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A quelques heures de l’ouverture du sommet européen extraordinaire à Bruxelles, Amnesty International fait un bilan provisoire. Il faudra attendre le 13 mai, date à laquelle la Commission fera ses propositions d’ensemble, le paquet immigration-asile. Mais c’est d’une grande coopération internationale dont nous avons besoin ! La santé la grande oubliée. Impatience de connaître la suite.

pdf mise en ligne :22 04 2015 ( NEA say… n° 156 )

COOPERATION JUDICIAIRE PENALE > Lutte contre la criminalité

Une occasion pour faire l’Etat des lieux. Le plan en dix points de la Commission (cf. article de Fioranza Pandolfo) présenté à Luxembourg à l’occasion d’un Conseil jumbo réunissant les ministres des affaires extérieures et les ministres de l’intérieur, a été bien accueilli dans un premier temps, y compris par Amnesty International, même si le plan en dix points reste silencieux sur la réforme de la convention de Dublin, malgré les déclarations du membre responsable de la Commission européenne, Dimitris Avramopoulos. Le plan prévoit notamment doublement des moyens pour la mission de surveillance maritime Triton qui pourra patrouiller dans une zone plus large et devra participer aux secours.

 On peut percevoir un climat nouveau : enfin il se passe ( il va se passer )quelque chose de nouveau. Face à cet hécatombe en Méditerranée: Amnesty réclame une opération humanitaire internationale, dans un rapport dénonçant les "naufrages de la honte", publié mercredi 22 avril : "nous espérons qu'enfin l'Union européenne prenne la mesure de sa responsabilité", a déclaré mercredi  22 avril, Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty international France.

 "M. Hollande, ne laissez plus mourir les migrants aux frontières de l'Europe", a exhorté Amnesty, aux côtés de treize autres organisations (Human Rights Watch, Médecins du monde, CCFD-Terre Solidaire...) dans un appel publié dans le quotidien le Monde. Elles implorent l'UE de "mettre en place des opérations de sauvetage dotées de moyens matériels et humains appropriés" et d’ouvrir des accès sûrs et légaux au territoire européen pour les personnes qui fuient la guerre, les massacres et la répression".

A Paris, Amnesty a rendu hommage aux migrants morts en tentant de rejoindre l'Europe, en jetant des roses jaunes dans la Seine. Parallèlement, d'autres militants ont disposé des centaines de sacs destinés à recueillir des dépouilles sur la plage de Brighton, en Grande-Bretagne, pays où l'ONG a son siège.

 Mme Garrigos espère que "sauver la vie des gens devienne une priorité par rapport au contrôle des frontières". L'ONG dénonce notamment les conséquences dramatiques de la fin de Mare Nostrum. L'opération italienne de sauvetage des migrants lancée en 2013 à la suite des tragédies autour de l'île de Lampedusa a été abandonnée en octobre 2014. Elle avait permis de secourir 150.000 personnes en un an.

 Balayant les critiques selon lesquelles Mare Nostrum a constitué un "appel d'air", Geneviève Garrigos a rappelé que "depuis l'arrêt de Mare Nostrum, le flux migratoire augmente et le nombre de morts augmente lui aussi".L'opération européenne Triton, qui a pris la relève de Mare Nostrum, vise à la surveillance des frontières et "ne reprend aucun objectif de sauvetage", a déploré Jean-François Dubost, responsable du Programme personnes déracinées à Amnesty.

 L'an dernier, "25% des vies humaines ont été sauvées par des navires commerciaux". Or "les équipages de ces navires ne sont absolument pas formés aux opérations de secours", regrette M. Dubost. "Leur incapacité totale à assurer des soins a pu conduire aux décès de personnes, notamment par hypothermie", relève-t-il. Par ailleurs, "les navires commerciaux commencent à changer leur trajectoire pour éviter de devoir sauver des migrants, pour des raisons financières".

 Avant les récents naufrages dont celui d'un chalutier au large de la Libye du dimanche 19 avril qui a fait 800 morts selon le HCR, l'ONG estimait que 900 personnes avaient trouvé la mort en traversant la Méditerranée entre le 1er janvier et le 15 avril, soit 53 fois plus qu'au cours de la même période de 2014.Selon l'Organisation internationale des Migrations (OIM), 1.750 migrants ont péri en Méditerranée depuis le début de l'année, soit plus de 30 fois plus que durant la même période de l'an dernier. "C'est plus que le naufrage du Titanic", a souligné mercredi Geneviève Garrigos.  Elle espère que lors du sommet  extraordinaire , "il y ait enfin des mesures concrètes pour sauver les personnes en mer", et non des "effets d'annonce" et "beaucoup de larmes de crocodile" comme celles qu'elle a observées après la catastrophe de Lampedusa.

