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Brexit : qu’est ce que le Brexit ? Une bêtise (Guy Verhofstadt), une absurdité (Alain Frachon, journaliste du Monde)

pdf mise en ligne :10 04 2017 ( NEA say… n° 179 )

LIBRE CIRCULATION DES PERSONNES > Elargissement

La session de printemps a été marquée par le Dieselgate et surtout bien évidemment par le Brexit qui a tenu la vedette. Qu’en retenir après la résolution adoptée à une très large majorité le mercredi 5 avril ?L’Union européenne a mis les lignes rouges c’est ce que la presse a le plus souvent retenu comme titre , mais plus certainement c’est le nouveau message d’unité des européens face au Brexit, celui-ci venant après la Déclaration de Rome.

Critiqués depuis des mois pour leur manque d’unité et de solidarité, les Européens seraient-ils en train de trouver un terrain d’entente salvateur à même de ressouder leur cohésion sur le terrain du Brexit ? Les négociations avec les Britanniques ne font que commencer et de toute évidence l’Union européenne demeure fortement fragilisée par ses dissensions internes, mais il n’empêche que pour l’heure, les 27 font front uni face au gouvernement de Theresa May. Après la remise de la lettre, le 29 mars, actant officiellement le déclenchement de l’article 50 du traité sur l’Union européenne, prévoyant la sortie d’un Etat membre de l’UE, le Parlement européen a été le premier à réagir. Présents dans l’hémicycle strasbourgeois le 5 avril,

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, et Michel Barnier, nommé négociateur en chef, se sont adressés aux eurodéputés, se félicitant que les institutions européennes travaillent main dans la main sur ce dossier à haut risque pour l’avenir de l’Union. Au lendemain du Brexit nombreux furent ceux qui pronostiquèrent une contagion au sein de l’actuelle Union, d’une union européenne divisée, le Royaume-Uni stimulant les divisions avec un art consommé que chacun lui reconnait. Il n’en a rien été. Message d’une unité confortée à ce jour. Trois conditions seront nécessaires en vue d’obtenir un accord entre les Européens et les Britanniques, a indiqué M. Barnier dans son discours. Premièrement "l’unité", pour défendre les principes fondamentaux du projet européen. Ensuite, la levée des "incertitudes". Michel Barnier fait à cet égard de la "continuité" et de la "réciprocité" des droits acquis par les citoyens européens au Royaume-Uni et vice-versa sa première priorité, aux côtés de la préservation des accords de paix en Irlande du Nord, qui pourraient être fragilisés par la réapparition d’une frontière physique avec la République d’Irlande. "Faire les choses dans le bon ordre et les mettre en perspective" enfin. Le négociateur en chef de la Commission rappelant ici sa détermination à ne pas traiter de la future relation entre Londres et Bruxelles avant d’avoir régler les innombrables détails du divorce.(cf. « pour en savoir plus » le Procès verbal de la réunion de la Commission européenne adoptant sa position). Quant au Parlement européen c’est par 516 voix pour, 133 contre et 50 abstentions,(seule la minorité des extrémistes eurosceptiques, europhobes, populistes, souverainistes ont voté contre) que les députés

européens ont largement approuvé une résolution confirmant l’orientation que souhaite donner la Commission européenne. Les eurodéputés devront en outre valider l’accord final, qui devra être trouvé d’ici 2 ans.

C’est une résolution courte(4 pages) et claire que le communiqué de presse du Parlement européen résume parfaitement (cf. Pour en savoir plus). Les déclarations des parlementaires furent nombreuses retenons principalement celle de Guy Verhofsdadt.

Pour le chef des libéraux (centre) au Parlement européen, tête d’affiche et négociateur de l’institution dans les négociations avec le Royaume-Uni, "la relation entre la Grande-Bretagne et l’Europe n’a jamais été facile. Cela n’a jamais été une histoire d’amour et certainement pas une passion sauvage. C’était plus un mariage de convenance". Et l’ancien Premier ministre belge espère que la jeune génération britannique "verra ce qu’est vraiment le Brexit", à savoir, selon lui, "une bagarre au sein du Parti conservateur qui a mal tourné, une perte de temps, un gaspillage d’énergie, une bêtise". Il espère et pronostique qu’ils frapperont à nouveau à la porte de l’Union européenne. Une métaphore du mariage qui touche à sa fin a été reprise à plusieurs reprises notamment pour Françoise Grossetête, eurodéputée LR : "un divorce n’empêche cependant pas de refaire sa vie", a-t-elle fait valoir dans un communiqué. "Le Brexit ne marque pas la fin du projet européen", assure-t-elle. Cela doit "au contraire être l’occasion de relancer la construction européenne sur de nouvelles bases". Pour Christine Revault d’Allonnes-Bonnefoy, cheffe de la délégation du PS au Parlement européen, a pour sa part confié sa satisfaction que la résolution ait été adoptée à une "large majorité" et qu’elle stipule formellement que la sortie du Royaume-Uni ne sera pas une "vente à la découpe, mais bien un accord global". En outre, Mme Revault d’Allonnes-Bonnefoy a insisté sur la nécessité pour le Parlement européen d’être impliqué "à chaque étape de la négociation" qui s’engage. Dans pour en « savoir plus », vous retrouverez d’autres déclarations dont celle de Michel Barnier ainsi que celles des chefs de groupe.

