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La menace virtuelle du crime organisé et son avenir: un rapport de Europol et les stratégies à adopter.

pdf mise en ligne :24 03 2015 ( NEA say… n° 155 )

COOPERATION JUDICIAIRE CIVILE > Programme de La Haye

“Organised crime is dynamic and adaptable  and law enforcement authorities across the EU are challenged  to keep peace with the changing nature of this substantial and significant threat.” (Rob Wainwright, Directeur de Europol)

L’art. 2 de la Convention des Nations Unies contre la criminalité

transnationale organisée énonce au premier paragraphe “l’expression

“groupe criminel organisé” désigne un groupe structuré de trois

personnes ou plus existant depuis un certain temps et agissant de

concert dans le but de commettre une ou plusieurs infractions graves

ou infractions établies conformément à la présente Convention, pour en

tirer, directement ou indirectement, un avantage financier ou un autre

avantage matériel”. Le scénario socio-économique de nos sociétés est

en train de changer au vu d’un monde de plus en plus interconnecté.

Les cybercriminels sont en train d’agir comme parties d’une communauté

virtuelle, très fragmentée et extrêmement dynamique. Ils travaillent

toujours en freelance, pas comme éléments d’un groupe ou d’un réseau

criminel, mais comme des entrepreneurs individuels.

 

    Les actions cybercriminelles ont une incidence préjudiciable et

réelle sur les organismes du secteur public, les entreprises et les

citoyens européens. Considérer ce danger dans une perspective plus

vaste, c’est essentiel pour mieux comprendre les risques d’une menace

qui croît de jour en jour, en particulier pour déterminer

l’intervention appropriée.

 

Eurobaromètre: quelques données.

 

    L’étude d’opinion publiée le 16 février 2015 vient de révéler le

sondage sur la cybersécurité dans les 28 Pays de l’UE, puisque

l’échelle du cybercrime devient une menace pour les capacités de

réponse des actions de répression européennes.

 

Bien que les ordinateurs restent les outils, les plus utilisés pour

accéder à internet, on constate que l’emploi des smartphones et des

tablettes s’est accru considérablement depuis le dernier sondage de

2013. Cependant il y a une grande différence entre les pays européens.

Pour illustrer ce qui vient d’être dit, les personnes sondées en

Suisse, Hollande et Danemark font un usage plus grand d’internet

(87%), mais elles sont aussi plus informées par rapport aux risques du

cybercrime et, par conséquent, elles sont plus susceptibles de prendre

des mesures de sécurité. Par contre, il a été montré que des pays

comme la Roumanie, la Grèce, la Bulgarie et le Portugal connaissent

une baisse de l’emploi d’internet (54% - 60%), en plus l’information

sur les risques est faible.

 

En présence de ces données, il a été constaté que seulement la moitié

des internautes européens (47%)  est bien informée des risques du

cybercrime, par contre 10% sont très bien informés et  37% assez bien

informés. Par rapport au sondage de 2013, il y a eu une légère

augmentation de l’information à cause de l’accroissement du niveau de

de conscience des internautes d’être victimes de fraudes bancaires (63%),

piraterie des comptes (60%), fraudes en ligne (52%) et de trouver des

contenus qui promeuvent la haine raciale et l’extrémisme religieux

(46%).

 

L’avenir du cadre criminel: les changements dans le scénario européen.

 

    Le 2 mars 2015 l’organisme de lutte contre la criminalité de l’UE,

Europol, a publié un rapport sur les risques des infractions

virtuelles criminelles dans l’avenir, en soulignant que les

changements dans nos sociétés vont ouvrir de nouveaux canaux pour le

crime organisé.

 

En présence de ce cadre, les criminels apprennent à exploiter les

nouvelles technologies, en engendrant un modus operandi qui mettra à

rude épreuve les autorités de répression européennes pour développer

des nouvelles mesures d’investigation et freiner la menace du crime

organisé.

 

Dans le royaume de la cybercriminalité est en train de naître un

marché criminel dynamique, lequel va s’étendre sur les domaines qui

appartiennent maintenant à la criminalité traditionnelle, c’est-à-dire

le trafic des stupéfiants, la facilitation de l’immigration illégale,

le blanchissement d’argent, l’exploitation des enfants et du sexe, en

plus de la violation de la propriété intellectuelle, les vols

d’identité et les fraudes diffusées sur internet.

