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EDITORIAL

pdf mise en ligne :05 06 2007 ( NEA say… n° 35 )

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Pourquoi avons nous peur ? La peur mauvaise conseillère...

La question est d'actualité: la semaine dernière, Amnesty international suppliait les gouvernements de ne pas pratiquer à l'égard de leurs citoyens cette forme subtile de terrorisme: ne pas leur faire peur, ne pas avoir recours à la peur comme argument ultime. Cette semaine, c'est l'ECRI (la Commission du Conseil de l'Europe contre le racisme et l'intolérance) qui attire notre attention sur cette onde destructrice qui se propage à travers le monde (cf. article dans la présente édition).

Pourquoi avons-nous peur ? C’est la question à laquelle le sociologue Zygmunt Bauman tente de répondre dans son livre "Le Présent liquide. Peurs sociales et obsession sécuritaire" (édition du Seuil). Les peurs sont nées des incertitudes, elles sont devenues insatiables. Elles se mêlent, suscitant une angoisse, aux motifs obscurs qui poussent les gens à chercher désespérément une cible sur laquelle projeter, ne serait-ce que de façon éphémère nous dit Bauman, jusqu’à ce qu’ils comprennent que cette projection n’a servi à rien, n’a pas mis fin à leur peur. C’est par cette confusion que les peurs actuelles se prêtent si aisément à toutes les manipulations. Elles peuvent être désormais exploitées à des fins commerciales, politiques, par une industrie de la consommation en quête de profits ou par des politiciens à la recherche d’appuis. L’incertitude et l’insécurité échappent à présent au contrôle de toutes les forces capables d’une action délibérée, concertée et efficace, et singulièrement de l’Etat-Nation. Apparaissent des apaisements qui ne font que créer des procédés de diversion vers d’autres cibles, entretenant la propagation de la peur. Quant à la mondialisation, fait observer Bauman, elle est inéluctable et irréversible: aucun territoire souverain, aussi vaste, aussi peuplé, aussi riche soit-il, ne peut protéger à lui seul ses conditions de vie, sa sécurité, sa prospérité à long terme, son modèle social ou ses habitudes. Nous resterons indéfiniment mutuellement dépendants les uns des autres à l’échelle de la planète.

Si nous partageons la même planète, nous ne sommes pas prêts à assumer objectivement cette responsabilité. Et Zygmunt Bauman de conclure : « Et c’est ainsi que pour l’heure, la mondialisation se cantonne aux capitaux, à la finance, au commerce, à l’information, à la criminalité, au trafic de drogue, au terrorisme…. Elle est perçue comme un évènement que subissent les habitants de notre planète et qui les prend presque au dépourvu, plutôt que comme une démarche que nous serions résolus à accomplir ensemble pour en partager les fruits. Face aux forces avancées de la mondialisation, nos outils d’action politique effective demeurent désespérément locaux. Les forces qui décident réellement de notre avenir échappent au contrôle de la politique. Et si véritablement le pouvoir d’agir demeure hors de portée de tout contrôle politique, la politique est condamnée à une impuissance répétée. Voilà pourquoi les gouvernements des Etats-nations sont trop contents de privatiser les tâches qu’ils revendiquaient comme leurs, et qu’ils réservaient depuis le début de l’ère moderne, en se reposant sur l’initiative, l’astuce, et les ressources notoirement insuffisantes des individus, ou de les sous-traiter à des marchés libérés de tout contrôle politique et de toute responsabilité. Tant que cette tendance perdurera, la mondialisation demeurera un phénomène purement négatif ». Et si l’on interroge Bauman pour savoir si cela risque de durer longtemps, il répondra que cela durera aussi longtemps que l’on n'a pas réconcilié le couple divorcé que forment le pouvoir et la politique.