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EDITORIAL

pdf mise en ligne :07 02 2007 ( NEA say… n° 27 )

ASILE > Elargissement

Sommes-nous décidés, enfin, à vivre ensemble ?  « O Seigneur, donnez-moi la tempérance et la chasteté, mais pas tout de suite » (Saint Augustin)

Mais il n’y a pas que Saint Augustin pour implorer l’aide divine en vue de faire ce qui est bien, mais "pas tout de suite". Cette phrase introductive résume bien le contenu de beaucoup de numéros de NEA say..., elle illustre l’actualité de ces dernieres semaines, qu’il s’agisse de l’actualité institutionnelle de l’Union européenne ou de l’actualité concernant l’énergie et le changement climatique. 

 

La vie institutionnelle reste pour l’instant assez  (trop) dominée par le débat français en vue des élections présidentielles et malheureusement les projets français (aussi nombreux que les champignons après la pluie) nous laissent perplexes. Pour la France, le souci essentiel est de pouvoir, à nouveau, entrer dans le jeu européen au moindre frais, en maniant le ciseau ou le crayon de façon plus ou moins intense. Mais jamais la question n’est posée de savoir dans quelle mesure tel ou tel projet rallierait la majorité de nos partenaires dans un premier temps, puis, dans un second temps, pourrait rallier l’unanimité. Le débat reste tragiquement franco-français et celui qui a réuni -plus qu’opposé- à Bruxelles les deux porte-parole des deux principaux candidats, Alain Lamassoure pour Nicolas Sarkozy et Gilles Savary pour Ségolène Royal, n’a pas échappé à ce sort funeste. Nous avons été en présence de deux excellents parlementaires européens, actifs, compétents et très bien informés: tout le monde a regretté que de tels débats n’aient pas lieu plus souvent à la télévision, dans les partis ou sur les places publiques de la campagne présidentielle. Mais il faut bien reconnaître qu’en dépit du lieu (Bruxelles) et de la personnalité des deux orateurs (des piliers de longue date au sein de leurs groupes au Parlement européen), nous avons assisté à un débat purement franco-français. Aucun des deux orateurs ne s’est interrogé sur la manière de faire un pas pour rencontrer, si possible, les autres. La réunion toute proche du 26 janvier à Madrid ne fut jamais évoquée. Le communiqué final de la réunion de Madrid entre les 18 pays qui ont ratifié le projet de traité constitutionnel (plus l’Irlande et le Portugal favorables à la ratification et avec le soutien du Danemark et de la Suède fort intéressés à un déblocage de la situation dans le sens du communiqué final) correspond en substance à un rejet des projets français et de tous ces projet qui bénéficient du support de promoteurs réputés crédibles: pour les "amis de la Constitution", un accord purement institutionnel est qualifié d’ "insuffisant", et l’exigence est réaffirmée d’un accord qui préserve la substance et les équilibres du traité constitutionnel dans son ensemble. Cette attitude française faite de réserves et de silence vient d’être battue en brèche par Dominique Strauss-Kahn, candidat à la candidature à la présidence de la république et nettement battu dans les primaires socialistes par Ségolène Royal: dans le Monde du 6 février 2007, il s’est insurgé violemment contre cette conspiration du silence ("Europe : faire entendre notre voix"). Il qualifie la réunion de Madrid d’ "évènement considérable"  où les principaux pays se sont réunis pour évoquer l’avenir de l’Europe sans la France, "un précédent désastreux!". Paradoxe apparent, il vient d’être rejoint par le premier ministre Dominique de Villepin, qui dans un interview au Financial Times se prononce pour un traité qui ne se limiterait pas à ce qui est acceptable par tous car "le problème est que cela ne crée pas la dynamique que nous cherchons (…) mais aller plus loin avec une nouvelle dynamique, particulièrement dans le domaine social et avec des projets tangibles". Autres thèmes de relance évoqués par le premier ministre: la paix, la sécurité, la justice, l'environnement. Ce sentiment est partagé par l’actuel président de la République, Jacques Chirac, et la Ministre des affaires européennes, Catherine Colonna. 

 

A Madrid les "vingt-deux" ne veulent pas que ceux qui ont dit non enferment le processus autour du non , un non largement minoritaire.

   

Le message envoyé depuis Madrid est clair, les "Vingt-deux" veulent une "Europe politique qui joue un rôle clé dans ce monde globalisé", une Europe plus efficace, plus transparente, plus démocratique, au service des citoyens, "tel que le prévoit le Traité constitutionnel", qui est le résultat d’une négociation "complexe et difficile", reflétant des "équilibres fragiles entre les différents intérêts politiques, sociaux, économiques et juridiques". L’Union a besoin d’institutions efficaces et démocratiques comme celles que prévoit le Traité pour mettre en œuvre des politiques communes efficaces, ont souligné les ministres réunis à Madrid « Mais un accord se limitant à quelques changements institutionnels n’est pas suffisant pour répondre aux attentes des citoyens européens », estiment-ils. En même temps les Vingt, voire les Vingt-deux, se disent conscients que pour arriver à cet objectif commun, « nous devons trouver un accord acceptable pour tous. (…) Nous sommes prêts à écouter dans un esprit constructif les propositions des autres Etats membres. Nous sommes prêts à travailler ensemble sur la base du Traité constitutionnel signé à Rome en octobre 2004 par tous les gouvernements des Etats membres de l’Union européenne, en vue de parvenir à un accord qui préserve sa substance et son équilibre », peut-on lire dans le communiqué final. Ce sont ces dernières phrases qu’on aurait bien aimé retrouver dans la bouche des divers promoteurs de projets, ce n’est pas leur demander de renoncer à leurs convictions. C’est simplement rappeler qu’au bout du compte, les 27 Etats doivent trouver un accord et que 22 en sont proches. 

