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Les voyages du Vice-Président américain Mike Pence : de Munich à Bruxelles

pdf mise en ligne :07 03 2017 ( NEA say… n° 179 )

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Entre perplexité, confusion et consternation, la Conférence de Munich sur la sécurité qui s'est tenue les 17-18-19 février dernier démontre de la volonté de rechercher l’apaisement, sans pour autant convaincre réellement. Jean-Claude Juncker appelle à nouveau à l’unité des membres de l’Union, et demande aux Américains de respecter cette unité.

 

 

A Munich …

L’administration Trump, en multipliant nuances, déclarations aussi évasives que contradictoires, a plus inquiété que rassurer : « Le président fait des déclarations et parfois se contredit. Alors du coup on a appris à faire attention à ce que le Président fait plutôt qu’à ce qu’il dit » a d'ailleurs expliqué John Mac Cain. Cela explique en grande partie la perplexité de la plupart des commentateurs : Le Figaro indique ainsi Mike Pence rassure les Européens, alors que de son côté le journal La Croix, pas du tout rassuré lui, pose LA question : « l’Occident a-t-il encore quelque chose - valeurs ou intérêts -, en commun et pourra-t-il continuer à soutenir une architecture de sécurité, ou bien allons-nous vers un monde « post-occidental » ?Dans la même veine, Le Monde titre : « Les errements américains sèment la consternation. Mike Pence et James Mattis n’ont pas réussi à rassurer les Européens sur les intentions de Washington ».

Quant à la position du Président de la conférence de Munich sur la sécurité, Wolfgang Isching, c’est d’accablement qu’il faut parler. Il souligne ainsi « l’incertitude massive » qui règne sur les relations internationales depuis l’élection de Donald Trump : « du jamais vu » en cinquante-trois ans d’existence de ce forum annuel.

Une fois de plus, ce sont les propos allemands qui tranchent en faveur d'un plus grand engagement de la part de l'Allemagne en matière de Défense : « Nous, Allemands, voulons relever le défi, à la fois comme Européens et alliés des Etats-Unis, mais avant tout en tant que pays qui, plus de vingt-cinq ans après la chute du mur de Berlin, est devenu une démocratie adulte prête à assumer ses responsabilités » a ainsi déclaré la Ministre de la Défense Ursula von der Leyen face à son homologue américain, avant d'ajouter : « Nous voulons nous affirmer, et nous voulons le faire en tant qu’Européens ».

Lors de la Conférence de Munich, la moindre déclaration des dirigeants et observateurs patentés a été scrutée, disséquée, et c’est l’Alliance militaire transatlantique de l’OTAN qui était à l’évidence la principale source de préoccupations. Avant de se rendre à Bruxelles, Mike Pence a tenté d’apaiser les peurs des Européens et n’a pas hésité à indiquer que l’engagement américain était « inébranlable ». Mais inconnues, inquiétudes et désorganisation demeurent. Pire, elles ont été confirmées, et cela n’a pas empêché le Vice-Président de proclamer : « Le Président m’a demandé d’être ici pour apporter ses salutations et un message. Aujourd’hui au nom du Président Trump, je vous transmets ce message : les Etats-Unis d’Amérique soutiennent fermement l’OTAN et nous serons inébranlables dans notre engagement ». Cette déclaration, certes appréciée, suffira-t-elle à relancer la relation transatlantique sérieusement mise à mal par les déclarations hostiles de Trump à l’égard de l’Union et de l’OTAN ? Alors-même qu'il a été jusqu’à remettre en cause leur existence ? Malgré sa volonté de plaire aux Européens, Mike Pence a renouvelé ses critiques concernant des dépenses très insuffisantes : « la promesse de partager le fardeau n’a pas été tenue depuis bien trop longtemps. C’est ce qui fait que le fondement de notre alliance n’est plus solide ». « Soit tu paies, soit tu es viré. Le système d’alliance devient purement transactionnel » analyse alors François Heisbourg pour le journal La Croix. Mike Pence a beau avoir renouvelé son soutien en matière de défense, les Européens sont encore loin d’être rassurés : « L’absence totale de mention de l’Union européenne dans le discours du Vice-Président par exemple a été aussitôt relevée par les responsables européens, choqués par les attaques répétées de Trump contre l’Union au cours de ces dernières semaines. Ils espéraient au moins une mise au point sur ce sujet , mais elle n’est pas au rendez-vous…» analyse le journal Le Monde. Autre source d’inquiétudes : l’absence des responsables américains à la traditionnelle conférence de presse, à la différence des Russes et des Chinois, eux bien présents. L’administration Trump a ainsi donné l’impression qu’elle ne savait pas où elle en était, notamment vis-à-vis des dossiers les plus brûlants.

