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Rapport de l'Alliance des civilisations: la politique et non la religion au centre du problème

pdf mise en ligne :14 11 2006 ( NEA say… n° 22 )

IMMIGRATION > Protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées

Rapport de l'Alliance des civilisations: c'est la politique et non la religion qui est au centre du fossé entre le monde musulman et le monde occidental. Dans la ligne de mire: les opérations militaires de puissances non musulmanes, Iraq, Palestine, Afghanistan, mais aussi en Palestine et en Tchétchénie, menées par des puissances non musulmanes. L'Europe restera-t-elle encore indifférente à cette "Alliance des civilisations" ?

"Cette initiative est un exercice de responsabilité; quelqu'un doit commencer" (José Luis Zapatero)

 

L’heure de l’Europe a-t-elle enfin sonné ? titrait le dernier numéro de Néa say, parlant des conflits du Proche-Orient. Aujourd’hui, nous répondons comme Josep Borrell au lendemain des derniers massacres de civils, en majorité des femmes et des enfants, dans la bande de Gaza : « c’est maintenant ou jamais » !  Il revient à l'Europe de démontrer que les intiatives, conclusions et résolutions arrêtées par ses institutions et ses Etats membres ne sont pas des propos dignes du café du commerce pour reprendre les commentaires d'une haute personnalité israélienne. Que l'Europe fasse sienne la conclusion de José Luis Zapatero en présentan l'initiative des "trois" (Espagne, France, Italie) "nous avons décidé de ne pas rester inerte". La dégradation de la situation au Proche-Orient prend une tournure inquiétante.

 

Les raisons du fossé grandissant entre les sociétés musulmanes et occidentales ne sont pas d’ordre religieux mais politique affirme le Rapport de l’Alliance des civilisations remis le 13 novembre dernier à Kofi Annan. Il place, au centre des efforts, l’éducation au multiculturalisme, le règlement du conflit israélo-palestinien et les réformes démocratiques dans le monde musulman.

 

« Bien que la religion soit souvent exploitée, de façon cynique, pour attiser les passions, alimenter la méfiance et soutenir les cris alarmistes selon lesquels le monde fait face à une nouvelle guerre des religions, le fond de la question est politique » affirme le Rapport.

 

A cet égard le rapport souligne en tout premier lieu l’importance du conflit israélo-palestinien en tant que symbole de ce fossé. Tout aussi incriminées, les répressions de l’opposition non violente, les lenteurs des réformes dans certains pays musulmans : elles sont, nous dit le rapport, des facteurs clés de la montée des extrémistes.

 

Parmi les solutions proposées par le Groupe de haut niveau, figure d’abord « la création d’un Haut Représentant destiné à assister le Secrétaire général à désamorcer les crises à l’intersection de la religion et de la politique. »

 

Le Rapport propose aussi « la rédaction d’un Livre blanc pour procéder à une analyse froide et objective du conflit israélo-palestinien, en donnant la voix aux deux parties, en analysant les succès et les échecs des initiatives de paix et en établissant clairement les conditions pour qu’elles aboutissent ». Il appelle par ailleurs à la convocation d’une conférence internationale sur le Processus de Paix au Moyen-Orient, le plus rapidement possible, ainsi que d’une conférence régionale sur le Moyen-Orient. Il propose enfin au niveau politique le soutien à l’expansion du pluralisme politique dans les pays musulmans. Il appelle, notamment, les partis dirigeants dans le monde musulman à ouvrir un espace à la pleine participation des partis politiques non violents, qu’ils soient religieux ou séculiers, et appelle les gouvernements étrangers à être cohérents dans leur soutien au pluralisme, en respectant notamment le résultat des élections.

 

Medias: création d'un Fonds à risques pour contrer les forces du marché

 

 

Parmi les autres propositions concrètes figurent la création de films et programmes télévisés coproduits par des groupes d’horizons divers, montrant la diversité comme une des caractéristiques normales de nos sociétés et la création « d’un FONDS à risques » afin de contrer les forces du marché qui encouragent les représentations sensationnalistes et les stéréotypes. Il propose la création d’un Fonds mondial pour la solidarité avec la jeunesse et la promotion d’une éducation aux droits de l’homme et au multiculturalisme parmi les jeunes.

