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EDITORIAL

pdf mise en ligne :10 01 2007 ( NEA say… n° 25 )

ASILE > Elargissement

Avant toute chose, la planète

Comment les grecs ont-ils pris Troie s’interrogeait Théocrite ? Tout simplement , ils ont essayé ! a-t-il répondu.

 

Il est une fâcheuse habitude parmi les européens: proposer, s’ouvrir, entrer en négociations, etc...  mais seulement lorsque les obstacles ont été aplanis, levés et l’apaisement instauré, souvent indépendamment d’eux. Manifestement, ce n’est pas la voie choisie par la Commission en présentant son "paquet" de propositions. Elle a su faire preuve de leadership en ce sens qu’elle a montré la voie aux autres et qu’elle s’est elle-même engagée sur ce chemin long et difficile. Ce n’est pas une simple habileté oratoire à laquelle le président Barroso aurait eu recours, lorsqu'il a déclaré devant une presse rarement aussi présente en nombre: "l’Europe doit donner l’exemple au monde pour une révolution post industrielle(…) personne ne s’est montré aussi ambitieux".

 

Quel commentaire apporter si non celui d’une autorité en la matière, disant : "je crois aux objectifs et je sais que c’est faisable" (Jean-Claude Gazeau, président de la Mission interministérielle française sur l’effet de serre).

 

Autre question: les citoyens sont-ils prêts pour une telle révolution ? Réponse: évidemment non ! Bien plus, ils risquent de commettre un contresens ou que s’instaure un malentendu : tout cela c’est pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et tout particulièrement le trop fameux CO2. C’est vrai ! mais l’enjeu va bien au-delà.

 

L’étude Eurobaromètre, présentée le 8 janvier, soit quatre jours avant la présentation du "paquet énergie" et vite oubliée, montre que les citoyens sont peu conscients de l’importance de la politique énergétique dans leur vie quotidienne et qu’il ne voient pas la nécessité de la recherche sur l’efficacité énergétique. Et ils ne sont pas conscients de l’impérieuse nécessité de changer leur mode de vie personnel. Les questions énergétiques ne viennent qu’au 12ème rang dans le classement des principales difficultés auxquelles l’Europe est confrontée (avec 14%). Bien loin derrière le chômage (64%), la criminalité (36%), le système de santé (33%), l’économie (30%). Seuls 3% des personnes interrogées estiment que la politique énergétique a un influence sur leur vie et seul le prix de l’énergie les préoccupe. L’étude révèle aussi que le problème, c’est d’abord les autres: ils dénoncent l’industrie comme responsable en premier lieu, alors qu’en réalité ce sont les transports et les ménages qui sont les premiers gros consommateurs d'énergie. Assez naïvement, ils placent tous leurs espoirs dans les énergies renouvelables, véritable formule magique, et se méfient du nucléaire de façon épidermique, perdant de vue que le nucléaire n’est pas "la" solution mais que sans nucléaire, il n’y a pas de solution. Les citoyens admettent cependant comme à regret et sans l’avouer trop fortement qu’à l’avenir le nucléaire prendra de l’importance.

 

L’approche de la Commission est globale, cohérente: tout a été mis sur la table, avec plus de 1000  pages. Une faiblesse persiste cependant: la dimension géopolitique de l’énergie. Le document, envoyé à l’automne dernier au sommet de Lahti des chefs d’Etat et de gouvernement, demeure insuffisant et l’on n’a pas assez progressé. L’incident russo-belarusse aura eu le mérite de nous rappeler à l’ordre. La crise est planétaire, elle est sans précédent et jusqu’à maintenant l’histoire de l’énergie est une histoire violente. La crise  est porteuse de tensions violentes, elle est une occasion unique pour que l’Europe fasse son unité et rompe avec ses dernières hésitations. Après le temps de l’insouciance, viennent les inquiétudes, pressantes.