 

Les cybercriminels sont des criminels entrepreneurs, lesquels

élaborent des projets de base dans le cadre d’une criminalité

considérée comme un service en ligne (crime-as-a-service business

model). À ce propos, les infrastructures digitales leur garantissent

l’anonymat et une relative sécurité, afin que le commerce illicite des

produits et l’échange d’argent puissent augmenter dans le royaume

virtuel où les interactions face-to-face, donc la probabilité d’être

démasqués, est presque nulle.

 

Dans ce cadre criminel, la monnaie virtuelle est un moyen qui

permettra un échange anonyme plus facile et une utilisation croissante

de ressources financières sans un haut et coûteux blanchiment de

monnaie. Il sera plus facile pour les nouveaux cybercriminels

d’impliquer une grande majorité de clients européens pour développer

et renforcer leurs activités.

 

Ce marché criminel diversifié, mondial et dynamique rendra plus

compliqué les actions de sécurité puisque les cybercriminels vont

diversifier leurs activités et leurs compétences. Les tendances criminels

vont améliorer leurs objectifs, complexité,  nombres et genres

d’attaques, de victimes et dommages.

 

·      Transport et logistique: plusieurs mobilités.

 

 La croissance du commerce mondial et la demande croissante d’une

mobilité plus efficace par la population, vont rendre nécessaire de

renouveler les infrastructures de transport et de développer de

nouvelles routes et nouveaux hubs mondiaux. Il y aura une liaison

entre la naissance de nouvelles infrastructures et le monde

digitalisé. Beaucoup d’argent sera investi sur l’innovation des

infrastructures digitales pour assurer une efficacité des transports.

 

Cependant l’emploi des Big data et des services cloud-based seront une

cible significative pour les cybercriminels, puisque ils pourront les

attaquer à travers la piraterie informatique et les infiltrations à

l’intérieur des secteurs de transport. Plus il y aura de mobilité,

plus la criminalité sera fragmentée, rapide et répandue.

 

·      L’exposition des données sur internet.

 

La cristallisation de l’augmentation des informations sur internet,

facilitée par l’utilisation des dispositifs sans fil, va diffuser une

grande quantité, mais aussi en qualité, de données. Les détails

biographiques, personnels, biométriques, mais aussi la diffusion des

comptes bancaires non seulement individuels, seront toujours plus

exposés, et apporteront beaucoup d’opportunités aux cybercriminels.

Plus de données seront diffusées sur le réseau informatique, plus les

cybercriminels obtiendront les informations pour propager le commerce

illicite.

 

·      La prochaine génération de la technologie: les nanotechnologies

et la robotique

 

La nanotechnologie et la robotique seront les nouvelles grandes

révolutions de la technologie. La première permettra de structurer la

matière comme si on assemblait des blocs de construction; la robotique

participera à améliorer la productivité et la sécurité. Il y aura une

réduction du prix de la manufacture, qui deviendra une production de

masse qui aura des conséquences importantes  sur la société européenne.

L’accessibilité aux nanotechnologies pourra fournir aux cybercriminels

l’opportunité d’altérer ou développer des substances psychoactives et

ainsi qu’un marché pour obtenir drogues et produits contrefaits. Par

contre, les nanotechnologies constitueront un terrain fertile pour que

la criminalistique (science criminelle) accède aux instruments

scientifiques.

 

 ·      E-waste

 La production de déchets d'équipements électriques et électroniques

en Europe a augmenté dramatiquement dans les 50 dernières années. Les

statistiques ont analysé environ 48,9 millions de déchets en 2012 et il

est prévu une augmentation de 65, 4 à 93,5 million en 2017. Ces

sous-produits menacent d’émerger comme des outils principaux dans

l’avenir criminel. La prolifération de ces déchets permettra le

commerce, le troc et le trafic à l’échelle mondiale de métaux précieux

(or; argent; nickel; palladium), de la même manière que la drogue et

les armes et les produits contrefaits.

 

    La prospérité en baisse et les disparités socio-économiques dans  l’UE

 

Les difficultés économiques ont été toujours un terrain fertile pour

le crime organisé. L’absence de sources économiques alternatives et le

pouvoir d’achat en baisse, rapprochent certains citoyens du crime

organisé. Le marché de la drogue changera puisque les bas prix

conduiront à la prolifération des nouvelles substances psychoactives.