 

Une alternative pour les jeunes

 

 

Les migrations, l’intégration et les technologies font que l’humanité ne vit plus dans des civilisations différentes, souligne le rapport. C’est cette remarque à la fois évidente et fondamentale qu’a reprise Kofi Annan : "notre ère mondialisée est marquée par la montée de l’extrémisme et de la violence. Une plus grande proximité et l’amélioration des communications ont souvent conduit non pas à la compréhension mutuelle et à l’amitié mais aux tensions et à la méfiance réciproque".Kofi Annan a appelé à prendre des mesures pour protéger la liberté des religions, pour construire des ponts entre les cultures par le biais de l’éducation , ne pas seulement construire des ponts entre l’Islam et le christianisme, mais aussi entre toutes les religions, les traditions, les cultures afin que les mythes et les distorsions apparaissent pour ce qu’elles sont. « Nous devons aussi créer des opportunités pour les jeunes, leur offrir une alternative crédible au chant des sirènes de la haine et de l’extrémisme. Nous devons leur donner une véritable chance de participer à l’amélioration du nouvel ordre mondial afin qu’ils n’aient plus l’impulsion de vouloir le détruire ». Mais ces mesures auront peu d’effet, souligne-t-il, « si le climat actuel de peur et de méfiance continue d’être alimenté par les évènements politiques, surtout ceux dans lesquels des peuples musulmans( Iraquiens, Afghans, Tchétchènes et surtout Palestiniens) sont vus comme les victimes d’actions militaires par des puissances non musulmanes ». Le Secrétaire général des Nations Unies a souligné comme il l’avait déjà affirmé à l’Assemblée générale en septembre que le conflit israélo-arabe n’était pas un conflit comme les autres. « Tant que les Palestiniens vivront sous occupation, exposés aux frustrations et aux humiliations quotidiennes et tant que les Israéliens mourront dans l’explosion des boîtes de nuit et des autobus, cette situation enflammera les passions partout dans le monde. »

 

L’initiative « Alliance des civilisations » a été initiée en 2004 par le premier ministre espagnol dans le prolongement des attentats de Madrid, José Luis Rodriguez Zapatero et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan. Puis le 14 juillet 2005 Kofi Annan procédait au lancement du projet et mettait en place un comité des sages. Une vingtaine de personnalités y figurent parmi lesquels l’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu, l’ancien président iranien Mohammed Khatami et l’ancien ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine. C’est sur la base de ce rapport que MM. Annan, Zapatero et Erdogan vont faire des propositions définitives fin décembre. Assurant que l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne serait « la réponse la plus efficace »  aux tenants d’un choc des civilisations,  le premier ministre turc a estimé que le rapport constituera « un document de référence qui sera discuté et servira de base de réflexion pendant de longues années » Le premier ministre espagnol a souligné de son côté que l’Alliance des civilisations n’est pas une utopie et que son pays allait prendre une initiative prochainement dans le cadre de l’Union européenne

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  L'Europe indifférente ? une position difficile à tenir longtemps !

 

Et l'Europe? Hubert Védrinne, ancien ministre français des affaires étrangères et membre de l'équipe rédactrice du rapport, nous dit par l'intermédiaire du journal le Monde, que l'Europe est restée largement indifférente à l'exercice menée depuis plus d'un an à l'initiative du premier ministre espagnol. Peut-elle tenir cette position encore longtemps ? Cela devient de plus en plus difficile. Le récent débat au Parlement européen consacré à la situation à Gaza (massacres à Beit Hanoun de 18 civils palestiniens dont une grosse majorité de femmes et d'enfants)en est un exemple à la fois récent et frappant. La situation sanitaire des habitants est dramatique comme le rapporte dans tous ses détails l'organisation Medecins du monde: 75% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

 

Un Parlement européen profondément inquiet

 