 

Plusieurs thèmes se bousculent. Définir les nouvelles règles internationales du jeu. Réduire la fracture Nord-Sud : 1,6 milliards d’hommes n’ont pas accès à l’énergie la plus élémentaire, l’électricité. La sécurité énergétique de l’Europe ne vise pas à maximiser l’autonomie énergétique de l’Europe, désormais situation de fait durable, mais à réduire les risques et les répercussions liées à celle-ci. La Russie sera-t-elle un producteur puissant, voire tyrannique ou un partenaire fiable ? Elle sera puissante le jour où elle se rendra compte qu’elle n’a pas d’autre choix que d’être un partenaire fiable, confiant. Au Moyen-Orient peut-on admettre durablement que des Etats aussi fragiles puissent rester les fournisseurs du monde ? L’instrumentalisation politique de l’énergie ne finira-t-elle pas par se retourner contre ses auteurs, notamment en Amérique latine ? L’Asie a des besoins gigantesques mais elle a aussi des stratégies concurrentes. Les Etats-Unis, puissance énergétique paradoxale et égoïste, pourront-ils rester le gendarme énergétique du monde ? Leur approche selon laquelle les prix sont les seuls vrais juges de paix sanctionnant équitablement et conduisant le sort de nos sociétés est-elle tenable à long terme ?

 

Et l’Europe ? Elle vient de rompre avec sa tradition d’une approche fragmentée. Bien des réponses à toutes ces questions se trouvent inscrites en creux dans les propositions de la Commission. Elles s’inscrivent  d’abord dans le triangle d’objectifs prioritaires : sécurité des approvisionnements, compétitivité de notre économie et durabilité écologique. Promouvoir la croissance et l’emploi tout en accélérant le passage à une économie de croissance indépendante du carbone !

 

Dans cette perspective globale, la Commission invite donc le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement des 8 et 9 mars prochains à valider son plan d’action qui repose sur une série d’initiatives prioritaires: accroître l’efficacité énergétique, réaliser un objectif important d’utilisation d’énergies renouvelables dans le bouquet énergétique, avec une part non négligeable de bio-carburants, garantir la liberté de choix des fournisseurs aux entreprises et aux consommateurs au travers d’une action plus poussée pour garantir la séparation des activités de production d’énergie des activités de distribution et un meilleur contrôle de la régulation sur les marchés du gaz et de l’électricité, réaliser des objectifs élevés d’interconnexion électriques des installations de production d’électricité, stimuler l’investissement et l’innovation, accroître les dépenses dans les technologies propres, développer les mécanismes de solidarité lorsque des crises surviennent, c’est-à-dire parler d’une seule voix, concentrer les efforts d’aide au développement en donnant une priorité accrue à l’utilisation décentralisée des énergies renouvelables dans les pays en développement. Et réduire considérablement la consommation en quasiment une décennie.

 

Quant à l’opinion publique, longtemps insouciante et demain au bord de la panique,  il faudra lui répondre rapidement et simplement, notamment à des questions qui pourraient désarçonner l’expert par leur naïveté apparente. Sa collaboration indispensable est à ce prix ! La Chine et l’Inde vont-elles épuiser les ressources de notre planète ? Faut-il avoir peur de la Russie comme au temps de la guerre froide ? Les Etats-Unis doivent-ils, peuvent-ils rester les gendarmes du monde ? Quelle est la puissance réelle des grandes multinationales notamment en matière pétrolière ? Les pays producteurs ne sont-ils pas, eux aussi, dépendants et dépendants de leurs clients ? L’Afrique qui apparaît sur l’échiquier politique de l’énergie n’est-elle pas l’ombre portée de la Chine ? Comment réduire la fracture énergétique avec les pays en voie de développement qui au surplus sont plus menacés que tous par le réchauffement climatique ? Pourquoi cette urgence qui au premier regard peut sembler frénétique ? L’Europe de l’énergie est-elle possible alors que la prise de décision à l’unanimité bloque beaucoup de choses, alors que les délais de prise de décision sont importants et que les consensus lorsqu’ils se réalisent, n’interviennent qu’à minima ? C’est rejoindre la question ultime de la dimension politique de la réalisation de l’Europe, question ajournée provisoirement par les "nons" français et néerlandais et qu’une majorité de pays est bien décidée à surmonter. 

 

Faut-il rappeler qu'avec l'énergie, l'Europe opère un retour aux sources de l'action communautaire (CECA, puis EURATOM) , un retour que l'on peut qualifier de spectaculaire.