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EDITORIAL

pdf mise en ligne :28 12 2006 ( NEA say… n° 24 )

ASILE > Elargissement

 Elargissement: le tournant de l'identité européenne!

Le tournant est incontestable, amorcé avec la communication de la Commission au Parlement européen et au Conseil du 8 novembre, poursuivi avec les résolutions du Parlement européen suite aux rapports Brok et Stubb, il s'est confirmé avec les conclusions du Conseil européen des 14 et 15 décembre. Certes, il reste des ambiguïtés permettant aux plus avancés, dans un sens ou un autre, de sauver la face. Surtout, demeurent ces ambiguïtés qui permettent de progresser et de ne pas se bloquer mutuellement. Ce sont ces fameuses "ambiguïtés créatrices" évoquées, une fois de plus, à la fin du dernier Conseil européen et tout particulièrement par un grand expert en la matière, Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois et le président de l'Eurogroupe.

 

Désormais le processus d’élargissement sera mené avec plus de prudence, de circonspection, de retenue.

 

Il était temps ! le dernier Eurobaromètre, rendu public le 19 décembre,  ne vient-il pas de confirmer une désaffection ou une lassitude de l’opinion publique : l’érosion est quasi générale et la chute est brutale dans un pays que l’on croyait à la pointe de l’élargissement, le Royaume-Uni. Les populations ne sont pas nécessairement hostiles, mais très certainement déroutées. Elles n’ont pas suffisamment débattu, ensemble, et c'est à juste titre que le triangle institutionnel (Parlement, Commission, Conseil) vient d’insister, à l’unisson, sur la valeur hautement stratégique d'une bonne communication en matière d'élargissement

 

Les hésitations vis-à-vis de l’élargissement sont de même nature que celles vis-à-vis du processus constitutionnel. Le débat de l’élargissement versus l’approfondissement  devient largement rhétorique, débat dont il convient de rappeler qu’il est ancien puisqu’il date du départ du  général de Gaulle (1969), date à laquelle la candidature britannique redevenant d’actualité, le premier ministre français d’alors, Jacques Chaban-Delmas, a posé dans les mêmes termes la problématique : élargissement peut-être, mais pas sans approfondissement.

 

Comment expliquer la persistance d'un phénomène ancien? Les questions, quasi existentielles, posées alors n'ont pas reçu l'esquisse d'une réponses: toutes furent ajournées, éludées. Ces grandes questions, --il ne faut pas hésiter à les répéter- portent sur :

- le modèle de société que nous entendons construire, le degré de solidarité qui doit nous lier, entre nous, mais aussi vis-à-vis du monde ;

-le degré d’indépendance politique de l’Europe dans le monde, notamment face aux Etats-Unis, mais aussi face aux puissances émergentes, Chine, Inde, Brésil, Indonésie… ;

-le partage de nos souverainetés, partage qui doit être équitable, mais aussi être efficace.

 

D’autres résumeront plus brutalement: une Union plus étendue, comment fonctionnera-t-elle ? avec quel soutien populaire ? avec quelles institutions ? avec quel budget ?

 

D’autres encore, plus avisés, ont mis les bornes à tout élargissement: elles ne sont pas d’ordre géographique et ne concernent pas, en première instance, les frontières matérielles de l'Europe. L’Union européenne a quatre missions fondamentales et tout élargissement doit les préserver:

 

- être capable de préserver et de promouvoir la croissance économique, la cohésion et la stabilité en son sein ;

 

- être capable d’agir dans le monde -le président Barroso, comme nous le rapportions dans notre dernier numéro, ne vient-il pas de proclamer : "l’Europe, une idée neuve pour le monde !"

 

-être capable d'apporter la stabilisation à son voisinage, il est significatif que pour la première fois une relation dialectique vient d’être établie entre l’élargissement et la politique de voisinage rénovée, dont la Commission vient de présenter un premier bilan;

 

- être capable d'apporter une réponse positive à la mondialisation, dont elle est partie prenante et il serait hautement dommageable pour elle qu'elle s'en tienne à l'écart. La mondialisation n'est pas une injonction à se soumettre à un quelconque modèle, mais elle est une obligation à nous interroger sur nous-mêmes.

 

NEA say...,  dans les précédents numéros, a consacré une surface rédactionnelle importante à "l’élargissement ". Dans le prochain numéro, il sera question des travaux les plus récents du Parlement européen et du Conseil européen. Nos lecteurs peuvent se reporter avec le plus grand profit aux "Dernières Notes de la Fondation Robert Schuman": "Le Partenariat Privilégié, Alternative à l’Adhésion", petit livre d’une grande clarté et d’une grande concision, petit par la taille, mais grand par la pertinence et l’acuité des propos. Un livre tonique ! Que les auteurs en soient remerciés: Carlo Altomonte, Pierre Defraigne, Lucas Delattre, Karl-Theodor Freiherr zu Guttenberg, Sylvie Goulard, Rudolf Scharping.