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16ème Rapport annuel de Human Rights Watch

pdf mise en ligne :23 01 2006 ( NEA say… n° 02 )

LIBRE CIRCULATION DES PERSONNES > Elargissement

Les États-Unis ont une stratégie de torture, nous dit Human Rights Watch dans son 16ème rapport annuel. La situation générale des droits de l’homme dans le monde s’en est ressentie. Face à l’absence des américains sur le terrain de la défense des droits de l’homme, l’Union européenne n’a pas comblé le vide.

Les États-Unis sous la présidence de George W. Bush ont développé une stratégie délibérée de torture pendant les interrogatoires des suspects de terrorisme, affirme Human Rights Watch (HRW) dans son rapport annuel, publié le mercredi 18 janvier.

L’organisation humanitaire qui fonde principalement ses conclusions sur les déclarations faites l’an dernier par les hauts responsables gouvernementaux, estime que le président Bush ment lorsqu’il assure que les États-Unis n’ont pas recours à la torture. « En 2005 il est devenu manifeste, et c’est troublant, que les abus étaient devenus délibérés et constituent une pièce centrale de la stratégie de l’administration Bush d’interrogation des suspects », écrit HRW.

Le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan, a rejeté ces conclusions « qui semblent davantage fondées sur des intérêts politiques que des faits », selon lui. « Les États-Unis font plus que n’importe quel autre pays dans le monde pour faire progresser la liberté et promouvoir les droits de l’homme (…). Il vaudrait mieux se focaliser sur ceux qui violent les droits de l’homme et privent les gens de leurs droits humains ».

La défense des droits de l’homme dans le monde a souffert des politiques du gouvernement Bush. Le directeur de l’organisation américaine, M Roth, a comparé la période actuelle à la guerre froide : « aux États-Unis, le terrorisme a remplacé le communisme comme rationalisation majeure pour ignorer les abus des droits de l’homme ».

Le gouvernement Bush n’a « cessé de répéter, de manière incantatoire, qu’il ne se livrerait pas à la torture, tout en fermant les yeux sur des traitements inhumains », a-t-il ajouté, dressant une liste des méthodes d’interrogatoire musclées, jugées inacceptables. Les politiques de l’administration Bush ont affaibli la crédibilité du pays dans ce rôle de promoteur des droits de l’homme : « désormais, Washington se contente de parler de liberté, de démocratie, des notions plus vagues que les droits de l’homme », a regretté M. Roth.

Selon l’organisation, le refus initial « du président Bush de promulguer une loi contre les traitements inhumains et dégradants, les pressions du vice-président Cheney pour exempter la CIA d’une telle loi » sont autant d’exemples évidents que « la responsabilité pour l’usage de la torture et les mauvais traitements ne peut plus être imputée de manière crédible aux mésaventures de sans grade en vacation de nuit ». Le traumatisme du 11 septembre a favorisé l’idée que « rien ne pouvait choquer la conscience des Américains du moment que cela était justifié par la lutte contre le terrorisme ».

Mais aujourd’hui l’opinion publique estime « de manière croissante que les violations des droits de l’homme ne font rien pour contrer le terrorisme, et même plutôt le contraire » a avancé M. Roth, le recours à des tactiques illégales étant contre-productif puisqu’il « attise le recrutement de terroristes ». Le rapport égratigne aussi le Royaume-Uni, allié privilégié des États-Unis, pour avoir proposé de renvoyer des présumés terroristes dans des pays pratiquant la torture.

Face à l’absence des États-Unis sur le terrain de la défense des droits de l’homme, l’Union européenne n’a pas comblé le vide, estime HRW qui attribue cette défaillance à la règle de l’unanimité des 25, un processus de décision « opaque ». Ainsi, sur le dossier des « disparitions » de terroristes présumés entre les mains des États-Unis, qui les remettraient à des pays tiers, l’Europe n’a pas véritablement exprimé son inquiétude, sauf lorsque le scandale a éclaté autour d’éventuelles existences de centres de détention américains secrets en Pologne, Roumanie ou ailleurs.

Quant à la Russie ou la Chine, leur rôle est qualifié de « tout sauf utile » à la défense des droits de l’homme : le rapport cite, à titre d’exemple, le traitement chaleureux que ces deux pays ont réservé au président ouzbek en dépit de la répression du soulèvement d’Andijan en mai 2005.

Human Rights Watch, World Report 2006 (pdf)
Human Rights Watch, Rapport Mondial 2006, Communiqué « La stratégie antiterroriste américaine propice aux abus affaiblit les droits de l'homme au niveau mondial », 18 janvier 2006.