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#FactOfheDay: « Let the games begin ! »

pdf mise en ligne :21 01 2017 ( NEA say… n° 178 )

LIBRE CIRCULATION DES PERSONNES > Elargissement

  Après un début en toute sobriété jeudi 19 janvier, la cérémonie d’investiture de Donald Trump en tant que 45è Président des Etats-Unis se veut cependant « sensuelle » et « grandiose » selon le principal intéressé. Environ 800 000 personnes sont attendues devant le Capitole à Washington pour soutenir le nouveau Président républicain encadrées et protégées par quelques 28 000 agents des services secrets, de la police fédérale et locale et de la Garde nationale.

  

 

Cette cérémonie semble rassembler tous les clivages qui animent la société américaine du XXIè siècle : pas moins de vingt permis de manifester ont ainsi été délivrés par l’administration de la capitale pour ce vendredi 20 janvier, dont notamment la Marche des femmes qui devrait rassembler 200 000 personnes selon les intentions rendues publiques sur les réseaux sociaux, incluant plusieurs stars. La présence de nombreuses personnalités influentes dans le camp adverse de Donald Trump démontre des difficultés rencontrées par le milliardaire pour s’entourer dès le début de son mandat, alors-même que la cérémonie d’investiture s’est muée au fil des années en une sorte de grand spectacle à l’Américaine.

Cette impopularité ne se traduit pas que dans les rangs des stars et autres people : Donald Trump est le Président des Etats-Unis doté de l’impopularité la plus importante de l’histoire des sondages de début de mandat. Avec 40% d’opinion favorable, M Trump dénonce des résultats qu’il estime « truqués » et décalés en invoquant notamment le fait que cette technique donnait sa rivale Hillary Clinton largement gagnante. Or, selon un sondage CNN/ORC incluant une marge d’erreur de 3%, quatre Américains sur dix seulement approuvent sa gestion de la transition depuis son élection alors qu’ils étaient huit sur 10 pour Obama. Néanmoins, les sondages restent plutôt positifs dans le domaine économique avec 61% des personnes interrogées estimant qu’il fera un « excellent ou bon travail dans ce secteur ».

 

Pourtant son programme en la matière d’après ses propositions de campagne n’est pas des plus rassurants et comporte son lot d’absurdités : le maître-mot de M Trump reste assez étonnement « infrastructure ». Il entend en effet lancer un important investissement de l’Etat dans les ouvrages publics à hauteur de 500 milliards de dollars, engendrant un effet positif quasi-instantané sur la croissance. Or, ce type de politique keynésienne, en plus d’entrainer une montée quasi-systémique de l’inflation, est surtout contraire à la ligne républicaine classique : une opposition farouche du Congrès est alors à craindre. En ce qui concerne la fiscalité, M Trump prévoit dans la droite ligne cette fois du parti Républicain de diminuer l’imposition des plus riches (lui inclus donc) tout en diminuant la progressivité du barème de moitié. Pourtant, ces mesures couplées à la fin de l’Obamacare - même si il prévoit de conserver deux mesures du package - se mueraient en cocktail explosif vis-à-vis des inégalités, bien qu’il convienne de souligner que son projet de rendre déductibles d’impôts les frais de garde d’enfants pourrait quelque peu limiter les dégâts pour les familles. Il envisage également un véritable « dumping social » en ce qui concerne la fiscalité des entreprises en diminuant de plus de moitié les taxes, et entend favoriser le retour des fonds actuellement hors radar sur des comptes offshore en prévoyant un indice de taxation très bas, de l’ordre de 10%. Cette dernière mesure permettrait de financer son vaste plan d’investissement, mais de la même manière que toutes ses propositions de campagne, elles ne s’envisagent que dans le court terme.

Son appréhension de la problématique environnementale est ainsi à l’antithèse totale du ‘sustainable’ : niant le réchauffement climatique, il entend non seulement définitivement enterrer l’Accord de Paris pourtant âprement négocié lors de la dernière COP, mais surtout conserver les centrales fonctionnant au charbon et même rouvrir les mines ! Il soutient également l’extraction de gaz de schistes et ce, malgré le manque de connaissances et les nombreuses inquiétudes tant environnementales que sanitaires soulevées : plusieurs études américaines ont ainsi démontré que les adjuvants employés pour stabiliser les gaz contenaient des perturbateurs endocriniens et avaient des effets néfastes sur les yeux, la peau et le système nerveux, sans compter les autres conséquences en termes de pollution des sols et de l’eau. Quant aux énergies renouvelables, M Trump n’y voit pas d’avantages - puisque réchauffement climatique il n’y a pas - mais elles ont surtout le gros défaut d’être chères et / ou « bruyantes » (propos tenus à propos de l’éolien). Il est vrai que les fumées de charbon sont nettement plus agréables.