 

Retrouvons une autre actualité, qui lui est fortement liée, celle du changement climatique. Le dernier rapport alarmant des experts internationaux du panel sur l’évolution du climat (GIEC) n’a pas fini de faire des vagues et de provoquer des bouleversements dans les consciences, les comportements, les équilibres géopolitiques. La gravité des observations a donné tout son sens à la conférence de Paris sur une gouvernance écologique mondiale « Citoyens de la Terre ». Elle a également favorisé l’appui des 46 pays, principalement des pays de l’Union européenne et parmi les derniers ralliés l’Allemagne et le Royaume-Uni, et quelques pays d’Amérique latine et d’Afrique, à la proposition du président français Jacques Chirac, de créer une Agence des Nations Unies pour l’environnement (ONUE). L’Union appuie totalement cette idée: dans son discours, Stavros Dimas, commissaire à l’environnement, a souligné les avantages d’une telle initiative. "Il n’y a pas un seul groupe de pays qui soit capable à lui tout seul de s’attaquer au changement climatique. S’il y a un exemple pour illustrer la raison pour laquelle nous devons travailler tous ensemble au niveau international, c’est bien le changement climatique. Cela requiert non seulement une volonté politique forte, mais aussi des institutions multilatérales fortes, bien financées et qui traitent les questions environnementales, et de renforcer la voix de l’environnement au sein de l’ONU, notamment via le renforcement du PNUE, puis son passage progressif au stade supérieur -une organisation de l’ONU pour l’environnement. Nous pensons qu’ainsi les Nations Unies seront mieux équipées pour traiter des questions environnementales pressantes d’aujourd’hui, de l’eau à la pollution de l’air, de la biodiversité au changement climatique". 

 

Raison de plus, doit-on dire, pour que ce vibrant plaidoyer en faveur d'une approche universelle provoque symétriquement un plaidoyer tout aussi vibrant et tout aussi rationnel pour une approche européenne. C’est ainsi que nos deux débats, sur le changement climatique et une Constitution pour l’Europe, se rejoignent. 

 

Ce pont vient d’être jeté par le président de la Commission des Affaires constitutionnelles du Parlement européen, l’Allemand Jo Leinen du groupe socialiste. Il estime que l’Union européenne devrait se doter d’un "Traité sur la protection des climats (…) L’Union européenne doit créer les conditions politiques et législatives pour une politique consistante en matière de protection du climat (…) Après le marché unique, l’union économique et monétaire et l’élargissement, la politique de protection du climat pourrait devenir le quatrième grand projet de l’intégration européenne". Cinquante ans et plus après les traités CECA et Euratom, l’Union a besoin d’un nouveau traité sur l’utilisation des nouvelles sources d’énergie et sur l’efficacité énergétique. Il pourrait prendre la forme d’un traité spécial sur la protection du climat ou être incorporé dans le projet de Constitution européenne, sous forme d’un protocole additionnel, propose Jo Leinen qui demande aussi que la future Déclaration de Berlin sur le 50ème anniversaire du Traité de Rome fasse mention de la protection du climat. Ajoutons que pour beaucoup de bons esprits, l’éventualité d’une taxe sur le carbone crée une opportunité idéale pour que soient mobilisées, sur cette base, des ressources additionnelles pour le budget communautaire dont l’Union européenne a tant besoin. C’est retrouver, plus de cinquante ans après, le chemin emprunté par les pères fondateurs qui avaient construit le budget CECA à partir du "prélèvement", lui-même établi sur les activités des industries charbonnières et sidérurgiques. C'est aussi réparer les erreurs du passé: le Traité d'Amsterdam, malgré les efforts de la Commission, a oublié l'énergie et le Traité constitutionnel est resté bien timoré sur ce sujet.

 

Pour un manuel européen d’éducation civique du « Citoyen de la terre » ! 

 

Les manuels scolaires ont une grande importance pour l’éducation des peuples, la preuve en a été faite, assez souvent par la négative. De façon positive, français et allemands viennent de réaliser un manuel franco-allemand d’histoire contemporaine destiné, en première instance, à l’usage des grands élèves des collèges et lycées. Ce manuel vient d’être largement diffusé.

 

C’est une expérience qui mérite d’être méditée et renouvelée au travers d’un manuel d’éducation civique pour tous les jeunes européens, pour expliquer la Terre et comment se comporter pour la sauvegarder, puisqu’il n’y a pas une Terre de rechange. L’Europe s’est construite et se construit encore largement sur le passé, un peu sur le présent. Ce qui nous serait ainsi proposé, c’est un nouveau départ, fondé pour l’essentiel sur le futur, non pas un futur fait d’idéologies diverses et contradictoires, mais un futur de contraintes et de menaces universelles irréversibles, liées aux comportements des hommes.