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 Le sport en danger, matchs de football truqués : deux députés européens tirent le signal d'alarme

pdf mise en ligne :15 12 2013 ( NEA say… n° 139 )

COOPERATION JUDICIAIRE PENALE > Lutte contre la corruption

A plusieurs reprises au cours de ces dernières années Nea say a titré l'un de ses articles par un « sport en danger » ! Deux députés européens épinglent la corruption dans le football. Inquiétant, même si les rencontres visées sont souvent de seconde zone. Cette alerte intervient presqu'un an après les révélations de Europol (février dernier) restées à ce jour sans suites connues. En effet le sport est mal en point qu'il s'agisse de matchs truqués ou de paris truqués, de violences, de racisme, de discriminations à l'égard des femmes, de trafics à l'égard de très jeunes sportifs, blanchiment d'argent pour ne citer que quelques unes des nombreuses dérives .  A un moment donné le Parlement européen a donné l'impression de vouloir se saisir du problème dans sa globalité. Une velléité sans lendemain ?

En mars dernier, Europol, l'agence en charge de la coopération policière au sein de l'UE nous annonçait que 380 matchs professionnels avaient fait l'objet de trucages avérés en Europe entre 2008 et 2011. Les médias s'en étaient largement fait l'écho, d'autant que les rencontres suspectes incluaient de mystérieux matchs de Ligue des Champions, dont Europol n'avait pas souhaité révéler l'identité.

 L'Office européen de police affirmait avoir obtenu des preuves contre 425 joueurs, arbitres et criminels impliqués dans 680 matchs truqués. Plus de 8 millions d'euros de gains frauduleux auraient été amassés entre 2008 et 2011. «C'est un réseau de matchs truqués présumés d'une ampleur jamais vue auparavant». Cette phrase de Rob Wainwright, le directeur de l'Office européen de police Europol, était alors  peut-être le prélude à l'une des plus grandes affaires de corruption jamais connue dans le monde du ballon rond, et plus généralement dans celui du sport. Lors d'une conférence de presse  à La Haye, le responsable de Europol a en effet annoncé que son organisation était en train d'enquêter sur plus de 380 matchs suspects, ayant amené à plus de 8 millions d'euros de gains sportifs illégaux. 425 personnes (joueurs, arbitres, criminels) ont déjà été identifiées dans plus de 15 pays, et Europol affirmait disposer de preuves suffisantes sur plus de 150 d'entre elles.
La nouveauté de cette affaire réside non pas dans le caractère international du scandale (ce qui est déjà le cas de la majorité des affaires de paris), mais plutôt dans le nombre de matchs concernés. Outre les 380 rencontres en Europe, incluant deux matchs de la Ligue des Champions et deux éliminatoires de la Coupe du Monde, Europol  a dénombré 300 rencontres suspectes en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Les autres doutes concernent des matchs des championnats allemand, turc et suisse. Tous ont eu lieu entre 2008 et 2011.

 «Nous avons les preuves qu'un groupe criminel basé à Singapour est impliqué de près dans ces matchs truqués (…) C'est d'ailleurs la première fois que nous avons des preuves presque irréfutables que le crime organisé opère aussi dans le monde du football», a déploré Rob Wainwright, tout en se refusant à citer les noms de joueurs ou de clubs actuellement sous surveillance. De son côté, l'UEFA a pris acte, déclarant dans un communiqué attendre plus de détails sur ces investigations avant de les transmettre aux «instances disciplinaires compétentes afin que les mesures adéquates soient prises». Selon les enquêteurs d'Europol, les membres du réseau payaient jusqu'à 100.000 euros par match pour obtenir les bonnes grâces des arbitres et/ou influencer les performances des joueurs. Au total, plus de deux millions d'euros auraient ainsi servi à corrompre les joueurs, rien que sur les matchs européens.

Les criminels présumés se chargeaient ensuite de passer des paris sportifs chez des opérateurs asiatiques, dont l'offre est plus large que sur le Vieux Continent. «C'est la preuve qu'aucune compétition, ni aucun pays n'est épargné par ce risque, y compris ceux totalement fermés aux paris sportifs en ligne comme l'Allemagne», explique Jean-François Vilotte, le président de l'Autorité de régulation des jeux en lignes (Arjel). En procédant ainsi, les parieurs frauduleux profitent du manque de coordination internationale sur les questions de corruption et de paris illégaux. En France par exemple, les systèmes de contrôle de l'Arjel ne permettent aucun contrôle des mises jouées auprès d'opérateurs non agrées ou basés à l'étranger. Ce qui empêche la détection de montants de paris anormalement élevés, même sur des manifestations sportives ayant lieu en France.

Mais il existe d'autres affaires de grande ampleur. Jusqu'ici, les plus importantes affaires de paris truqués dans le football ont été initiées en Allemagne et en Italie. En 2009, la police allemande a démantelé un réseau de 17 personnes ayant passé des paris frauduleux sur près de 200 matchs dans toute l'Europe. Ces hommes auraient gagné 1,6 million d'euros en pariant deux millions sur des parties dont ils connaissaient par avance les résultats. Peu après cette affaire dite de Bochum, c'est le Calcio italien qui a été secoué en 2010-2011 par un nouveau scandale. Ici aussi, des paris passés depuis Singapour par les fraudeurs ont permis de mettre en évidence la corruption de 26 joueurs et 18 clubs transalpins. Plus de 40 matchs auraient été truqués.