Propos d’étapecette lettre

Nous les empruntons à l’article de Alain Frachon dans le Monde du 7 avril dernier intitulé « la lettre d’amour de Thérésa May à l’Europe ». Il résume de façon expressive cette lettre : «la première Ministre propose à l’UE un divorce sans séparation, en gardant un maximum de vie commune. » C’est la lettre annonçant l’activation de l’article 50 du traité de Lisbonne qui enclenche la procédure par laquelle un pays se sépare de l’Union européenne. Quarante années de participation britannique au projet vont donc prendre fin. Mais ces 2200 mots précis et répétitifs de la lettre ont leur importance,

mais on les a mal lus nous dit Alain Frachon, ils ne ressemblent en rien à une demande de divorce. Thérésa May explique : on va quitter cette maison, mais elle est magnifique et dans le monde d’aujourd’hui, il faut absolument que cette maison tienne le coup et nous ne voulons, ni ne pouvons nous en passer. Le référendum du 23 juin 2013 n’est absolument pas un rejet des valeurs de l’UE « que naturellement nous partageons en tant qu’européens nous-mêmes (…) nous voulons nous assurer que l’Europe restera forte et prospère, capable de défendre ses valeurs et qu’elle fasse partie des entités qui conduisent le monde (…) nous voulons que le Royaume-Uni participe pleinement à cette ambition pour l’Europe (…) parce que plus que jamais le monde a besoin de valeurs libérales et démocratiques de l’Europe».Il importe que les européens restent unis et plus, qu’ils se serrent les coudes. Oubliées les diatribes de Boris Johnson. Londres veut rester au plus prés de l’UE et développer avec elle « un partenariat » aussi « spécial et profond » que possible, un accord de libre échange « audacieux et ambitieux » Ce qui impliquera des milliers de normes , standards, règles, régulations tant honnis des brexiters et cela au nom du marché unique, on va simplement « changer d’étiquettes » poursuit Alain Frachon : elles ne seront plus européennes, mais estampillées britanniques… Alain Frachon poursuit sa démonstration avec verve et finesse pour conclure « Voilà ce que proposent Thérésa May et l’objet des négociations à venir: un divorce sans séparation, en gardant un maximum de vie commune. Parce que c’est dans l’intérêt de tout le monde.

Il faut lire cette lettre, mot à mot, pour saisir l’absurdité du Brexit » recommande Alain Frachon. Absurdité du Brexit, tout à l’heure Guy Verhofstadt parlait de « bêtise », le journaliste et le politique, ancien premier ministre, se rejoignent complètement lorsqu’il faut trouver un mot de conclusion. Il faut lire mot à mot cette « lettre d’amour », on découvrira que le mot utilisé par Alain Frachon n’est pas une exagération de journaliste.

Pour en savoir plus :

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Lignes rouges sur les négociations pour le Brexit

-. 1 Session plénière Communiqué de presse du Parlement européen

Une écrasante majorité du Parlement (516 voix pour, 133 contre, 50 abstentions) a adopté une résolution fixant officiellement les principes et les principales conditions du Parlement européen en vue de l’approbation de l’accord de retrait du Royaume-Uni. Un tel accord, suite aux négociations entre l’UE et le Royaume-Uni, devra être approuvé par le Parlement européen.

Les députés soulignent qu’il est essentiel d’assurer un traitement juste et équitable des citoyens vivant au Royaume-Uni et des citoyens britanniques résidant dans l’UE. Ils rappellent également que le Royaume-Uni demeure un membre de l’Union jusqu’à son départ officiel, ce qui implique des engagements financiers qui pourraient courir au-delà de la date de retrait.

La résolution met en garde contre toute tentative de compromis entre la sécurité et l’avenir de la relation économique entre l’UE et le Royaume-Uni. Elle s’oppose également à toute forme de ‘‘choix à la carte’’ et à une relation économique fragmentée caractérisée par des accords sectoriels. Elle rappelle par ailleurs l’indivisibilité des quatre libertés du marché unique: la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services et des personnes.

Enfin, la résolution précise que des négociations sur des dispositifs transitoires ne pourront commencer qu’une fois que des ‘‘progrès tangibles’’ auront été réalisés dans les négociations sur l’accord de retrait. Ces dispositions ne pourront pas durer plus de trois ans, tandis qu’un accord sur un partenariat futur ne pourra être conclu qu’une fois le Royaume-Uni en-dehors de l’UE.