D'autres échantillons et exemples démontrant une diplomatie décousue peuvent aisément être montrés du doigt : ainsi, M. Pence réclame l’application des accords de Minsk mais à la condition que cela ne porte pas préjudice à un futur accord entre la Russie et les Etats-Unis et pour illustrer son propos, il déclare : « Sachez que les Etats-Unis continueront à demander des comptes à la Russie, même si nous cherchons des terrains d’entente. Comme vous le savez le Président Trump pense que c’est possible » . La signification de ces propos soulève davantage de questions que de réponses : François Heisbourg tente une explication : « La phrase de Pence rassure, mais elle était à double tranchant. Elle disait voilà ce que je pense et voilà ce que pense Trump ». Une bien bonne chance au diplomate qui part en mission muni de ce viatique.

Pour compléter le tableau, écoutons ce que dit la Russie par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, qui annonce tout simplement la fin de l’ordre mondial libéral : « Les dirigeants responsables doivent faire un choix. J’espère que ce choix sera celui d’un ordre mondial démocratique et juste. Si vous le voulez, appelez le 'le post-west' ». Un ordre post-occidental taillé sur mesure pour l’agenda de Moscou donc, mais qui ne serait pas forcément incompatible avec une Amérique isolationniste : autant dire une conduite diplomatique faite d’embardées, de changements de direction brusques.

... Puis à Bruxelles (20 février)

A Bruxelles, en mission commandée, M. Pence a su déverser une musique douce et apaisantes pour les oreilles européennes, blessées ces dernières semaines par les propos fracassants de Donald Trump. Mais chasser le naturel et il revient au galop : une nouvelle fois, il a rappelé durement aux alliés européens leur engagement de consacrer 2% de leur budget aux dépenses militaires : « Ceux qui n’ont pas encore de plan pour y arriver, je leur dis : c’est maintenant ».

Après cette entrée en matière sans ambiguïté, M. Pence a fait un effort pour, si possible, rassurer Jean-Claude Juncker et Donald Tusk sur sa détermination à consolider la relation entre les Etats-Unis et l’Europe, leur coopération et leur partenariat. Il a exprimé la volonté d’approfondir le partenariat (…) quelles que soient les différences (...) Nous sommes convaincus que ce lien durera et se resserrera dans les années à venir alors que nous abordons notre avenir ensemble ».

Parlant de sécurité et de lutte contre le terrorisme, il indique que : « Nous devons être forts et unis dans nos efforts pour faire face à la menace à la sécurité et la stabilité en Europe », soulignant au passage sa détermination « pour s’assurer que de telles attaques ne se répètent jamais ». Il a alors invité les européens « à rejoindre les Etats-Unis pour continuer à intensifier nos efforts pour contrer la menace terroriste islamique radicale ». Il prend toutefois bien soin de lancer un avertissement : « cela va exiger une plus grande coordination, un réel partage de renseignements entre les Etats membres de l’UE et entre l’UE et l’OTAN, car notre sécurité est basée sur l’OTAN et la coopération transatlantique la plus étroite possible. Nous devons travailler ensemble à moderniser les formes de cette coopération ». Ne reculant devant rien, il va jusqu’à ajouter que l’OTAN avec ses valeurs n’est pas « obsolète ».

Concernant la Russie, est-il besoin de dire que la position américaine manque singulièrement de clarté ? D’un côté, il rappelle son attachement aux principes de souveraineté et d’intégrité territoriale : « les Etats-Unis vont continuer à tenir la Russie pour responsable et lui demandent d’honorer les accords de Minsk en commençant par la désescalade de la violence dans l’est de l’Ukraine ». Mais d’un autre côté, il explique que les Etats-Unis « allaient chercher de nouvelles voies pour un nouveau terrain d’entente avec la Russie ». Sur quelles bases alors ? Le droit international, « où la force brute et l’égoïsme ne déterminent pas tout » et où cela ne peut avoir lieu « qu’à-travers une politique commune, mutuellement favorable et décisive de l’ensemble de la communauté internationale » ? Cette possibilité semble quelque peu complexe à élaborer...