Le 4 décembre dernier, c'était au Parlement européen de jeter  une nouvelle pierre dans le jardin déjà bien encombré du football professionnel. S'appuyant sur des données transmises par Federbet, la fédération européenne des opérateurs de paris en ligne, les eurodéputés Marc Tarabella (PS, Belgique) et Salvatore Iacolino (PPE, Italie) ont annoncé que pas moins de 50 matchs auraient été truqués depuis le début de la saison. Et que 150 au moins feraient l'objet de lourds soupçons. "Sachant que cela se passe sur quatre mois, cela donne une augmentation de 300% par rapport à la période couverte par Europol", notaient certains observateurs. "Une véritable pandémie à laquelle il faut mettre fin !", concluait Marc Tarabella.

 Un réseau de parieurs singapouriens et de petits mafieux croates :Europol avait repris des informations livrées par le tribunal allemand de Bochum quelques mois plus tôt. Les 380 matchs truqués étant tous liés au même réseau constitué de parieurs singapouriens et de petits mafieux croates installés dans la Ruhr. Les faits restent têtus : les 380 matchs d'Europol et les 50 de Federbet ont pour caractéristique commune de s'être déroulés dans de toutes petites divisions de grands pays ou à l'inverse dans des ligues majeurs de tout petits pays et les noms quireviennent le plus souvent dans ses listings sont Chypre, Malte, la Lituanie, la Lettonie, ainsi que la Grande-Bretagne, mais pour des matchs de troisième ou quatrième catégorie. Cette concentration des affaires dans des championnats de seconde zone s'explique assez facilement. Corrompre un match joué par 22 millionnaires (le salaire moyen d'un joueur de L1 est de 45 000 euros) est forcément coûteux si on veut les corrompre, plus coûteux en tout cas que de corrompre des joueurs touchant à peine le salaire minimum lorsqu'il existe. Au premier regard, la tricherie semble assez artisanale, mais il faut y regarder de plus près. Le "grand" réseau de Bochum n'a ainsi dégagé "que" 8 millions d'euros de bénéfice sur trois ans, soit une somme de 11.000 euros par match. A ce compte-là, on est plus proche du petit dealer de banlieue que de l'organisation mafieuse tentaculaire. Cependant il faut aller plus loin que ces considérations : une bonne part des équipes impliquées dans ces scandales évoluent dans des pays où la corruption ne s'arrête pas, loin de là, au seul monde du football. Les grands pays de football ne devraient pas se désintéresser de ces affaires : les paris augmentent fortement chaque année (+10%), et que nombre de territoires européens, comme Malte ou Gibraltar, spécialisés dans l'hébergement de sites de jeu en ligne font encore preuve d'un laxisme étonnant. Tous les types de paris ne devraient pas être autorisés , y compris les plus farfelus, en apparence.

  Autre point de faiblesse : le déséquilibre financier croissant du football européen. Derrière les budgets mirifiques alignés par les habitués de la Ligue des Champions, existe tout un football professionnel ou semi-professionnel en très mauvais état. Beaucoup de clubs sont moribonds et leurs dirigeants en grand état de fragilité. Deux conclusion se dégagent : une étrange indulgence prime encore dans les instances du football, les sanctions sont rares , aucun pays, avec des clubs en déficit chronique et des dirigeants rêvant d'investisseurs étrangers aux promesses pharaoniques, n'est à l'abri d'un mauvais scandale qui rejaillirait immédiatement sur le sport.
 

Pour en savoir plus:

      -. Sport en danger, dossier de Nea Say http://www.eu-logos.org/eu-logos_nea-say.php?idr=4&idnl=2982&nea=139&lang=fra&arch=0&term=0

      -. Match truqués, paris truqués  http://www.eu-logos.org/eu-logos_nea-say.php?idr=4&idnl=2982&nea=139&lang=fra&arch=0&term=0 http://www.eu-logos.org/eu-logos_nea-say.php?idr=4&idnl=2982&nea=139&lang=fra&arch=0&term=0

      -. Dossier du journal l'Express http://www.lexpress.fr/actualite/sport/football/football-l-affaire-des-matches-truques_1216972.html

      -. Pascal Boniface, Pim Verschuuren, Sarah Lacarrière : paris sportifs et corruption (juillet 2012) http://www.iris-france.org/pagefr.php3?fichier=publications/ouvrages/PresentationOuvrage&ref=a191

      -. Communiqué de presse de Europol https://www.europol.europa.eu/content/results-largest-football-match-fixing-investigation-europe

    -. Conseil de l'Europe, examen par l'Assemblé parlementaire de deux rapports sur la nécessité de combattre le trucage des matchs http://assembly.coe.int/Mainf.asp?link=/Documents/Records/2012/F/1204251000F.htm

      -. Texte de l'interview du journaliste Declan Hill :même ampleur que le piratage de la musique sur internet http://www.lemonde.fr/sport/article/2013/11/28/matches-truques-la-meme-ampleur-que-le-piratage-de-la-musique-sur-internet_3522137_3242.html

      -. Site officiel de l'Autorité de régulation des jeux en ligne(ARJEL ) http://www.arjel.fr/-A-la-Une-.html