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L’Europe malade de ses Etats ou le pessimisme de Jean-Claude Juncker .

pdf mise en ligne :21 02 2017 ( NEA say… n° 178 )

LIBRE CIRCULATION DES PERSONNES > Elargissement

Lors d’une interview réalisée par la radio publique allemande Deutschlandfunk diffusée le 12 février dernier, Jean-Claude Juncker a annoncé qu’il ne se présenterait pas pour un second mandat à la présidence de la Commission européenne. Cette décision peut s'expliquer en partie par des critiques qualifiées d' "excessives et surtout de contreproductives" notamment par Eulogos dans un article intitulé « halte au feu ». Il faut d’une manière ou d’une autre ménager Jean-Claude Juncker car les hommes politiques d’envergure européenne se font rares. Plus simplement, il semble que Jean-Claude Juncker ait voulu lancer un appel angoissé et indiquer clairement où se situent les responsabilités.

Le Président de la Commission a donc  tenu à détailler les raisons, les vraies raisons qui l’ont poussé à ne pas se représenter et pas simplement un coup de déprime ou une colère sans lendemain comme avancé par des commentateurs malveillants et il a tenu à nous rassuré :il n’est pas fatigué par l’exercice de sa présidence. L’annonce qu’il ne se représenterait pas est quant à elle secondaire voire inutile  car il a encore beaucoup de choses à faire et lui seul peut les entreprendre .Du point de vue tactique, il ne doit pas se priver, à l’avance, d’aucune arme et cette annonce prématurée l’affaiblit d’une certaine façon.

Ce qui l’a poussé  c’est la faible capacité des Européens à rester unis d'une part, mais surtout « la lâcheté institutionnelle de nombreux dirigeants et de nombreux ministres qui décident à Bruxelles puis rentrent à la maison en critiquant ce qu’ils ont eux-mêmes et conjointement décidé (…)" ou bien ils disent à la Commission « décidez,  nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord ! et après ils détricotent tout ». Sa conclusion est claire, impérative : nécessité : "Ce spectacle doit cesser".

Il nous a assuré avoir tenté de redonner espoir en l’Europe aux citoyens, tout en reconnaissant être désormais trop occupé avec le Brexit, qu’il qualifie de « tragédie pour le continent ». Il craint que la sortie du Royaume-Uni de l’Union ne mène les 27 États membres restants à agir les uns contre les autres « sans trop d’efforts » : « Les 27 autres États membres n’en sont pas encore conscients, mais les Britanniques savent d’ores et déjà très bien comment ils gèreront cette situation. On promet une chose à un pays A, une autre à un pays B et une autre encore à un pays C. En fin de compte, il n’y a plus de front européen », assure-t-il. Il rappelle également qu' "[il] avai[t] imaginé au début de mon mandat que je pouvais travailler de manière constructive, afin que les gens reprennent confiance en l’Europe , une confiance qu’ils avaient perdue. Et à présent [le] voilà occupé, plusieurs heures par jour, à planifier la sortie d’un Etat membre, ce n’est pas un travail d’avenir".

Sur ce plan, Federica Mogherini s’est montrée bien moins pessimiste : elle estime que l’unité des Européens s’est renforcée au cours de ces derniers mois (cf. l’article « de Malte à Washington »).

L’unité de l’Europe a constitué un thème récurrent tout le long de son intervention. Il se montre en effet relativement pessimiste : concernant Trump et le Brexit, il indique qu'une majorité pense qu'il s'agit d'« une grande chance pour l’Europe, l’heure est venue de serrer les rangs et de marcher d’un même pas. Je souhaite que ce soit le cas, mais est-ce que c’est ce qui va se passer ? J’ai des doutes parce que les Britanniques peuvent diviser sans trop d’efforts les vingt-sept autres Etats membres" et de poursuivre : « L’Union évolue dans des directions différentes selon les pays, des directions difficilement compatibles entre elles ».

Les États membres de l’Union deviennent de plus en plus partagés sur des opinions « pas nécessairement compatibles », a-t-il ajouté en faisant référence à la Hongrie et à la Pologne.

« Les Hongrois ou les Polonais veulent-ils la même chose que les Allemands ou les Français? J’en doute fortement. Il est fondamental de remettre tout le monde d’accord. C’est la mission qui nous incombe dans les deux ou trois prochaines années. À l’heure des négociations avec les Britanniques, nous devons trouver un consensus sur la direction à donner à l’Union si nous voulons éviter toute tendance apocalyptique », a-t-il conclu.

