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EDITORIAL

pdf mise en ligne :24 04 2007 ( NEA say… n° 32 )

ASILE > Elargissement

Les enfants… « la musique de demain » 

C’est une initiative vraiment, vraiment heureuse, n’a cessé de répéter le président Jean-Marie Cavada en ouvrant l’audition organisée par le Parlement européen sur les droits de l’enfant, le 17 avril dernier. Effectivement, l’initiative de la Commission de juillet dernier "Vers une stratégie européenne sur les droits de l’enfant" (FR) (EN) est bienvenue. Les enfants restent sans voix, ils ne votent pas, beaucoup restent des « enfants invisibles », selon la terminologie des Nations Unies: 60% des enfants dans le monde ne sont pas enregistrés à leur naissance, a-t-on appris. Les difficultés les concernant ne font que s’accumuler et il est grand temps, a-t-on fait remarquer, que les enfants reçoivent une reconnaissance spécifique en tant que personnes et participent, à leur niveau et dans des cadres appropriés, à la définition de leur sort. Ils ne sont pas les simples destinataires des décisions et mesures prises en leur faveur (Franco Frattini). Nous sommes à la croisée des chemins: de nouveaux défis surgissent, de nouveaux problèmes émergent. 

L’audition a été l’occasion de faire l’état des lieux, d’annoncer la réunion prochaine à Berlin, début juin, du Forum européen permanent de dialogue qui sera la référence des expertises et provoquera l’élan indispensable, espère-t-on. 

Partout  la famille est à la source des problèmes, c’est pourquoi une stratégie concernant les droits de l’enfant est indissociable d’une politique de la famille. A cet égard, chacun constate et déplore la perte ou l’affaiblissement du lien social, mais il faut bien admettre que ceci est la conséquence de la perte ou de l’affaiblissement des liens personnels. Ce sont donc ces liens personnels qu’il faut renforcer et tout particulièrement les liens familiaux. La conséquence est immédiate: ce qui relevait jusqu’à aujourd’hui de la sphère privée devient sous nos yeux la grande affaire publique de demain. Plus que tous les autres, sans doute, les liens personnels assurent le tissage des liens sociaux. C’est pourquoi la proposition de la présidence allemande d’une « Alliance européenne pour les familles », proposée en début d’année, a rencontré un grand succès, succès inattendu pour certains. 

NEA say... reviendra sur cette audition dans son prochain numéro de façon plus détaillée. Retenons sans attendre deux mots clés qui ont dominé les débats : pauvreté et violence. Ce serait une erreur, erreur très répandue, de croire que la pauvreté des enfants n’existe que dans les pays en développement. Si les enfants en danger sont la manifestation du danger, leur pauvreté est à la racine du mal. Dans certains de nos pays, ils risquent deux fois plus que les adultes d’être victimes de la pauvreté. La violence, cette violence qui apprend le mépris, est le principal souci des enfants: ils l’ont dit très clairement. La violence prend plusieurs formes: harcèlement, maltraitance, abus sexuels, exploitation par un travail précoce, les enfants soldats. 

D’autres mots clés ont rythmé les débats: compétences de l’Union européenne, cohérence des politiques sectorielles, diffusion de certains jeux video glorifiant la violence, abus liés à l’usage d’internet, numéro d’appel unique pour les enfants disparus, rapt et enlèvements d’enfants, adoption, divorces, contacts avec les deux parents, santé (obésité, alcoolisme, usage de drogues de plus en plus bon marché et à portée de tous), sport … 

La future présidence portugaise prendra le relais et a déjà annoncé diverses actions. 

Doit-t-on en conclure par une preuve supplémentaire du retour des valeurs, définies comme les grandes orientations qui fondent le sentiment d’appartenance à une communauté ? Le débat des valeurs est au cœur du débat constitutionnel européen depuis son lancement au lendemain du sommet de Laeken. Avec le débat aigu sur les références chrétiennes dans le Traité constitutionnel, avec les violences nées lors l’affaire des caricatures de Mahomet, nous avons pris conscience que la sécularisation croissante de la société ne pouvait être analysée comme devant aboutir à la disparition complète et inéluctable des valeurs de référence religieuse. L’autorité fait son retour également: l’on voit que les deux principaux candidats à la présidence française, Ségolène Royale et Nicolas Sarkozy, veulent, dans des termes très voisins, remettre l’autorité au cœur de l’action publique sans renoncer à la modernisation des mœurs. Liberté privée et ordre public, pourrait-on résumer. La famille s’inscrirait dans ce mouvement de retour des valeurs que l’on pourrait qualifier de « traditionnelles ».  Peut-on aller jusqu’à dire comme certains analystes que ce mouvement doit être perçu comme un retour à un « état moral » de la société, état antérieur à ce qui n’aurait été qu’une parenthèse éphémère ouverte avec les années 1960 et exaltée en 1968 ? Les choses ne sont pas aussi simples: le mouvement de modernisation des mœurs, de mondialisation n’a pas été simplement et purement stoppé et ne le sera pas. Des évolutions convergentes et divergentes, multiples, sont apparues et coexistent avec un désir de repères qui restent à construire et qui ne peut être nié.