La violence des dernières semaines à Gaza inquiète profondément l'Union européenne comme en témoigne la résolution votée à l'issue des débats (résumé) qui ont duré une large partie de l'après-midi du 15 novembre. Le Conseil par la voix de la ministre finlandaise Paula Lehtomaki, demande une fois encore que l'on donne une chance à la paix, en permettant entre autres aux Palestiniens d'avoir un gouvernement qui puisse vraiment les représenter, tous. Dans l'immédiat, l'ouverture des passages de Rafah et Karni permettrait au moins de faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire( une aide qui avec plus de 650 millions d'euros dans le courant de l'année dépasse pour l'instant de 25% l'aide fournie l'année dernière). Le même sentiment a été exprimé, au nom de la Commission, par la vice-présidente Margot Wallström: il faut revenir au processus de paix, il faut que les Palestiniens arrivent à former un gouvernement d'unité nationale. La Commission est prête à fournir une aide supplémentaire aux Palestiniens d'ici la fin de l'année. Pour le faire elle devra recourir à la réserve d'aide d'urgence et obtenir l'accord de l'autorité budgétaire et donc aussi du Parlement européen. Par ailleurs elle a rappelé la position européenne en faveur de la convocation d'une conférence internationale sur le Proche-Orient et rappelé que l'Union se situait depuis de nombreuses années en avant-garde.

 

L'Union européenne, simplement une "super ONG" ?

 

Plusieurs leçons peuvent être tirées de ce débat. Le premier est que face au drame vécu par les habitants de Gaza, les clivages entre les groupes politiques, jamais forts sur ce dossier, se sont estompés et le Parlement européen a retrouvé toute la vigueur d'un condamnation unanime, vigueur qu'il a connue dans les premières semaines de la deuxième Intifada et qui s'était assoupie avec l'actuelle législature. Cette fois-i, la majorité, imposante, est politique: les cinq principaux groupes politiques du Parlement se sont pronocés enfaveur de la résolution; dans le passé il s'agissait plus d'une coalition de personnes. Le débat a montré également clairement que l'heure est à la politique: c'est aussi la conclusion de la présidence du Conseil qui "partage les sentiments vigoureux exprimés" et  annonce, une fois de plus, sa disponibilité à rechercher une solution globale et à réunir le Quartette avant la fin décembre. L'heure est à la politique et c'est aussi dans ce sens que s'est exprimé un parlementaire qui, interpellant Margot Wallström, lui a fait remarquer cruellement qu'à l'entendre on croirait qu'elle pense que l'Union européenne est une ONG, mais non ! elle est une Union politique...

 

Des sentiments divers ont parcouru les rangs des parlementaires: sentiment de lassitude( "pourquoi continuons-nous à prononcer des formules creuses, deux peuples, deux Etats " Luisa Morgantini) un sentiment d'effroi au bord du gouffre ("mais qu'a gagné Israël ?" Elkmar Brok). Sentiment d'exaspération chez les amis des Etats-Unis: Hans-Gert Poettering, futur président du Parlement européen, se présente comme un ami des américains et s'exclame" nous ne pouvons accepter que lorsque des critiques sontre Israël sont justifiées, le veto des Etats-Unis aux Nations Unies vienne nous empêcher de les exprimer. La formule "d'excuse" utilisée par le premier ministre israélien  "d'erreur technique" a révulsé bon nombre d'intervenants. Beaucoup d'intervenants ont demandé qu'une force d'interposition soit installée  entre palestiniens et israéliens à l'image de ce qui a été fait au Liban avec la Finul.  Plusieurs intervenants ont rappelé que la crise financière des palestiniens était due en bonne partie au fait qu'Israël détenait illégalement les revenus fiscaux et les droits de douane (plusieurs centaines de millions d'euros)qui sont la propriété des Palestiniens et qu'Israël doit rendre (Margot Wallström). Martin Schulz, président du groupe socialiste, a en quelque sorte tiré les conclusions pour le Parlement européen: nous sommes au coeur de la crise et nous constatons qu'existe un consensus historique au sein de notre assemblée.

