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L’audition au Parlement européen de Tibor Navrascics ? D’abord un rappel biblique au nouveau commissaire hongrois : tu ne peux, selon l’évangéliste Matthieu, servir deux maîtres, Dieu et Mamon (l’argent). Un rappel du Parlement européen : tu ne peux servir Viktor Orban et l’Europe….Et maintenant ?

pdf mise en ligne :26 10 2014 ( NEA say… n° 151 )

ASILE > Eurodac

La culture européenne va avoir une représentation bien étrange, le visage de Tibor Navrascics, un proche du très contesté Viktor Orban. Après 21 auditions, Quatre commissaires désignés en rattrapage écrits et/ou oraux : ils n’ont pas réussi à convaincre totalement les députés européens. Parmi eux Tibor Navracsics. Martin Schulz, le président du Parlement européen a transmis dans un courrier le 3 octobre à Jean-Claude Juncker la liste des commissaires n’ayant pas réussi à convaincre les parlementaires européens lors de leur grand oral. Ils ont eu jusqu’au 5 octobre 21h pour répondre aux commissions, afin que ces dernières puissent « poursuivre leur évaluation en début de semaine »a précisé Martin Schulz.

 Malgré cette session de rattrapage, le commissaire n’avait  toujours pas convaincu de la  sincérité de son mea culpa, « la liberté et le pluralisme des médias sont d’une importance clé pour la société démocratique. Je regrette que parfois par le passé le gouvernement hongrois, auquel je n’appartiens plus, n’ai pas donné assez d’importance à cet aspect si important », a concédé le commissaire, alors commissaire désigné, dans sa réponse écrite, prenant ainsi ses distances avec son gouvernement. Certains députés en ont pris acte, d’autres comme Guy Verhofsdat, Sophie In’t Veld (« pas crédible, a-t-elle tranché), plus déterminé encore Jean-Marie Cavada ont mené la bataille jusqu’au vote final du 22 octobre. Le PPE n’a pu le sauver complètement. Les voix des socialistes du S&D et des libéraux de l’ADLE se sont additionnées : le hongrois sera commissaire mais il perdra symboliquement le portefeuille de la citoyenneté européenne, et recevra en « compensation » le sport, mais conservera l’éducation et la culture … et la jeunesse.

 

Je suis un européen engagé, n’a-t-il cessé de répéter, mais cela n’a pas suffi et les critiques ont fusé, répétitives, mais provenant de tous les bancs du Parlement européen. Il s’y attendait après tant d’années de bras de fer avec la quasi-totalité des institutions européennes, Conseil de l’Europe compris. Dans son discours d’ouverture, il a d’emblée affirmé son attachement à l’intégration européenne : « être européen c’est être un commissaire engagé, être commissaire, cela veut dire représenter l’intérêt européen et rien d’autre, c’est servir le citoyen européen » a-t-il assuré répondant ainsi, du moins on peut l’espérer, à Viktor Orban qui venait de lui rappeler qu’il représentait la Hongrie. Il a souligné sa volonté de défendre la dignité humaine, la démocratie, l’égalité, l’Etat de droit et les droits de l’homme : « nous sommes unis par les mêmes valeurs. Les députés de gauche (et pas uniquement eux) ne l’ont pas épargné sur son passé en tant qu’ancien ministre de la Justice sous le gouvernement Orban. Il compte revaloriser la citoyenneté européenne, améliorer la participation des jeunes à la vie politique et sociale en Europe. En matière de sport il luttera contre la violence, le dopage, les matchs truqués. Il contribuera à la première semaine du sport qui se tiendra en 2015. Il défendra le multilinguisme : il s’attachera à promouvoir et défendre toutes les langues et en premier lieu les langues minoritaires et régionales (interventions de Liad Ni Riada , Gue irlandaise, Soledad Cabezon Ruiz socialiste espagnole, Jill Evans, verte/Ale britannique). Il s’impliquera dans la défense de toutes ces langues protégées par la Charte européenne des langues régionales et minoritaires.

 

Ce sont de belles paroles, peut-on les croire ? Avons-nous un commissaire à la citoyenneté respectable ?Autant de questions qui sont revenues régulièrement tout au long de l’audition avec des interventions très dures qui rappelaient les lois hongroises liberticides qu’il a lui-même défendues en tant que ministre de la Justice. «  Je soutiens très fermement l’idée de la pluralité et de la liberté d’expression et la liberté de médias » a réaffirmé vigoureusement et à plusieurs reprise le commissaire désigné hongrois, insistant sur son rôle de médiateur dans les conflits multiples qui a opposé ces dernières années le gouvernement Orban à l’Union européenne. Ses réponse n’on pas convaincu : « comment pensez-vous être crédible ? a demandé Jean-Marie Cavada, ADLE français et ancien président de la Commission LIBE. » «  Je ne suis pas convaincue, vous n’avez pas donné de réponse concise sur la garantie des droits des citoyens » a regretté et déploré Margrete Auken (Verts/ALE danoise). Je ne vous accorde pas le bénéfice du doute, car M. Orban ne respecte pas la démocratie » a surenchéri un député (GUE Italien) et  Fernando Maura Barandiara (ADLE espagnol) en a fait de même. Faisant allusion à la suppression du statut fiscal des ONG de gauche, le député Curzio Maltese a alerté que la société civile était menacée en Hongrie, Tibor Navracsis a tenté une défense « j’ai personnellement de bonnes relations avec les ONG. Vous ne trouverez pas d’information sur un conflit durant mon mandat (…) je veux coopérer avec les ONG ». Seul le député PPE Hongrois, membre du Fidesz, Andra Gyürk  a esquissé une défense peu convaincante : « beaucoup de choses erronées ont été dites. »

