombre d’européens(Espagnols, Italiens, Grecs et Portugais) a grandi de 8% par rapport à l’année précédente, soit 34 000 personnes au total. Grâce aux migrants la population allemande a d’ailleurs augmenté en 2011 pour la première fois depuis 10 ans. C’est récemment, au début du mois d’août et pour lutter contre la pénurie de main d’œuvre dans certains secteurs que , rappelons le, le gouvernement a publié une liste de types d’emplois intermédiaires à pourvoir par des travailleurs venus de l’extérieur de l’Union européenne. Une grande première dans l’histoire de l’Allemagne

 

Avec 80,2 millions d’habitants l’Allemagne reste le pays le plus peuplé de l’Union européenne, devant la France (65 millions d’habitants) et le Royaume-Uni (62,44 millions). Mais les projections démographiques prévoient que la France dépassera l’Allemagne aux environs de 2050.

 

Pour en savoir plus :

 

      -.Thomas Liebig : l’Allemagne accueille de nombreux européens mais tous ne restent pas http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/06/27/l-allemagne-accueille-de-nombreux-europeens-mais-tous-ne-restent-pas_3437677_3214.html

 

      -.Thomas Liebig (OCDE) l’intégration des migrants en Allemagne http://www.oecd.org/els/38163889.pdf

 

      -. Le figaro.fr – "L'Allemagne en quête d'une immigration haut de gamme" – 29 mai 2013 http://www.lefigaro.fr/international/2013/05/28/01003-20130528ARTFIG00630-l-allemagne-en-quete-d-une-immigration-haut-de-gamme.php

 

      -. Fondation Robert Schuman : « La chancelière sortante Angela Merkel est la grande favorite des élections allemandes du 22 septembre – 26 août 2013 :

http://www.robert-schuman.eu/fr/oee/1448-la-chanceliere-sortante-angela-merkel-est-la-grande-favorite-des-elections-allemandes-du-22-septembre

 

      -. Quebec Huffington Post  : Recensement en Allemagne 1,5 millions d’habitants que prévus, ein grosses Problem… http://quebec.huffingtonpost.ca/2013/06/01/allemagne-recensement_n_3371822.htm