Une dernière chose frappe l’observateur : il n’a presque jamais été question d’économie, aucune référence par exemple aux négociations TTIP, un point pourtant sensible pour M. Trump. Notons cependant que Mike Pence a rappelé que les économies européenne et américaine étaient les plus importantes du monde et a souligné « leur engagement pour des économies libres, équitables et florissantes […]. Maintenir et renforcer notre vitalité économique va nécessiter des choix assez difficiles, mais nécessaires ». C’est une évidence peut-être encore insuffisamment partagée par tous.

Un constat s'impose : une crise de confiance évidente et grave existe : comment la surmonter ? dans quels délais ? Peut-on se réfugier dans l’humour du journal Libération qui titre en première page : « Plus que 1429 jours. Un seul mois de Trump à la Maison Blanche aura suffi à donner le vertige à la planète. Expiration prévue en 2021, sauf s’il est réélu ».

Au final, Jean-Claude Juncker n’avait plus qu’à opposer un nouvel appel à l’unité de l’Europe, un appel adressé à toutes les parties : ce n’est pas le moment de diviser les Européens et les Américains : « nous sommes partenaires depuis si longtemps, la stabilité mondiale dépend fortement des bonnes relations entre l’UE et les Etats-Unis ». Il ajoute que les Etats-Unis ont besoin de l’Europe sur tous les sujets : « Nous comptons sur le soutien sincère et sans équivoque des Etats-Unis à l’idée d’une Europe unie […] : ce n’est pas le moment pour l’Europe de se diviser ». Un rappel qui s’adressait aussi bien à certains dirigeants de l’Union qu’à ceux qui à Washington rêvent de la voir imploser. Donald Tusk a, de son côté, donné la réplique : « Américains et Européens doivent mettre en pratique ce qu’ils ont promis […]. Le monde serait dans un moins bon état si l’Europe n’était pas unie […]. On n’inventera rien de mieux que l’Union ».

Imperturbable face aux questions qui voulaient souligner les différences par rapport aux propos de la campagne, Mike Pence a néanmoins tenu à les tempérer : ainsi, l’OTAN n’est plus « obsolète » mais « garant d’un monde plus sûr […], un rôle crucial pour la paix et la prospérité ». Il a renouvelé les engagements du passé, mais les propos sont restés enveloppés de généralités. Une prudence dans l’attente des résultats des prochaines élections, de bonnes paroles qui n’engagent à rien mais témoignent d’un souci réel d’apaisement : il a ainsi présenté ses condoléances pour les attentats de Bruxelles de l’an dernier et rendu hommage aux victimes. Au cours de ses déplacements, il a de même su tout pareillement rendre hommage aux victimes de l’holocauste et aux lieux de mémoire le concernant.

Mike Pence est venu rencontrer ses principaux interlocuteurs, vêtu de lin blanc et de probité candide, protestant de sa bonne foi et de sa bonne volonté, affichant une mine contrite de bon apôtre. De concret, qu’en restera-t-il ?

Malgré tout, des perspectives intéressantes s’offrent aux Européens mais à la condition qu’ils se fassent confiance entre eux, comme vient de le souligner à Paris et avec force le Ministre italien de l’Économie et des Finances Carlo Padoan.

Pour en savoir plus :

Munich Security Report 1017 : Post-Truth, Post West, Post Order a selection of current analyses and press reports :

https://www.securityconference.de/en/news/article/what-is-happening-at-the-munich-security-conference-2017-analyses-and-press-reports/

Euractiv : Mike Pence’s promises to the EU are meaningless :https://www.euractiv.com/news/

Euractiv : US vice president pledges support for EU Nato in first Brussels visit :

https://www.euractiv.com/section/all/news/us-vice-president-pledges-support-for-eu-and-nato-in-first-brussels-visit/

La Croix : à Munich les Européens face aux incertitudes américaines :

http://www.la-croix.com/Monde/Europe/A-Munich-Europeens-face-incertitudes-americaines-2017-02-19-1200825885

Le Figaro : le vice président rassure les Européens :

http://www.lefigaro.fr/international/2017/02/19/01003-20170219ARTFIG00150-otan-le-vice-president-rassure-les-europeens.php?redirect_premium

Le Monde : grave crise de confiance entre l’ Europe et les Etats-Unis :

http://www.lemonde.fr/international/article/2017/02/20/grave-crise-de-confiance-entre-l-europe-et-les-etats-unis_5082220_3210.html

Communiqué de presse du Conseil sur la rencontre entre Donald Tusk et Pence :

http://www.consilium.europa.eu/en/european-council/president/news/2002-transatlantic-unity-tusk-pence/

Communiqué de presse des ministres de la Défense :

http://www.nato.int/cps/fr/natohq/news_141613.htm