 

Les réserves exprimées à l’encontre du Hongrois Tibor Navracsics ont été quasi unanimes. L’ancien ministre de la Justice de Viktor Orban s’est vu reprocher lors de son audition sa proximité avec le président hongrois, dont la politique liberticide est largement dénoncée.

« Jean-Claude Juncker est très embarrassé par ce cas » affirme Jean-Marie Cavada. L’eurodéputé affirme pour sa part qu’il « ne travaillera pas avec ce commissaire » dont la candidature lui semble inacceptable ». Dans les questions écrites envoyées au commissaire, les eurodéputés ont insisté sur le positionnement du candidat par rapport à la politique menée dans son pays. « Pouvez-vous expliquer en détail comment la loi sur les médias hongrois ne menace pas la liberté de la presse, mais au contraire, correspond totalement aux valeurs européennes », interrogent les élus européens. « Êtes-vous prêt à officiellement et publiquement à déclarer que, dans leur version originale (que vous avez inspirée), la réforme hongroise des médias et celle du système judiciaire ne respectaient pas la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ? » ont-ils poursuivi, rappelant le rôle joué par l’ancien ministre de la Justice dans ces réformes.

 

Enfin, les eurodéputés ont demandé au candidat « s’il était prêt a condamner officiellement et publiquement ces réformes, ainsi qu’à prendre ses distances avec son parti politique le Fidesz, le gouvernement hongrois et son premier ministre Victor Orban ».C’est là tout le nœud du problème, certes à la différence des autres commissaires désignés il a reçu seulement 6 questions, mais certaines d’entre elles portaient sur des sujets fondamentaux : la loi hongroise sur les médias et ses interférences possibles avec les médias. La recherche d’une solution va bien au-delà de sa personne : c’est tout le système hongrois qui est en cause.

 

C’est donc assez naturellement que  la commission Culture et éducation du Parlement européen s’est opposée par 14 voix contre 12 et 1 abstention, à ce que le poste de commissaire à l’Éducation, la Culture, la Jeunesse et la Citoyenneté lui revienne. "Lors de son audition, Tibor Navracsics a annoncé prendre ses distances avec le gouvernement de Viktor Orban dont il faisait encore partie il y a quelques semaines. Mais cela n’a évidemment pas suffi à calmer nos inquiétudes quant à son passé sulfureux. Responsable d’une série de politiques clairement liberticides et dangereuses en Hongrie, sa nomination pour les politiques éducation, culture, jeunesse et citoyenneté illustre parfaitement un Collège des Commissaires qui n’est plus à un paradoxe près" a déclaré la délégation française Europe Ecologie au Parlement européen. Le vote des élus européens vient rappeler aujourd’hui que le Parlement représente le dernier garde-fou d’un système de nominations qui a montrée  ses mérites mais aussi ses limites.

 

Non seulement le système hongrois a bridé la liberté des juges, des ONG, de la Cour constitutionnelle il a mis au pas les institutions culturelles, refusant la diversité, limitant la liberté d’expression. Tous les députés auraient dû ressentir l’humiliation de voir un ultranationaliste désigné comme responsable de la culture européenne, réécrivant les livres d’école, donnant aux élèves une vision de l’histoire et une curieuse  une curieuse vision des pays voisins qui sont par ailleurs membres de l’UE. Le monde de la culture par la voix d’éminents représentants ont protesté, en vain. Il fallait bien donner la culture à quelqu’un, a-t-on tenté de minimiser. Les propos parfois très durs ont aussi été tenus par des députés, ainsi Jean-Marie Cavada, eux aussi sont restés sans suite : « Vous avez systématiquement bafoué les valeurs de l’Union européenne et la Charte européenne des droits fondamentaux, a lancé Jean-Marie Cavada, « je pense à Imre Kertesz et je suis triste que l’Europe en soit arrivé là ». Dans sa réponse le commissaire n’a pu que balbutier que lui aussi admirait le grand écrivain hongrois, survivant des camps de concentration et prix Nobel en 2002. Mais son pays « a fait ce qu’il a pu » et qu’en tout cas, il comptait personnellement respecter les valeurs fondatrices de l’Union.

