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Discrimination à l'embauche: on est vieux de plus en plus jeunes

pdf mise en ligne :14 12 2006 ( NEA say… n° 23 )

COOPERATION JUDICIAIRE PENALE > Lutte contre la violence envers les femmes

Face aux défis démographiques, l'action de l'Union européenne doit être globale.

La presse française (Libération, le Monde, le Figaro, notamment ) viennent de se faire l'écho de la gravité d'un phénomène qui n'est pas nouveau: la discrimination à l'embauche des personnes âgées ou supposées telles. Le phénomène s'aggrave: on est vieux de plus en plus jeune...et mieux vaut s'appeler Mohammed qu'avoir 45 ans, encore que l'origine est la deuxième cause de discrimination à l'embauche. Le fait d'être femme, autre cause importante de discrimination, se situe plus loin dans le classement. C'est ce que vient de révéler une étude bien conduite. Elle a été menée par la société d'interim ADIA avec Jean-François Amadieu, directeur de l'Observatoire des discriminations (Université Paris I). Ce premier baromètre national en France montre clairement qu'avoir 48-50 ans, porter un patronyme maghrébin, avoir un handicap, être une femme avec des enfants ou encore souffrir d'une apprence disgracieuse sont, dans l'ordre, les principaux facteurs de discriminations. Toutes ces discriminations sont condamnables et condamnées par la loi. La plus grave, sans doute, concerne la discrimination par l'âge, car elle représente un vrais gâchis de compétences acquises, déséquilibre gravement la vie économique et sociale, menace les finances publiques. Il ne suffit plus de s'attaquer à des préjugés, il faut s'attaquer à une forme de paresse de l'esprit, à une véritable inertie mentale, inadmissible et dommageable.Elle devient scandaleuse lorsque l'on constate que l'on est de plus en plus jeune pour être considéré comme trop vieux pour l'emploi. L'étude montre aussi que ces discriminations à l'embauche se sont aggravées par rapport à une étude de 2004, sauf en ce qui concerne le handicap.

Faut-il rappeler les objectifs de Lisbonne en matière d'emploi d'ici 2010? Un taux d'emploi global de 70%, avec un taux de 60% pour les femmes et 50% pour les travailleurs de plus de 55 ans. Or en 2004, l'Union européenne affichait des taux moyens respectivement de 64%, 56%, et 43%. Il est clair qu'il reste du chemin à parcourir. Pourtant ces objectifs ne sont pas trop ambitieux. Plusieurs Etats membres les ont dépassés.

EUROSTAT (l'Office européen des statistiques) vient de publier un rapport sur l'emploi des seniors. Le taux d'emploi a certes augmenté, plus encore pour les femmes (+6,8  points pour les femmes et +4,9 pour les hommes). Au regard de l'emploi, la population âgée de 55 à 64 ans est hétérogène; les évolutions sont influencées par les évolutions démographiques d'ensemble. L'accroissement des taux d'emploi entre 55 et 64 ans se concentre davantage dans le groupe le plus âgé pour les hommes et dans le groupe le plus jeune pour les femmes. Il y a de grandes différences du taux d'emploi des seniors en fonction du niveau d'éducation. 30% des hommes occupés âgés de 55 à 64 ans ont une profession hautement qualifiée. Le travail à temps partiel est plus courant dans le groupe d'âge des 55-64 ans que dans celui des 30-49 ans. Davantage de travailleurs indépendants se trouvent dans le groupe d'âge des 55-64 ans que dans celui des 30-49 ans.

La Commission européenne a fait remarquer que l'action de Etats membres doit être conjointe car l'Union européenne est avant tout synonyme d'un destin commun. L'action de l'Union doit aussi être globale car le changement démographique affecte divers aspects de la vie économique et sociale. Ensuite, l'action de l'Union européenne doit être durable car les citoyens européens ne modifieront leurs comportements ancrés profondément dans leur choix de vie que s'ils sont assurés de la perennité des politiques menées. Enfin, l'action de l'Union européenne doit être adaptée à chaque pays, à ses réalités et à ses habitudes. Comme dans de nombreux domaines, la compétence première revient aux Etats membres avec leurs particularités et il ne peut y avoir de "taille unique" ou de "modèle unique". La Commission se propose de jouer un rôle de facilitateur dans ce domaine à travers, notamment, le forum démographique qui doit se réunir tous les deux ans et dont le premier s'est tenu les 30 et 31 octobre derniers. 

Le commissaire Spidla, en charge de l'Emploi, des Affaires sociales et de l'Egalité des chances, a bien résumé l'enjeu dans un discours prononcé le 23 novembre dernier devant "Friends of Europe" (Conference on Demographic Challenge Jobs, Pensions and Social Policies) : "En définitive, je crois qu'il faut à tout prix que les citoyens européens aient conscience des enjeux démographiques et des réformes qu'ils requièrent, non pas pour bouleverser nos sociétés mais, au contraire, pour en préserver l'essence et les valeurs. Les citoyens européens doivent aussi être en mesure de ne pas subir le changement mais d'en être les acteurs et de garder la confiance en l'avenir".