 En attendant une "véritable opération humanitaire", avec le "déploiement immédiat de ressources navales et aériennes suffisantes le long des principaux itinéraires de migration", Amnesty demande aux gouvernements européens de "fournir de toute urgence à l'Italie et à Malte le soutien financier et logistique requis pour renforcer leurs capacités de recherche et de sauvetage".

 

Mais c’est d’une réelle coopération internationale et davantage de solidarité ce dont l’UE a besoin !

Le commandant du chalutier qui a chaviré ce week-end a été désigné mardi par la justice italienne comme l'unique responsable de ce drame, l'un des plus tragiques qu'ait connu la Méditerranée. Le bilan du naufrage est officiellement de 24 morts et 28 survivants mais le nombre des disparus est estimé à environ 800, par les organisations humanitaires internationales, faut-il le rappeler une fois de plus pour mieux se pénétrer de l’intensité du drame. Les survivants de cette nouvelle hécatombe de migrants dans les eaux séparant l'Afrique de l'Europe sont arrivés tôt mardi en Sicile en même temps que les deux passeurs responsables du drame, aussitôt arrêtés. Ils seront entendus par un magistrat qui décidera ou non de les inculper.

 Fait exceptionnel, le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé mardi 21 avril à une plus grande coopération pour faire face à la crise migratoire en Méditerranée et affirmé que les passeurs devaient être sanctionnés. Les 15 pays membres ont également "exprimé leur ferme soutien" aux pays riverains et recommandé "d'intensifier la coordination des efforts internationaux pour renforcer la réponse" à cette crise et "protéger les migrants" des trafiquants. En écho, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a quant à lui souhaité "davantage de solidarité financière" envers les pays européens touchés par l'immigration massive en Méditerranée. Le président français François Hollande a de son côté appelé "les Européens et au-delà" à prendre des mesures face aux nombreux décès de migrants en Méditerranée, des "questions devenues insupportables" aux plans "humanitaire" et "politique". Il faut traiter "les causes même de ce qui produit ces drames", a-t-il ajouté mentionnant "un Etat, la Libye, qui n'est plus un Etat, et donc qui ne contrôle rien, voire même laisse faire". Le Premier ministre britannique David Cameron a dit vouloir empêcher les migrants de prendre la mer, afin de "mettre fin à ces cargaisons de la mort". Il a défendu la décision de mettre fin à Mare Nostrum, l'opération italienne de sauvetage des migrants, abandonnée en octobre dernier, après que les membres l'UE, y compris la Grande-Bretagne, aient refusé de participer à son coût opérationnel. "Plus de gens prenaient la mer, plus de gens mouraient", a-t-il ajouté.

 L'inculpation du commandant du chalutier qui a fait naufrage dimanche, un Tunisien âgé de 27 ans, Mohammed Ali Malek, ne semble guère faire de doutes. Pour les procureurs en charge de l'enquête, l'homme a provoqué le naufrage en surchargeant son navire et se montrant incapable de le manoeuvrer à l'approche d'un cargo portugais venu le secourir, et avec qui il est entré en collision. Le Parquet a assuré que l'équipage de ce cargo, qui a été le premier à intervenir après l'appel de détresse lancé par le chalutier, "n'a en rien contribué" à ce drame. Le Parquet estime à 850 le nombre de migrants à bord du bateau, long de 20 mètres, sur la base des récits des survivants et de l'estimation de l'équipage du cargo portugais. Seuls 24 corps ont pu être repêchés et le Parquet explique le petit nombre de survivants par le fait que "de nombreux migrants, dont des femmes et des enfants, étaient enfermés dans les cales" du navire.

"On peut dire que 800 personnes sont mortes", avait déclaré dans la nuit de lundi à mardi à Catane Carlotta Sami, porte-parole du HCR en Italie. Cette estimation a été confirmée à Catane par le porte-parole de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), Flavio Di Giacomo. Les enquêtes se poursuivront pour déterminer le nombre de morts, y compris en procédant, si nécessaire, à la récupération de l'épave, si nécessaire, ont indiqué les procureurs de Catane. Les migrants avaient payé entre 500 et 1.000 dinars libyens (entre 330 et 660 euros) pour le prix de leur passage, selon les enquêteurs. Ils ont été gardés enfermés, certains pendant un mois entier, dans une usine désaffectée près de Tripoli avant d'être transportés par petits groupes jusqu'au bateau.