Poursuivons cette piqure de rappel des rocambolesques ‘promesses’ de M Trump avec l’immigration : après avoir finalement admis que son cher mur tiendrait davantage de la continuation des barrières déjà érigées par Bush senior, il entend toutefois remettre en cause le principe constitutionnel du droit du sol et expulser plus de trois millions d’immigrés clandestins manu militari du territoire américain.

La question de l’avortement maintenant : face à la très possible contestation par la Cour suprême de mesures visant à limiter étroitement le recours à l’avortement, M Trump a trouvé une solution très simple : faire basculer la majorité de la Cour plus à droite en y nommant des juges pro-vie. Après tout, il en a le pouvoir.

Et en parlant de pouvoir, terminons ce rapide tour d’horizon du potentiel avenir des Etats-Unis avec son appréhension toute personnelle du terrorisme et de la manière de le combattre. Prônant le recours à la torture - alors-même que de nombreuses études soient venues établir l’absence de corrélation entre les résultats d’un interrogatoire et l’utilisation de ce type de méthode, que la CIA et l’Etat-Major se soient prononcés contre l’usage de ce genre de techniques et que le pays enfreindrait par-là le droit et les traités internationaux auquel il est partie -, M Trump a tout simplement rétorqué que, après tout, « Tout le monde adhère à la Convention de Genève jusqu’à ce qu’il commence à perdre et, alors, c’est ok de sortir la bombe ».

 

Alors comme il le dit si bien lui-même : « It all begins today ! ».

 

Emmanuelle Gris

 

Pour en savoir plus :

 

« 100 jours qui pourraient faire basculer l'Amérique : Trump aux manettes », Le Nouvel Obs:

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/l-amerique-selon-trump/20170119.OBS4028/100-jours-qui-pourraient-faire-basculer-l-amerique-trump-aux-manettes.html

 

« Autour de l'investiture de Trump, plusieurs jours de festivités et de nombreuses contre-manifestations », Huffington Post:

http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/16/autour-de-linvestiture-de-trump-plusieurs-jours-de-festivites/

 

Compte Twitter de Donald Trump Officiel:

https://twitter.com/donaldjtrump45?lang=fr

 

 

Après un début en toute sobriété jeudi 19 janvier, la cérémonie d’investiture de Donald Trump en tant que 45è Président des Etats-Unis se veut cependant « sensuelle » et « grandiose » selon le principal intéressé. Environ 800 000 personnes sont attendues devant le Capitole à Washington pour soutenir le nouveau Président républicain encadrées et protégées par quelques 28 000 agents des services secrets, de la police fédérale et locale et de la Garde nationale.

 

Cette cérémonie semble rassembler tous les clivages qui animent la société américaine du XXIè siècle : pas moins de vingt permis de manifester ont ainsi été délivrés par l’administration de la capitale pour ce vendredi 20 janvier, dont notamment la Marche des femmes qui devrait rassembler 200 000 personnes selon les intentions rendues publiques sur les réseaux sociaux, incluant plusieurs stars. La présence de nombreuses personnalités influentes dans le camp adverse de Donald Trump démontre des difficultés rencontrées par le milliardaire pour s’entourer dès le début de son mandat, alors-même que la cérémonie d’investiture s’est muée au fil des années en une sorte de grand spectacle à l’Américaine.

Cette impopularité ne se traduit pas que dans les rangs des stars et autres people : Donald Trump est le Président des Etats-Unis doté de l’impopularité la plus importante de l’histoire des sondages de début de mandat. Avec 40% d’opinion favorable, M Trump dénonce des résultats qu’il estime « truqués » et décalés en invoquant notamment le fait que cette technique donnait sa rivale Hillary Clinton largement gagnante. Or, selon un sondage CNN/ORC incluant une marge d’erreur de 3%, quatre Américains sur dix seulement approuvent sa gestion de la transition depuis son élection alors qu’ils étaient huit sur 10 pour Obama. Néanmoins, les sondages restent plutôt positifs dans le domaine économique avec 61% des personnes interrogées estimant qu’il fera un « excellent ou bon travail dans ce secteur ».