Le Conseil des ministres (FR) (EN)qui avait réuni les ministres des affaires étrangères quarante-huit heures plus tôt a été tout aussi clair.Déplorant "l'inacceptable" opération militaire israélienne à Bait Hannoun le 8 novembre, le Conseil a rappelé son inquiétude face à l'escalade des violences dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, appelant toutes les parties à libérer les prisonniers détenus de part et d'autre et à revenir à la table de négociations. Dans leurs conclusions ils réitèrent aussi leur appel à la formation d'un gouvernement palestinien d'union nationale, susceptible de relancer le processus de paix par la négociation. Réaffirmant leur soutien en faveur du renforcement des institutions palestiniennes, les ministres ont décidé de prolonger de six mois leur mission européenne d'assistance à la frontière au point de passage de Rafah.Ils ont également réitéré leur soutien à la mise en oeuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des nations Unies, enjoignant toutes les parties d'en respecter les termes, notamment l'ambago sur les armes. Dans leurs conclusions les ministres rappellent que la souveraineté du territoire libanais doit être respectée par tous et presse Israël de mettre fin aux violations de l'espace aérien libanais (14 violations ont été dénombrées à la date du 17 novembre) . Le survol du territoire libanais par des avions israéliens le 31 octobre dernier avait bienfailli provoquer une riposte des forces françaises de la FINUL, qui craignaient d'être menacées.

 

C'est cette ligne que, quarante-huit heures plus tard, le Parlement européen a suivi et les débats que l'on vient de rapporter, sont fidèlement reflétés dans la résolution votée à une large majorité puisque les cinq principaux groupes politiques (PPE-DE, PSE, ALDE, VERTS/ALE et GUE/NGL) qui représentent près de 90% des députés ont voté en faveur  de la résolution qui dit "sa profonde indignation face à l'opération militaire(EN) (full text) (FR) (texte complet). Cette résolution dresse un état des lieux à peu près complet, montre à nouveau, et après beaucoup d'autres, quel est le chemin pour la sortie de crise: le plan de Beyrouth, l'initiative de Genève, la "Feuille de route pour la paix" du Quatuor du 30 avril 2003 (qui prévoyait pour 2005 au plus tard un Etat palestinien aux frontières reconnues), les mille et une conclusions du Conseil "Affaires générales et relations extérieures" et notamment les plus récentes , celles de 15 septembre, 16 et 17 octobre et 13 novembre 2006, sans oublier les résolutions n° 242(1967) et n° 338(1973) du Conseil de sécurité des Nations Unies. Enfin la résoluton "invite le Conseil à tout mettre en oeuvre pour organiser une conférence de paix internationale-à l'instar de la conférence de Madrid de 1991- à l'effet de dégager, sur la base des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies, une solution, durable et viable aux problèmes de la région, et considère qu'une approche unilatérale de la part de l'une ou l'autre des parties concernées doit être rejetée". La résolution demande aussi l'envoi d'observateurs internationaux à Gaza et invite le gouvernement israélien à "rétablir d'urgence le versement des recettes fiscales et douanières palestiniennes qui sont bloquées (..) à lever l'ambargo économique (...) à permettre la libre circulation des personnes,à favoriser les échanges (...) à promouvoir le développement économique de Gaza..", également l'échange de prisonniers: deux soldats israéliens kidnappés et des dizaines de députés et ministres palestiniens arrêtés dans des conditions humiliantes.

 

Que constater? une profonde convergence pour ne pas dire une identité de vues complète entre les institutions européennes. Une profonde unité de vues au sein du Parlement européen, unité sans doute plus grande que celle existante au sein des Etats membres, mais cette unité là reflète celle des peuples et non des gouvernements. Comme en 2003 au moment du lancement de la guerre en Iraq, un écart manifeste existait dont on peut avec le recul du temps mesurer toute la pertinence. Cette situation d'alors avait amené le commentaire de Giscard d'Estaing, alors président de la Convention: "les peuples sont en avance sur leur gouvernement". Les choses ont-elles radicalement changé depuis 2003? Les leçons du temps ont certes porté leurs fruits et l'on peut espérer ne pas avoir à attendre aussi longtemps que pour la guerre du Vietnam où il a fallu attendre trente ans pour qu'un président américain reconnaisse que la Guerre au Vietnam a apporté son lot de leçons. Certes la situation italienne a changé profondément tout aussi profondément que la situation espagnole et qu'ensemble ils feront toute la différence, la situation française et allemande n'évoluant pas très sensiblement. Il n'y a donc que la situation anglaise qui perdure et pour s'enconvaincre il suffit de prendre connaissance de l'article publié par The Independant, "Blair snubbed by Europe's Middle East initiative" qui  ne cache pas la surprise de Downing Street qui , reconnaissons le, n'aurait pas dû être surpris. A la réunion des ministres des Affaires étrangère du 13 novembre, le ministre espagnol, Miguel Ange Moratinos, avait une nouvelle fois rappeler ses intentions. Dans le même temps,  les commentateurs reconnaissaient que le fossé entre la France et le Royaume-Uni s'est aggrandi et les résultats de la réunion des ministres européens de la défense en est un témoignage  supplémentaire.