Il a également précisé que la politique commerciale protectionniste du Président américain, Donald Trump, pourrait offrir « d’excellentes opportunités » à l’Union de conclure de nouveaux accords commerciaux avec d’autres pays.

« Nous ne devrions pas laisser les Britanniques agir comme s’ils pouvaient dès à présent signer leurs propres accords commerciaux avec d’autres pays, étant donné qu’ils n’y sont pas autorisés pour l’instant. En effet, tant que le Royaume-Uni sera membre de l’Union européenne, sa politique commerciale extérieure restera de la compétence de l’Union, et donc de la Commission », a-t-il souligné. Lors de son récent voyage à Washington Federica Mogherini l’a également très fermement rappelé (cf. l’article De Malte à Washington).

Concernant la montée des extrémismes, Jean-Claude Juncker se dit déçu par la réaction des dirigeants : « c’est un réflexe très anti démocratique que de céder aux pressions populistes, à l’approche des élections. Il ne faut pas courir après les populistes, ni accuser les électeurs. Il faut parler aux gens et on peut mieux le faire quand on peut les regarder dans les yeux ». Jean-Claude Juncker a terminé son entretien en évoquant à nouveau l’unité de l’Europe : « Confrontée à Vladimir Poutine, l’Union européenne pourrait aussi se diviser quant aux sanctions frappant Moscou pour avoir annexé la Crimée ». L’unité de l’UE restera, à juste titre, l’obsession ultime du président de la Commission européenne

Cette prise de position de Jean-Claude Juncker intervient en plein débat au Parlement européen sur l’avenir des Institutions : discussion des rapports Brok, Bresso et Verhofstadt . Ces débats ont confirmé que, malgré la poussée eurosceptique que connaît actuellement l'Union, le Parlement européen restait attaché au processus d’intégration européenne : « une Union sans cesse plus étroite entre les peuples d’Europe » plutôt qu’une politique de la « différenciation » entre Etats et plutôt qu’une Europe à plusieurs vitesses. Les discussions parlementaires ont révélé une opposition marquée et profonde, ancienne aussi, entre les partisans et les opposants d'une réforme des traités. Seul Guy Verhofstadt s’est positionné en faveur d’une réforme d’inspiration fédéraliste des textes fondateurs de l'Union. Ses opposants, eux, avancent que ce type de politique 'réformiste' dissimule en réalité une volonté de conserver un statu quo confortable en cela qu'il rassure. Réclamer un changement des traités, c’est un alibi pour ne rien faire, dit-on depuis de nombreuses années dans les couloirs des Institutions européennes. Commençons par épuiser les potentialités des traités actuels .Les comportements qu’a dénoncés Jean-Claude Juncker ne peuvent être modifiés par un simple changement des traités. En outre une minorité importante des Etats ne le veut pas et faut-il rappeler qu’en en la matière tout se décident à l’unanimité ? Nous nous dirigeons  vers une Europe malade de ses Etats ? comment sortir de ce piège ? Peut-être la  commémoration prochaine de la signature du Traité de Rome et la publication annoncée du Livre blanc de la Commission nous conduiront-ils vers un nouvel élan, un nouveau départ ?

Ou bien faut-il en appeler à un sursaut  quasi patriotique des européens ? La patrie, la patrie européenne est en danger. Tous les citoyens européens doivent se lever pour défendre son acquis, protéger l’équilibre du monde et la paix. L’Europe trouvera-t-elle son Danton qui au cours de la révolution française, le territoire étant envahi par une puissante coalition, momentanément victorieuse, appela les citoyens à se « lever en masse » pour défendre la patrie : « de l’audace, encore et  toujours de l’audace et la patrie sera sauvée (…) les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter au courage ». La «levée en masse » des patriotes européens sera-t-elle susceptible, à son tour comme jadis à l’appel de Danton, de sauver la patrie européenne ?

Lançant son mandat de président de la Commission  il avait déclaré  que ce serait la Commission de la dernière chance. Nous nous rapprochons dangereusement de ce point de non-retour.

Pour en savoir plus :

-. Ouest France : Jean-Claude Juncker dresse un tableau bien sombre :

http://www.ouest-france.fr/europe/jean-claude-juncker-dresse-un-tableau-bien-sombre-de-l-union-europeenne-

- . Halte au feu :

http://www.eu-logos.org/eu-logos_nea-say.php?idr=4&idnl=4005&nea=178&lang=fra&arch=0&term=0