Depuis le début de l'année, ce sont quelque 1.750 migrants, hommes, femmes et enfants qui ont péri en mer, dont 450 la semaine dernière. C'est 30 fois plus que durant la même période l'an dernier, selon l'OIM. Mardi, la marine militaire italienne a annoncé avoir sauvé 446 migrants, dont 59 enfants et 95 femmes, embarqués à bord d'un autre chalutier. En procédant au sauvetage, à 150 km des côtes calabraises (sud-est de l'Italie) les marins italiens se sont aperçus que l'embarcation commençait à se remplir d'eau. Et pour la seule journée de lundi, les garde-côtes italiens ont sauvé 638 migrants embarqués sur six canots pneumatiques, au cours de six opérations de sauvetage différentes, dont certaines à moins de 60 km des côtes libyennes.

Certains néanmoins doutent de l'efficacité à long terme de ces mesures, pourtant ardemment réclamées par les organisations humanitaires. Le problème n'est pas celui du contrôle des mers, mais bien la mise hors d'état de nuire des passeurs, ces nouveaux "esclavagistes", y compris par le biais d'actions militaires ciblées, avait indiqué dimanche le chef du gouvernement italien Matteo Renzi. Pour les organisations d'aide aux migrants, dont la Croix-Rouge italienne, il faut au contraire remettre l'humanitaire au centre du débat. Car, "on peut fermer une route de migrants, y compris en Libye, mais une autre s'ouvrira ailleurs", a expliqué devant la presse son président Francesco Rocca.

La santé, la grande oubliée .La Commission européenne a de son côté appelé mardi les Etats de l'UE à trouver "une réponse très rapide" au défi sanitaire posé par cet afflux de migrants, y compris en partageant leurs ressources hospitalières. Les ministres de la santé européens étaient à Riga pour une réunion informelle et ont demandé l’inscription de ce point en urgence demandant la solidarité des autres Etats membres.  Sur le plan sanitaire les infrastructures hospitalières déjà fragiles sont submergées par ces arrivées massives ;.  Le président letton du Conseil santé a fait remarquer : »ce n’est pas un sujet qui concerne uniquement la politique migratoire, l’aspect sanitaire est également en jeu. A donc été activé le processus dans le cadre du Comité de sécurité sanitaire ((HSC) et nous avons eu des réactions de la Grèce, de Chypre, de l’Italie, de Malte et nous encourageons les ministres à réfléchir à la manière d’aborder les problèmes concrets de ces pays, rapidement ».Les réunions du HSC vont se succéder les jours qui viennent pour évaluer les besoins (kits sanitaires d’urgence, vaccins, accueil de réfugiés dans les structures sanitaires d’autres Etats membres. Songeons un instant que Chypre doit accueillir chaque jour 100 réfugiés par jour alors que la capacité totale de Chypre  pour tout le pays est de 150 000 lits. Difficultés financières et manque évident d’infrastructures sanitaires ». Les ministres de la santé ont exprimé clairement leur regret que le plan en Dix points ne contienne aucune référence aux problèmes sanitaires qui sont également trop souvent absents des prises de position des ONG Humanitaires. Les commentaires et conclusions des ministres de la santé ont été transmis à leurs collègues qui lui-même suppose, bien sûr, l’unanimité des Etats membres mais aussi l’acquiescement de la communauté international, une résolution du Conseil de sécurité des nations unies ou son équivalent, les ministres de l’Intérieur.

Et le militaire ? De plus en plus insistant…il pointe son nez depuis un certain temps. Inévitablement, l’opération sera une opération civilo-militaire, comment en serait-il autrement dés lors que l’on parle de traquer et détruire les bateaux de trafiquants. Ce serait alors un profond revirement et malgré le précédent de l’opération Atalanta une opération inédite, malgré le précédent, réussi, de la lutte contre les pirates. Inédit à plus d’un titre : politique, institutionnel, organisationnel. A cette occasion l’union européenne effectuerait un saut en avant considérable, de nature voisine de celui réalisait à l’occasion de la défense de l’euro et contre les crises économiques successives. Tout suppose un engagement politique fort, quasi exceptionnel qui lui-même suppose, bien sûr, l’unanimité des Etats membres mais aussi l’acquiescement de la communauté international, une résolution du Conseil de sécurité des nations unies ou son équivalent.

Un rendez-vous historique important qui nous rend impatient de connaître la suite !

Pour en savoir plus : Plan de Amnesty International https://www.amnesty.org/fr/articles/news/2015/04/amnesty-international-s-blueprint-for-action-to-end-refugee-and-migrant-deaths-in-the-med/

Appel du Secrétaire général des Nations Unies http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=34634

Les 12 actions proposées pat le Haut commissariat aux réfugiés des nations Unies (HCR) http://www.unhcr.fr/54902f056.pdf