 

 Pressentant les difficultés à venir, le Parlement européen, pour la première fois, "appelle le gouvernement des Etats-Unis à redéfinir leur rôle au sein du Quatuor et dans le conflit israélo-palestinien, afin de soutenir l'arrêt des violences et l'instauration d'un nouveau et véritable dialogue entre les parties". Par ailleurs se faisant l'écho de l'intervention du futur président du Parlement européen, Hans-Gert Poettering, la résolution "déplore le blocage, au Conseil de sécurité des Nations Unies, d'un projet de résolution sur la situation dans la bande de Gaza en raison du veto des Etats-Unis". Rappelons que lors du vote le Royaume-Uni et le Danemark se sont abstenus. "En l'absence de position ferme et claire de la communauté internationale(...) invite le Quartette à prendre d'urgence les dispositions nécessaires à la reprise des négociations". Pressentant également les difficultés à venir, José Luis Zapatero a indiqué en présentant le plan franco-italo-espagnole: "nous voulons mettre en oeuvre une initiative commune pour la situation au Moyen-Orient et la faire passer au niveau de l'Union européenne, avec l'Allemagne et la Grande-Bretagne de préférence", façon de dire que l'abstention de l'un de ces partenaires important, pour regrettable qu'elle soit, ne les découragerait pas de poursuivre leur action.

 

 Dans la présente résolution du Parlement européen, la seule audace que se soit permis le Parlement européen a été "d'inviter le Conseil à convoquer d'urgence le Conseil d'association UE-Israël afin de faire part de la position de l'Union européenne après les actions militaires israéliennes dans la bande de Gaza, notamment en ce qui concerne le respect intégral de l'article 2 de l'accord euro-méditerranéen établissant une association entre les Communautés européennes et leurs Etats membre, d'une part, et l'Etat d'Israël, d'autre part". ("Les relations entre les parties, de même que toutes les dispositions du présent accord, se fondent sur les respect des droits de l'homme et des principes démocratiques qui inspirent leurs politiques internes et internationales, et qui constitue un élément essentiel du présent accord" Journal officiel n° 147 du 21-9-2000 (FR) (EN) . En d'autre temps, le Parlement européen avait invité le Conseil à une suspension, à un gel de l'accord avec Israël.

 

"Devant la tournure inquiétante des évènements, nous avons décidé de ne pas rester inerte" (Jacques Chirac, José Luis Zapatero)

 

Cette prise de position, exceptionnelle et pour certains aspects inédits, du Parlement européen et du Conseil des ministres de affaires étrangères cadre parfaitement avec l'initiative de l'Espagne, de la France et de l'Italie, toutes les trois unies pour la paix. C'est aussi le sentiment de la Commission dont le porte-parole sollicité de commenter cette initiative a déclaré que tout cela cadre bien.

 

L'initiative a été annoncée au 19e sommet franco-espagnol réuni dans la ville catalane de Gerone. Le promoteur du projet d'Alliance des civilisations entre Occident et Islam, José Luis Zapatero a présenté l'initiative en ces termes: "nous ne pouvons rester impassibles face aux horreurs qui continuent à se dérouler sous nos yeux".Il a énuméré devant la presse les étapes successives que devrait franchir la nouvelle initiative de paix: cessation immédiate des violences, formation d'un gouvenement palestinien d'unité nationale, échange de prisonniers, rencontre entre le premier ministre israélien Ehud Olmert et le président palestinien Abou Mazem, mission d'observation internationale à Gaza et enfin "à moyen terme " conférence internationale de la paix.

