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EDITORIAL

pdf mise en ligne :17 09 2007 ( NEA say… n° 39 )

ASILE > Elargissement

A quoi ressemblera l’Europe dans trente ans ?Pour une réflexion sans tabou, ni provocation, ni idée préconçue

La rentrée est dominée par cette vaste entreprise de réflexion et de consultation publique (qui prendra fin le 15 avril 2008) sur les moyen et long termes : "Réformer le budget, changer l’Europe".

Que l’on ne s’y trompe pas, et le président Barroso avertit tout le monde: il ne s’agit pas de procéder à un exercice comptable ou à un audit des procédures budgétaires. Aucun indice n’est donné concernant les orientations prévisibles ou possibles. "C’est un exercice que l’on fait une fois par génération", a-t-il averti. C’est un débat sur les politiques, plus que sur l'argent, c’est un débat sur une vision de l’Europe que l’on pourrait partager de façon raisonnable. Certes, c’est aussi débattre avec les citoyens (qui au bout du compte seront ceux qui vont payer): où et comment trouver l’argent. Tout cela devrait conduire à des propositions fin 2008, début 2009. Le monde évolue plus vite que l’Europe. Commentant le débat du Parlement européen consacré au terrorisme (cf. article dans le présent numéro), nous avons rappelé la phrase de Hubert Védrine: "L’histoire des autres s’est remise en marche". Il faut en être conscient.

L’Europe ne dispose pas de l’équivalent du travail de Robert Fogel, économiste, historien de l’Université de Chigaco et prix Nobel ("Capitalism and democracy in 2040: Forecasts and speculations", NBER Working Paper n° 13184, juin 2007). Ses résultats méritent le détour non pour ses spéculations mais pour les éléments objectifs sur lesquels il s’appuie. D’ici 2040, l’Union européenne perdra 2 millions de personnes, quand Chine et Etats-Unis en gagneront une centaine de millions, et l’Inde 500 millions. Par ailleurs, nous savons que d’ici 2030, l’Europe va perdre 20 millions de travailleurs et que la tendance va s’accentuer encore après 2030. Le marché européen en terme de croissance économique va croître de 60% contre 300% pour le marché américain. Une croissance plus modeste ne signifie pas forcément des régressions sociales, mais une répartition plus homogène et plus équitable de la richesse mondiale. Nous ne serons pas plus pauvres, ce sont les autres qui seront plus riches et beaucoup le seront plus ou moins comme nous. Une vision plus technocratique amènerait à dire, pour peu que l’on souhaite sacrifier à ce rite, que trois axes vont s’imposer dans le débat qui vient de s’engager:
- la résolution des problèmes qui n’ont pu être réglés de manière satisfaisante lors de la négociation du cadre financier pluriannuel en vigueur (2007-2013);
- l’évaluation à mi-parcours des nouveaux programmes comme prévu dans la législation arrêtée à l’occasion de l’adoption des perspectives financières 2007-2013;
- l’élaboration du nouveau cadre financier pluriannuel pour la période postérieure à 2013.

Bien des évènements influenceront en 2008 et 2009 le réexamen du budget: l’adoption et la mise en œuvre du nouveau traité, le bilan de santé de la PAC, annoncé pour le mois prochain, le rapport sur la politique de cohésion, l’élaboration du paquet énergie, la révision du règlement financier et … les élections européennes auxquelles aucun député ne peut être insensible. Les candidats députés s’adresseront à des citoyens qui sont aussi des contribuables. Qui l’emportera du visionnaire ou du comptable ? Notons au passage que dans le passé, toutes les graves crises politiques, régulières, sont nées de problèmes budgétaires, ce qui est naturel: en effet, comment atteindre des objectifs politiques si non au travers d’un budget qui en donne les moyens. A l’avenir, pourrions-nous diminuer la fréquence de ces crises, graves, à défaut de les supprimer ?

Mais dans le développement de l’Europe, tout ne requiert pas un financement communautaire. Revenons à ce qui préoccupe prioritairement nos lecteurs, l’espace de liberté, de sécurité et de justice. La Commission constate que jamais les citoyens n’ont autant souhaité voir se projeter dans le reste du monde les intérêts mais aussi les valeurs de l’Europe, pensons ici et pour un instant aux droits fondamentaux. D’emblée, la Commission a identifié trois nouveaux défis: le climat, l’énergie et les migrations. Plus particulièrement, parmi ces trois défis, la Commission a esquissé les défis politiques qui pourraient avoir une influence politique déterminante sur l’orientation des efforts de l’Union à l’avenir et par voie de conséquences sur les efforts financiers à mobiliser: la pression migratoire et la protection des citoyens. "La pression migratoire va exercer des effets particulièrement marqués sur l’Europe en raison de la proximité de celle-ci des régions les plus pauvres du monde et des régions qui seront probablement les plus affectées par le changement climatique. La situation qui va en s’aggravant sur nos frontières méridionales et orientales exigera une réponse particulièrement ferme de l’Europe, combinant des frontières sûres, des moyens innovants pour gérer les migrations et des efforts convaincants pour attaquer à la racine les causes de migrations que sont la guerre, l’instabilité et la pauvreté".
"La dimension européenne demeure au cœur de la mission de protection des citoyens dans la lutte contre la criminalité et le terrorisme, comme dans la limitation des risques pour les transports, l’environnement, la santé, la sécurité. Les nouvelles menaces pesant sur la sécurité sont plus diverses, moins visibles et moins prévisibles. La combinaison d’instruments dont l’Europe a besoin pour réagir efficacement dans ces domaines implique que l’on associe avec soin différents acteurs et différents outils".

Parlant de la sécurité des européens et des menaces, "elles sont moins prévisibles", nous dit la Commission. Le mot de prévisibilité vient d’être lâché. L’absence de prévisibilité concerne l’ensemble de l’exercice et nous sommes de ce fait dans une situation inédite. Il y a presque cinquante ans, à la Conférence de Stresa, l’Europe naissante a pu dresser les grands principes de la Politique agricole commune (PAC): unicité du marché, solidarité financière et préférence communautaire. Pendant une bonne quarantaine d’années, l’Europe en construction a pu s’appuyer sur ce socle de façon durable. Aujourd’hui, sur quoi s’appuyer d’équivalent, suffisamment stable et suffisamment mobilisateur ?

La réponse constitue tout l’enjeu de ce "Réformer le budget, changer l’Europe" que propose la Commission européenne.
► Communiqué de presse (FR) (EN
► TEXTE INTEGRAL (FR) (EN)
► Les avis doivent être envoyés à budget-review@ec.europa.eu pour le 15 avril 2008.
► Les contributions seront publiées sur le site web http://ec.europa.eu/budget/reform/index_fr.htm