Les citoyens d’abord

Les intérêts des citoyens doivent être la priorité dès le début, affirme la résolution qui poursuit en signalant que les citoyens irlandais ‘‘seront particulièrement affectés’’. Les députés exhortent toutes les parties à rester engagées dans le processus de paix en Irlande du Nord et à éviter la mise en place d’une frontière physique. Les circonstances particulières qu’implique la situation doivent être donc traitées prioritairement dans l’accord de retrait.

La résolution alerte également le Royaume-Uni contre toute tentative de limiter les droits relatifs à la liberté de circulation avant la date de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne et demande aux 27 États membres d'examiner comment répondre à la crainte des citoyens britanniques selon laquelle le Brexit entraînera la perte de leurs droits actuels en matière de citoyenneté européenne.

Principes de négociation

Les députés demandent aux deux parties d'agir de bonne foi et en toute transparence afin d'assurer une sortie ordonnée.

La résolution note que ce serait une violation du droit européen si le Royaume-Uni négociait des accords commerciaux avec des pays tiers avant de quitter l'Union européenne et prévient que tout

accord bilatéral entre un ou plusieurs des autres États membres et le Royaume-Uni, sur des points entrant dans le champ d’application de l’accord de retrait ou produisant des effets sur la future relation de l’Union européenne avec le Royaume-Uni serait également contraire aux traités.

Obligations continues

Le Royaume-Uni continuera à bénéficier de ses droits en tant que membre de l'Union jusqu'à son départ. Dans le même temps, il devra également assumer ses obligations, y compris les obligations financières découlant notamment du budget actuel à long terme de l'UE.

Le Parlement européen étroitement impliqué

Le Parlement européen a l'intention de s'appuyer sur les éléments énoncés dans cette résolution au fur et à mesure que les négociations se développeront, par exemple en adoptant d'autres résolutions, y compris sur des questions spécifiques ou sur des questions sectorielles.

Débat plénier avant le vote

Plus tôt, les dirigeants des groupes politiques du Parlement européen ont débattu de leurs priorités dans les négociations sur le retrait du Royaume-Uni de l'UE. Le rôle crucial des députés au cours des négociations a été souligné par le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le négociateur en chef de l'Union européenne sur le Brexit, Michel Barnier, qui a également participé au débat.

En ouvrant le débat, le Président du Parlement européen, Antonio Tajani, a déclaré que "le vote du Parlement serait décisif pour le résultat final des conditions pour le retrait du Royaume-Uni et pour les futures relations UE-Royaume-Uni. Les attaques terroristes récentes indiquent clairement que tous les pays européens devront continuer à travailler en étroite collaboration".

Le débat a démontré une forte volonté au sein des différents partis de donner la priorité à la protection des intérêts des citoyens les plus concernés par le Brexit. La majorité des dirigeants des groupes politiques ont aussi souligné que s’il est essentiel que les négociations se tiennent dans un climat serein, l’UE des 27 devra rester unie et défendre avec force ses propres intérêts. Tous les groupes représentant les partis de gauche ont aussi déclaré qu’une priorité absolue pour eux était la préservation d’un haut niveau de protection sociale.

Plusieurs chefs de groupes politiques ont également insisté sur le fait que le Brexit devait servir de catalyseur pour changer l’UE, dans le sens où il démontre combien les États membres sont intrinsèquement liés les uns aux autres.

Les dirigeants des groupes EFDD et ENL se sont réjouis du lancement de la procédure de retrait et ont accusé l’UE de chercher à ‘"punir" le Royaume-Uni.

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2-. Cliquez sur les noms des députés pour revoir leurs déclarations

Introduction par le Président du PE, Antonio Tajani

Manfred Weber (PPE, DE)

Gianni Pittella (S&D, IT)

Helga Stevens (ECR, BE)

Guy Verhofstadt (ADLE, BE)

Gabriele Zimmer (GUE/NGL, DE)

Philippe Lamberts (Verts/ALE, BE)

Nigel Farage (EFDD, UK)

Marcel De Graaf (ENL, NL)

Danuta Hübner, présidente de la commission des affaires constitutionnelles

Ian Borg, représentant la présidence du Conseil européen

Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne

Michel Barnier, négociateur en chef de l'Union européenne sur le Brexit

-.3 Texte intégral de la résolution (FR) Négociations avec le Royaume-Uni http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P8-TA-2017-0102+0+DOC+XML+V0//FR&language=FR (EN) http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P8-TA-2017-0102+0+DOC+XML+V0//EN

-.4 Procès-verbal de la commission européenne concernant le Brexit http://ec.europa.eu/transparency/regdoc/rep/10061/2017/FR/PV-2017-2205-F1-FR-MAIN-PART-1.PDF

-.5 La Lettre d’amour de Theresa May à l’Europe de Alain Frachon : le monde du 7 avril 2017 http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/06/theresa-may-la-lettre-d-amour-a-l-europe_5106904_3232.html

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