 

Est-il nécessaire de souligner que l'enchaînement des différentes séquences correspond totalement à celles déclinées dans la résolution du Parlement européen ?

 

Est-il nécessaire de souligner également combien cette initiative se situe dans le droit fil du projet "Alliance des civilisations"? José Luis Zapatero d'ajouter: " la paix entre Israël et la Palestine signifierait la paix sur presque l'ensemble de la scène internationale".

 

"Nous saluons l'idée d'organiser une conférence de paix internationale sur le Proche-Orient, sutout que la Feuille de route prévoit la tenue d'une telle conférence" a déclaré le prote-parole de la présidence de l'Autorité palestinienne, Nabil Abou Roudeina, cité par l'Agence France Presse. Du côté israélien, l'initiative est rejetée en bloc: "M. Zapatero parle d'une cessation des violences. La belle idée. C'est exactement comme dire que pour arrêter la guerre, il faut faire la paix. C'est du niveau du café du commerce" s'est exclamé , sous couvert de l'anonymat, un haut responsable du ministère israélien des Affaires étrangères, cité lui aussi par l'Agence France Presse. L'idée même d'une conférence internationale avait déjà été rejetée par le premier ministre israélien , il y a peu de jours lors de son voyage aux Etats-Unis. C'est donc avec force qu'Israël a rejeté l'initiative:"Israël préfére des discussions directes avec les Palestiniens et non par le biais de médiateurs et il rejette toute proposition de réunion de conférence internationale". Quant à la ministre des affaires étrangères, Tzipi Livni, le ministre espagnom, Angel Miguel Moratinos, pour lui faire part de son mécontentement et d'avoir été mise en face d'une proposition lancée sans aucune coordination préalable avec les autorités israéliennes. A Washington l'initiative est passée inaperçue, le porte-parole du département d'Etat déclarant qu'il avait entendu parler de l'annonce du plan, mais qu'il n'avait pas vu de nouvelle proposition de la part l'Union européenne...manière de laisser entendre qu'elle ne verrait pas le jour en raison de ses divisions.

 

L'Italie, la france, l'Espagne sont, dans l'ordre, les principaux piliers de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban sud (FINUL) déployée à la fin de l'été dernier. Cette contribution militaire à la paix dans la région, saluée par le Parlemnt européen lors d'un précédent débat (cf.numéro 20 de Néa say) est considéreées dans les capitales européennes, notamment à Madrid, comme une base à partir de laquelle il faudrait élargir l'influence politique de l'Europe au Proche-Orient. Une ambition que complique aux yeux d'Israël, et par voie de conséquences aux yeux des Etats-Unis, les sympathies pro-arabes et pro-palestiniennes de l'axe Madrid-Paris-Rome. Ajoutons que sans parler de sympathie, c'est aussi l'axe de la stratégie retenue par le Parlement européen.

 

L'Espagne plaide déjà depuis plusieurs semaines, sinon plusieurs mois, en faveur de l'organisation d'une nouvelle conférence internationale de paix, Washington avait initialement froidement réagi à l'offre espagnole. Mais la récente victoire des démocrates a sans doute modifié la perception des choses de la part du président Bush . En est-on certain ne vient-il pas d'infliger une nouvelle et ultime rebuffade à Tony Blair qui lui proposait une approche globalisante, celle précisément proposé par l'Alliance des civilisations.

 

Est-il nécessaire enfin, de souligner que l'Asemblée générale des Nations-Unies a condamné à son tour, une fois de plus, la situation à Gaza et les morts de beit Hanoun. Le communiqué est explicite à cet égard. A son tour également, le Conseil des droits de l'homme s'est penché sur la situation dans les territoires palestiniens en faisant l'essentiel de ses travaux au point de se voir reprocher par Kofi Annan de ne s'intéresser qu'à la situation palestinienne et d'oublier le Darfour...Le Conseil des droits de l'homme a pépeché une mission à haut niveau pour inspecter l'état de la situation.