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3 mai, journée mondiale de la liberté de la presse, trop longtemps perdue de vue:150 journalistes ont trouvé la mort en 2006

pdf mise en ligne :03 05 2007 ( NEA say… n° 33 )

COOPERATION POLICIERE > Programme de La Haye

Liberté de la presse : 150 journalistes ont trouvé la mort en 2006, bien qu’il n’y ait jamais eu autant de pays déclarant défendre la liberté de la presse, déplore le Haut Commissaire aux droits de l’homme, Louise Arbour. Les pays où la situation s’est plus détériorée : Gambie, République démocratique du Congo, Russie, Cuba.

« Les pays en conflits sont les plus dangereux pour les journalistes, et l’année dernière n’a pas fait exception » a dit Louise Arbour à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai. « Mais les journalistes sont aussi tués, harcelés et intimidés par les autorités, des groupes armés ou le crime organisé dans des pays qui sont censés être en paix, a-t-elle fait observer. Qu’ils soient en guerre ou non, les pays les plus dangereux pour les médias ont un point commun : ils manquent pratiquement tous à l’obligation de traduire en justice les auteurs de ces attaques et de ces meurtres ».

Selon un communiqué de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation et la science (UNESCO), « environ 580 journalistes dans le monde sont morts dans l’exercice de leur fonction entre janvier 1992 et août 2006 ». Citant le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), l’UNESCO estime que 71,4% de ceux-ci ont été assassinés, 18,4% sont morts lors d’un échange de tirs ou dans des circonstances liés à des combats et 10% au cours d’autres missions dangereuses. Les journalistes de la presse écrite sont les plus exposés au danger de mort et l’Unesco souligne : « 85% des meurtres de journalistes au cours des 15 dernières années n’ont pas donné lieu à des enquêtes ou des poursuites judiciaires. Dans seulement 7%  des cas ayant fait l’objet d’enquête, de poursuites et de condamnations, les commanditaires ont été traînés devant les tribunaux ».

Lors d’une conférence de presse donnée au siège de l’ONU, les directeurs du CPJ ont précisé que deux pays d’Afrique, l’Ethiopie et la Gambie, figurent en tête de liste des Etats où la liberté de la presse s’est le plus détériorée ces cinq dernières années. Selon l’étude du CPJ, la Gambie, le Congo, la Russie et Cuba sont les pays les plus répressifs en matière de liberté de la presse. Au Congo, par exemple, deux journalistes ont été assassinés et 11 sont en prison. En Gambie, Deyda Hydara, l’éditeur de l’un des principaux journaux, a été assassiné et 11 journalistes ont été jetés en prison au cours de la seule année 2006. Quant à l’Ethiopie, le CPJ y a découvert l’emprisonnement de 18 journalistes. L’Afrique n’est pas seule, au Pakistan 8 journalistes ont été tués et 15 autres sont portés disparus; en Azerbaïdjan, un éditeur a été assassiné, tandis que 9 journalistes étaient emprisonnés et 2 kidnappés. Le CPJ a exclu de son rapport les grandes zones de conflit comme l’Iraq et la Somalie, qui souffrent d’une absence de structures de gouvernance ou de collecte de l’information. Les pays suivants figurent par ordre de classement sur la liste établie par le CPJ : Congo, Cuba, Pakistan, Egypte, Azerbaidjan, Maroc, Thailande. Cette liste ne correspond pas forcément à celle des pays où la situation de la presse est la plus préoccupante, comme c’est le cas par exemple au Zimbabwe, mais elle recense les pays où la liberté de la presse s’est dégradée au cours de ces dernières années. L’Iraq et la Somalie devraient faire l’objet d’un rapport séparé, non seulement en raison des formes extrêmes des violences, mais en raison également de l’absence de réelle gouvernance et de la difficulté d’y collecter une information fiable, au même titre que la Corée du Nord ou le Myanmar. « En publiant un tel rapport, qui jette le discrédit sur certains Etats, nous espérons une réaction des gouvernements concernés, a déclaré Robert Mahoney, directeur du CPJ; l’objet du CPJ est de pointer les dysfonctionnements observés uniquement sur la base des normes internationalement acceptées et reconnues en matière de liberté de la presse. 85% de gens coupables d’assassinat de journalistes courent toujours. Si certains pays comme le Maroc ou l’Egypte sont repris dans la liste, on constate que la censure s’y est assouplie au fil des années, permettant ainsi à une presse plus indépendante de s’épanouir; on y notait aussi que des représailles étaient exercées contre les éditeurs ou les journalistes jugés trop critiques à l’égard des régimes en place. Au Maroc par exemple, les médias d’Etat ont pris pour cible les publications indépendantes qui avaient couvert l’affaire des caricatures du Prophète Mahomet. Certains journalistes se sont estimés gravement menacés. Généralement considéré comme un modèle dans sa région en ce qui concerne le respect des droits de la presse, le Maroc partage pourtant avec la Tunisie le triste record du plus grand nombre de cas d’emprisonnement de journalistes dans le monde arabe ». Le CPJ a indiqué que même si la liberté de la presse n’y était jamais entièrement respectée, aucun pays occidental ne figure dans le classement, dans la mesure où ces pays ne remplissent pas les critères et le niveau de violations retenues pour établir la liste. Au sujet des enlèvements de journalistes, les  représentants du CPJ ont déclaré qu’ils comprenaient les réactions des familles qui se disent prêtes à payer une rançon pour obtenir leur libération. Ils ont cependant attiré l’attention sur le fait que le paiement d’une rançon pouvait présenter un danger pour les autres journalistes travaillant dans la région concernée, puisque la tentation de les enlever pouvait alors devenir plus grande.

Le secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon ainsi que la Commission européenne (FR) (EN) ont de leur côté célébré cette journée et marqué leur solidarité avec les journalistes.

En remettant le prix Lorenzo Natali à la journaliste de Hong-Kong Leu Siew Ying (FR) (EN), Louis Michel, commissaire européen en charge du développement et de l'aide humanitaire, a prononcé un discours célébrant la journée internationale de la liberté de la presse: "Une presse libre et responsable est un ressort indispensable de la démocratie et de l'Etat de Droit". L'article primé ("From village protest to national flashpoint") raconte l'histoire de villageois de la province de Guangzhou, sud  de la Chine, qui tentent de révoquer leur dirigeant élu en raison de soupçons de corruption. Quatorze autres journalistes ont également reçu des prix Natali pour leur engagement en faveur des droits de l'homme et de la démocratie.

Au Parlement européen, les caricaturistes ont défendu la liberté de la presse: "faire couler l'encre plutôt que le sang", a recommandé le célèbre caricaturiste Plantu.