 

Est-il possible de faire à Bruxelles le contraire de ce qui se fait à Budapest ? Manifestement mêmes les groupes politiques qui  ont accordé leur confiance ( à une faible majorité en commission) à la nouvelle Commission européenne, en doutent fortement. Une chape de silence s’est abattue sur le Parlement. La Parti populaire qui l’a soutenu, notamment les allemands ont soutenu que sa capacité de nuisance restera limitée, contrôlé de prés qu’il sera par un vice-président, quant aux sociaux démocrates du S&D ils ont fait valoir l’inanité d’un vote hostile, sans courir le risque qu’un candidat encore pire soit désigné par Viktor Orban. Le problème, en effet,  n’est pas la personne du commissaire, mais Viktor Orban.

 

Beaucoup de silence embarrassé sans doute sur les bancs du Parlement européen et cela au moment où l’administration américaine vient de prendre des sanctions contre plusieurs personnalités de l’entourage de   Viktor Orban, après avoir menacé, parfois lourdement, l’Union européenne semble avoir renoncé. L’évolution en Hongrie est qualifiée de « décevante ». "Les évolutions sont décevantes (...) et nous sommes inquiets en tant qu'alliés de voir à quelle vitesse ces évolutions s'enracinent", a déploré lors d'une conférence de presse à Budapest le chargé d'affaires André Goodfriend, plus haut diplomate américain en poste dans le pays.

 

Les remarques de M. Goodfriend interviennent une semaine après que Washington ait déclaré indésirables sur son territoire six hauts responsables hongrois, en raison de soupçons de corruption. Ceux-ci n'ont pas été nommés, mais plusieurs médias ont cité le nom du patron du fisc hongrois. Le diplomate américain a rappelé vendredi 24 octobre que la Hongrie avait été l'un des pays est-européens ayant réussi la transition démocratique la plus rapide après la chute du communisme en 1989. Mais il a évoqué "l'inquiétude" de l'Amérique devant "le changement de climat (politique), l'affaiblissement de l'Etat de droit, les attaques contre la société civile, le manque de transparence".

 

Le Premier ministre conservateur Viktor Orban, élu en 2010 et triomphalement reconduit aux législatives en avril, et qui vient de remporte un grand succès aux dernières élections municipales a suscité de nombreuses critiques  aux Etats-Unis pour ses réformes, jugées liberticides par ses détracteurs, de la justice et de la presse. Il revendique désormais clairement une ligne "illibérale", citant volontiers Moscou et Pékin en exemple, tandis que des ONG financées par des pays étrangers sont dans le collimateur de la justice hongroise. Les critiques répétées de la Hongrie, membre de l'UE et de l'Otan, contre les sanctions occidentales envers la Russie suscitent également la polémique. En septembre, le président américain Barack Obama avait cité le gouvernement de Budapest parmi ceux qui constituent "une menace contre la société civile".

 

 Pour ce qui est de la nouvelle Commission européenne, la messe est dite : le Parlement a approuvé le nouveau collège après des auditions controversées. Certes la Commission à ce stade semble avoir gagné en poids politique, surtout son président et moins le collège précisément en raison des ratés qui ont marqué certaines auditions et particulièrement celle de Navracsiscs. Le président Juncker a été désigné suite à un processus inédit en tant que candidat du parti arrivé en tête aux élections de mai. Sur ce plan on ne reviendra pas en arrière. Un surcroît de légitimité, un rééquilibrage du rapport de force avec le Conseil, une sorte de contrat le lie désormais au Parlement, un contrat sur un programme de travail pour toute la durée de la législature. Le collège a désormais une architecture originale : elle devra apporter les ses preuves de sa faisabilité et de son efficacité, à l’usage. Le Parlement un instant perplexe, voire opposé, semble s’y rallier. La tactique du président de nommer des commissaires à contre emploi n’a pas totalement convaincu et en ce qui concerne le commissaire hongrois, ce fut un fiasco, nous venons de le voir. « Sa grande coalition » lui donne une majorité confortable et marginalise les « populistes ». Encore trop souvent, mais ce n’est pas nouveau, les auditions ont viré à la « cuisine politique » entre PPE et S&D, l’audition de Navrascics en est un exemple. Véritable fiasco, ce fut un mauvais moment dans un ensemble plutôt réussi avec quelques réussites et bonnes surprises.L’épisode Navrascics est à oublier très vite. Peut-on imaginer une autre formule pour organiser les auditions, le délibéré et la prise de décision ? Nous disposons de cinq ans pour y réfléchir !

 

 

Pour en savoir plus :

 

      -. CV de Tibor Navracics http://www.elections2014.eu/resources/library/media/20140923RES67841/20140923RES67841.pdf

 

      -. Déclaration d’intérêts http://www.elections2014.eu/resources/library/media/20140923RES67842/20140923RES67842.pdf

 

      -.Rapport d’évaluation http://www.elections2014.eu/resources/library/media/20141021RES75588/20141021RES75588.pdf

 

      -. Compte rendu in extenso http://www.elections2014.eu/resources/library/media/20141022RES75842/20141022RES75842.pdf