De la même façon il y aura une grande demande de produits contrefaits,

par conséquent une augmentation du travail illégal.

 

Les problèmes de nos économies vont apporter aux organisations

criminelles de nouveaux moyens de recrutement et aussi contribuer à

rendre  socialement acceptable un environnement qui promeut la

corruption.

 

·      La monnaie virtuelle au coeur de la cybercriminalité

 

La naissance de la monnaie virtuelle est un sujet de débat

intéressant. Ce nouveau moyen d’achat est né dans le but de réaliser

des achats en ligne sans laisser de trace des coordonnées bancaires.

Mais dans le même temps la monnaie virtuelle a présenté des avantages

pour la cybercriminalité,  en facilitant les échanges de fonds parmi

les acteurs criminels et aussi  en jouant un rôle fondateur pour le

marché noir en ligne en raison de ses caractéristiques qui

garantissent l’anonymat, la sécurité et la flexibilité dans les

affaires criminelles.

 

 “Collaboration for bringing about a safer world needs to go beyond

traditional frameworks that bind law enforcement and international

police cooperation” (Glyn Lewis, directeur de l'unité ‘criminalité

spécialisée et analyse’ de l’Interpol).

 

     La globalisation de la cybercriminalité a ouvert un large débat

sur la question de la cyber-sécurité entre les décideurs européens,

les agences de répression et les chercheurs. Dans l’optique de

garantir la sécurité informatique et freiner la menace globale qui

nous entoure, il faut que les actions d’ordre et de répression

européennes, mais en général internationales, développent les

solutions les plus efficaces. Dimitris Avramopoulous, commissaire

 à la Migration et aux Affaires intérieures, a affirmé

“maintenant plus que jamais il faut d’urgence s’occuper du crime

organisé. Pendant que l’économie licite est en train de souffrir,

l’économie illicite va devenir plus forte”.

 

L’émergence de “Internet of everything” et l’augmentation des Big data

mettrons à rudes épreuves les actions d’investigation, de surveillance

et d’identification des suspects. À ce sujet Jörg Ziercke a affirmé:

“Le but c’est de recruter du personnel qualifié, en particulier dans

les domaines qui demandent une compétence technique pour répondre

rapidement aux changements technologiques  et rapides du crime”. Il

faudra, donc, que les actions d’ordre développent plus de solutions

techniques, en recrutant beaucoup d’experts super compétents, et

qu’ils investissent plus de ressources financières.

 

Une des tendances d’internet est de surfer dans un environnement très

complexe avec plusieurs parties prenantes, dans lequel les entreprises

privées gouvernent plus que les autorités étatiques. Le cybercrime est

maintenant très combattu par le privé,  c’est la raison pour laquelle

il faudra que les actions de police, de contrôle et de répression soient engagées avec le secteur

privé.

 

Les récentes attaques terroristes sur internet, grâce à la présumée

évolution de l’équipe de hackers qui entoure l’État islamique,

représentent les attaques les plus significatives au regard du

cyber-jihad. Les groupes extrémistes du Moyen-Orient se sont avérés

être plus que de simples spécialistes des réseaux sociaux, mais

beaucoup sont des hackers professionnels. Le danger qui entoure nos sociétés est en train de se développer dans deux directions. D’un côté il y a l’État islamique qui est en train

d’augmenter sa popularité et sa force dans le cyberespace. De l’autre

côté les activités criminelles en ligne vont devenir plus complexes

mais aussi interconnectées, en risquant d’incorporer aussi la

radicalisation des groupes extrémistes.

 

Les technologies sont une arme pour le cybercrime, qui impliquent non

seulement des dommages physiques mais aussi et surtout psychologiques.

 

Annalisa Salvati

 

 

 

Pour en savoir plus:

 

 

 

-       EUROPOL report “Massive changes in the criminal landscape:

Exploring tomorrow’s organised crime”, 2 march 2015-03-20 https://www.europol.europa.eu/content/massive-changes-criminal-landscape

 

-       Eurobarometer report on the cyber-security, 15 february 2015

http://ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_423_en.pdf

 

-       Une interview télévisée aborde ce sujet en détails:

“Cyber-crime, cyber-criminologie: l’horizon des menaces.”

https://www.youtube.com/watch?v=GpOUfUNuU84