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Coup d’envoi du match Etats-Unis v Union européenne. En attendant le sommet de Malte, premier tour de chauffe au Parlement européen.

pdf mise en ligne :04 02 2017 ( NEA say… n° 178 )

LIBRE CIRCULATION DES PERSONNES > Elargissement

Nous avons vu les prises de position du tandem Merkel/Hollande, plus unis que jamais, puis la lettre d’invitation de Donald Tusk pour le sommet de Malte, dont le ton ferme devrait être mobilisateur :il indique la bonne direction. Reste le Parlement européen : il vient d’avoir un premier débat à défaut d’une position collective puisque c’est mars que le projet de résolution sera soumis au vote des députés. On peut le regretter puisque le sommet de Malte va se dérouler sans l’impulsion qu’aurait pu donner une résolution votée en bonne et due forme.

L’Europe devient réellement inquiète et l’inquiétude vient de succéder à l’incrédulité. Nous sommes au bord du règlement de comptes tant redouté, mais aussi secrètement espéré par d’autres. Faut-il répondre au coup par coup ou garder son calme ? Le Parlement européen avait l’occasion  de donner le ton, mais il ne l’a pas fait avec toute la vigueur espérée. Il a préféré différer sa prise de position. En dépit des positions sans ambiguïté de  la très grande majorité des députés, une fois de plus le Parlement européen n’ a pas totalement convaincu.

 Le choc est rude : 70 ans de politique étrangère des Etats-Unis remises en cause. Les deux camps se jaugent. L’UE bête noire de Trump ? Pour l’instant il s’agit surtout de Angela Merkel et de l’Allemagne. Mais la fronde est d’abord mondiale, des manifestations de toute nature se multiplient à travers le monde. Obnubilé par l’Europe, Trump ne devrait pas perdre de vue cette réalité.

Nombreux ont été  les députés qui le 1er février  lors de la séance plénière ont appelé à défendre les valeurs européennes et se sont interrogés sur la nature de la relation transatlantique.  Mais quelle est la valeur politique, éducative de plusieurs dizaines de députés se succédant à un rythme effréné à la tribune du Parlement européen ? Où est le message fort à adresser au sommet de Malte ? Peut-être surgira-il du vote de la résolution en mars, et à l’occasion de la commémoration de la signature du Traité de Rome, occasion idéale, mais le tempo n’y est pas.

Les présidents des groupes politiques ont réagi . La plupart des députés, à l’exception de l’extrême droite populiste qui a manifesté sa solidarité avec Donald Trump leur nouvel idole, ont décrit ces restrictions de voyage comme arbitraires et contraires aux valeurs fondamentales des démocraties occidentales, telles que la liberté, la non-discrimination et la solidarité.

La Haute représentante qui est à la tête de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, a salué la clarification apportée par les autorités américaines: les citoyens de l’UE ne seront pas concernés par l’interdiction de voyage, même s’ils possèdent la nationalité de l’un des sept pays de la liste. Mais elle a tenu à préciser que ‘‘cela ne changeait pas notre appréciation globale des décrets. (...) L’UE ne tournera le dos à aucune personne ayant droit à la protection internationale’’, a-t-elle déclaré, ajoutant que ‘‘telle était notre position, et la position qui continuera d’être la nôtre.’’ Si le fameux décret ne touche pas les ressortissants nationaux comme l’administration américaine l’assuré à la Commission, ce décret fait problème au niveau  des principes et surtout des symboles : le décret a été signé le 27 janvier, jour de commémoration de l’Holocauste a souligné Federica Mogherini.  Pour la Haute représentante cela doit donner l’occasion  aux européens de rappeler leurs valeurs. L’Union « ne renverra jamais une personne qui a le droit à la protection internationale », c’est un devoir moral a-t-elle insisté. Si l’UE a un accord avec la Turquie qui l’autorise à renvoyer les demandeurs d’asile syriens vers la Turquie cela ne se fait que si les conditions sont réunies pour que leur droit d’asile soit  respecté et à ce jour aucun réfugié syrien n’a été renvoyé vers la Turquie en vertu de cet accord

‘‘Trump a été élu et nous souhaitons engager un dialogue’’, a déclaré le président du groupe PPE Manfred Weber(DE). ‘‘Quand Trump déclare qu’il lutte contre la migration illégale ou l’islamisme radical, nous sommes d’accord. Mais l’interdiction de voyage, ce n’est pas cela. La suspicion généralisée envers des pays ou des peuples mène à la xénophobie. Les États-Unis ont toujours été un pays de libertés et de respect des droits fondamentaux, et maintenant Trump tolère la torture". En faisant cela, ‘‘un État devient lui-même criminel’’, a-t-il ajouté. Il a appelé à poursuivre l’agenda du libre échange et à soutenir dans ce sens la commissaire en charge du commerce, Cecilia Malmström.

