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Intégration des immigrants: encore une fois la peur... mauvaise conseillère!

pdf mise en ligne :30 05 2007 ( NEA say… n° 35 )

LIBRE CIRCULATION DES PERSONNES > Droit de séjour

Mais pourquoi a-t-on peur ? Après Amnesty International (cf. NEA say... n°34), c’est la Commission contre le racisme et l’intolérance  du Conseil de l’Europe (ECRI) qui attire notre attention sur cette mauvaise onde de choc qui se propage à travers le monde. L’ECRI vient de présenter son rapport annuel (FR) (EN).

La présidente de l'ECRI, Eva Smith-Asmussen, s’est alarmée sur le fait que l’Europe, dans son ensemble, perde ses valeurs d’ouverture et tende à stigmatiser les étrangers, y compris dans les pays considérés traditionnellement comme tolérants. Elle rappelle : « l’Europe est construite sur certaines valeurs comme la tolérance (... ). Mais souvent, il semble que la chose la plus importante soit la sécurité et que tout le reste doit être sacrifié à cette idée ». Dans son rapport, l'ECRI juge «complexes et inquiétantes» les formes contemporaines de racisme et de discrimination raciale. Observant, dans les Etats membres, «des phénomènes virulents de racisme et d’intolérance», la Commission se dit «vivement préoccupée» par un climat négatif alimenté par certains médias, «mais aussi par l’utilisation d’arguments racistes et xénophobes dans le discours politique (…) Actuellement, insiste l’ECRI, les discours xénophobes vivent leurs beaux jours dans les pays où le passage à une société culturelle suscite des peurs qui rencontrent un écho dans un contexte de crise économique et de mondialisation posant, pour beaucoup de citoyens, la question de l’identité nationale. Sont particulièrement touchés les réfugiés et demandeurs d’asile. Sur le sujet de l’immigration, le ton du débat politique s’est non seulement considérablement durci, mais il a aussi tendance à stigmatiser des communautés entières». Or, ce processus de stigmatisation favorise le racisme et la discrimination raciale. L’ECRI constate également que malgré les avancées réelles des politiques, les discriminations persistent dans la vie quotidienne et elle alerte : «Il ne suffit pas de déclarer la discrimination illégale. Il faut aussi lutter contre elle».

Tout aussi préoccupant, le sondage réalisé par Novatris/Hatris Interactive: les Européens se prononcent majoritairement en faveur de quotas d’immigration. De même, ils estiment que les aides sociales ne devraient être attribuées aux immigrés en situation régulière qu’après l’acquisition de la nationalité. D’après ce sondage, les Français resteraient plus ouverts que leurs voisins. Alors qu’une majorité de Britanniques (67%), d’Italiens (55%), d’Allemands (55%) jugent qu’il y a trop d’immigrés dans leur pays, ils ne seraient que 32% à le penser en France. En Italie, au Royaume-Uni et en Allemagne, une majorité est pour l’expulsion des clandestins et ce, quelle que soit la situation familiale, mais seulement 34% de Français soutiendraient une telle option. Il est intéressant de signaler que l'intégration de immigrés est majoritairement perçue comme un échec pour les Européens, contrairement aux Américains. Si 43% des Américains jugent l'intégration des immigrés comme complétement ou plutôt réussie, les Européens la considèrent comme un échec pour 50% des Britanniques, 56% des Français, 52% des Italiens, et 58% des Allemenands. Les Espagnols ne semblent pas avoir d'avis tranché sur la question: ils sont 62% à considérer que leur intégration n'est ni un échec, ni un succès. En ce qui concerne l'accueil des immigrés, la France est en tête, mais les résultats varient assez fortement d'un pays à l'autre. Seuls les Français se déclarent majoritairement (56%) en faveur de nouvelles mesures spécifiques favorisant l'amélioration de la vie des immigrés dans leur pays d'adoption. A l'inverse, 69% des Britanniques, 53% des Allemands, et 60% des Américains y sont opposés. Les Italiens (44% de oui et 45% de non) et les Espagnols (44% de oui et 40% de non) sont plus partagés sur cette question. Il est à noter que si les Français sont les seuls favorables à l'adoption de mesures spécifiques en faveur des immigrés, ils sont aussi les plus nombreux (44%) à déclarer avoir invité une personne issue d'une minorité ethnique au cours des douze derniers mois, contre un tiers des Américains (36%), 25% des Britanniques, 23% des Espagnols, 22% des Italiens et 21% des Allemands.

Seule éclaircie dans un ciel chargé de nuages, l’enquête (plus de 100 pages) menée par le Pew Research Center sur les musulmans américains. Il s’agit de la première enquête vraiment menée à l’échelon du pays. Elle montre qu’ils sont bien intégrés, heureux dans leur vie et modérés sur les sujets qui opposent habituellement les occidentaux au monde musulman.