 

Pourtant son programme en la matière d’après ses propositions de campagne n’est pas des plus rassurants et comporte son lot d’absurdités : le maître-mot de M Trump reste assez étonnement « infrastructure ». Il entend en effet lancer un important investissement de l’Etat dans les ouvrages publics à hauteur de 500 milliards de dollars, engendrant un effet positif quasi-instantané sur la croissance. Or, ce type de politique keynésienne, en plus d’entrainer une montée quasi-systémique de l’inflation, est surtout contraire à la ligne républicaine classique : une opposition farouche du Congrès est alors à craindre. En ce qui concerne la fiscalité, M Trump prévoit dans la droite ligne cette fois du parti Républicain de diminuer l’imposition des plus riches (lui inclus donc) tout en diminuant la progressivité du barème de moitié. Pourtant, ces mesures couplées à la fin de l’Obamacare - même si il prévoit de conserver deux mesures du package - se mueraient en cocktail explosif vis-à-vis des inégalités, bien qu’il convienne de souligner que son projet de rendre déductibles d’impôts les frais de garde d’enfants pourrait quelque peu limiter les dégâts pour les familles. Il envisage également un véritable « dumping social » en ce qui concerne la fiscalité des entreprises en diminuant de plus de moitié les taxes, et entend favoriser le retour des fonds actuellement hors radar sur des comptes offshore en prévoyant un indice de taxation très bas, de l’ordre de 10%. Cette dernière mesure permettrait de financer son vaste plan d’investissement, mais de la même manière que toutes ses propositions de campagne, elles ne s’envisagent que dans le court terme.

Son appréhension de la problématique environnementale est ainsi à l’antithèse totale du ‘sustainable’ : niant le réchauffement climatique, il entend non seulement définitivement enterrer l’Accord de Paris pourtant âprement négocié lors de la dernière COP, mais surtout conserver les centrales fonctionnant au charbon et même rouvrir les mines ! Il soutient également l’extraction de gaz de schistes et ce, malgré le manque de connaissances et les nombreuses inquiétudes tant environnementales que sanitaires soulevées : plusieurs études américaines ont ainsi démontré que les adjuvants employés pour stabiliser les gaz contenaient des perturbateurs endocriniens et avaient des effets néfastes sur les yeux, la peau et le système nerveux, sans compter les autres conséquences en termes de pollution des sols et de l’eau. Quant aux énergies renouvelables, M Trump n’y voit pas d’avantages - puisque réchauffement climatique il n’y a pas - mais elles ont surtout le gros défaut d’être chères et / ou « bruyantes » (propos tenus à propos de l’éolien). Il est vrai que les fumées de charbon sont nettement plus agréables.

Poursuivons cette piqure de rappel des rocambolesques ‘promesses’ de M Trump avec l’immigration : après avoir finalement admis que son cher mur tiendrait davantage de la continuation des barrières déjà érigées par Bush senior, il entend toutefois remettre en cause le principe constitutionnel du droit du sol et expulser plus de trois millions d’immigrés clandestins manu militari du territoire américain.

La question de l’avortement maintenant : face à la très possible contestation par la Cour suprême de mesures visant à limiter étroitement le recours à l’avortement, M Trump a trouvé une solution très simple : faire basculer la majorité de la Cour plus à droite en y nommant des juges pro-vie. Après tout, il en a le pouvoir.

Et en parlant de pouvoir, terminons ce rapide tour d’horizon du potentiel avenir des Etats-Unis avec son appréhension toute personnelle du terrorisme et de la manière de le combattre. Prônant le recours à la torture - alors-même que de nombreuses études soient venues établir l’absence de corrélation entre les résultats d’un interrogatoire et l’utilisation de ce type de méthode, que la CIA et l’Etat-Major se soient prononcés contre l’usage de ce genre de techniques et que le pays enfreindrait par-là le droit et les traités internationaux auquel il est partie -, M Trump a tout simplement rétorqué que, après tout, « Tout le monde adhère à la Convention de Genève jusqu’à ce qu’il commence à perdre et, alors, c’est ok de sortir la bombe ».

 

Alors comme il le dit si bien lui-même : « It all begins today ! ».

 

Emmanuelle Gris

 

Pour en savoir plus :

 

« 100 jours qui pourraient faire basculer l'Amérique : Trump aux manettes », Le Nouvel Obs:

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/l-amerique-selon-trump/20170119.OBS4028/100-jours-qui-pourraient-faire-basculer-l-amerique-trump-aux-manettes.html

 

« Autour de l'investiture de Trump, plusieurs jours de festivités et de nombreuses contre-manifestations », Huffington Post:

http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/16/autour-de-linvestiture-de-trump-plusieurs-jours-de-festivites/

 

Compte Twitter de Donald Trump Officiel:

https://twitter.com/donaldjtrump45?lang=fr