Gianni Pittella(S&D, IT)  ,pour qui Donald Trump est un « véritable cauchemar »  a déclaré: "Ces dispositions sont une attaque contre la culture juridique et les valeurs fondamentales de l’UE [...]. Soyons clair: l’interdiction de voyage [...] ce n’est pas pour lutter contre le terrorisme. C’est un mensonge démagogique et il touche certains pays alors qu’il ne concerne pas d’autres avec qui Donald Trump fait des affaires! J’appelle les compagnies aériennes à ne pas refuser les passagers issus des pays concernés par l’interdiction. Et nous devrions éviter toute visite de Trump en Europe tant que l’interdiction est en place: les portes sont fermées pour lui!" Il s’est demandé si les Etats membres n’auraient pas intérêt à rappeler leurs ambassadeurs en poste aux Etats-Unis.

Syed Kamall(ECR, UK) a affirmé: "Cette interdiction arbitraire envoie le message suivant: il y a une contradiction intrinsèque entre être un bon musulman et être un bon citoyen d’une démocratie occidentale. Daesh et d’autres extrémistes en tireront profit, car ils formulent exactement les mêmes affirmations [...]. Cependant, les Américains ont voté pour ce candidat, qui fait ce qu’il a promis de faire. C’est pourquoi nous devons accepter que ce Président, ses priorités et ses politiques soient la conséquence de la vague croissante de mécontentement".

Le fait qu’aucun terroriste issu des pays concernés par l’interdiction n’ait jamais frappé sur le sol américain montre, selon Guy Verhofstadt(ADLE, BE), qu’il s’agit de "discrimination pure", une mesure visant à nourrir le populisme et le nationalisme. Il a ajouté que l’Europe était également menacée par ces forces et espère que lorsqu’ils se réuniront à La Valette, les dirigeants européens s’opposeront à "toute cette série de populistes et nationalistes qui veulent nous détruire".

Gabrielle Zimmer(DE), chef du groupe GUE/NGL, a déclaré: "Allions nos valeurs contre le mépris de Trump, montrons, avec une politique migratoire caractérisée par la solidarité, que les gens qui cherchent la protection ne sont pas les racines de tout mal. (...) Que seraient devenues les démocraties d'après-guerre en Europe si les réfugiés du nazisme n'y avaient pas trouvé un refuge sûr?"

"Qui aurait pu penser que les libertés et les droits que nous considérons tous comme naturels pouvaient s'évaporer si rapidement? C'est apparemment la façon dont la démocratie libérale meurt", a observé la chef du groupe des Verts, Ska Keller(DE). Elle a appelé l'Union européenne à être la "championne de la protection du droit international, des droits de l'homme et des libertés - faisons de l'Europe le contre-modèle de Trump".

Nigel Farage(EFDD, UK) a déclaré qu’aux États-Unis un "véritable élu démocrate fait ce pour quoi il a été élu". Il a qualifié les plaintes européennes de "preuve de "l'anti-américanisme" de l'UE et a proposé d'inviter le Président Trump au Parlement pour un "dialogue ouvert".

Le coprésident du groupe ENL, groupe présidé par Marine Le Pen, Marcel De Graaff(NL), a appelé le Président du Conseil européen, Donald Tusk, et la Commission européenne à "suivre l'exemple du Président Trump, et à instaurer des contrôles aux frontières nationales. Gardez les djihadistes dehors. Non seulement ceux venant des sept pays que Trump a épinglés, où ne figure pas, remarquons le l’Arabie Saoudite, mais aussi de nombreux autres".

De leur côté les députés des affaires étrangères et du développement réunis conjointement en commission ont exprimé leur profonde préoccupation (cf. Pour en savoir Plus).L’ interdiction de l’administration américaine à l’encontre des citoyens de sept pays musulmans de pénétrer aux Etats-Unis «peut sérieusement saper les efforts mondiaux actuels en faveur d’un partage équitable des responsabilités internationales concernant les réfugiés ». La décision de l’administration américaine « alimente les discours anti-immigration et xénophobes ». Ils demandent à l’Union européenne de parler d’une seule voix pour défendre le système de protection internationale et la sécurité juridique de toutes les populations affectées ».

Par ailleurs, les députés veulent être directement et fortement impliqués dans le développement des pactes de migration qu’ils critiquent fortement dans un projet de résolution approuvé par 53 voix en faveur, 16 contre et 9 abstentions, pactes que l’Union est en train de négocier avec les pays tiers. Les députés  dénoncent un manque de transparence dans la mise en place des pactes migratoires qui n’ont pas encore fait l’objet d’un débat avant leur adoption. Ils demandent donc la pleine participation du Parlement européen « à l’élaboration de nouveaux cadres de partenariat et au contrôle de leur mise en œuvre »

 

Pour en savoir plus et principales sources d’information

      -. Retransmission des débats http://audiovisual.europarl.europa.eu/Assetdetail.aspx?id=8eb9aba7-784e-4329-84ad-a70d0100dfea

      -. Communiqué de presse du Parlement européen  http://www.europarl.europa.eu/pdfs/news/expert/infopress/20170131IPR60380/20170131IPR60380_fr.pdf

      -. Extraits videos des débats au sein de la Commission du développement et des relations esxtérieures http://audiovisual.europarl.europa.eu/Assetdetail.aspx?ref=I132982

      -. La Commission annonce le nouveau cadre pour les partenariats de migration http://europa.eu/rapid/press-release_IP-16-2072_fr.htm