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La place des femmes dans la stratégie européenne pour l'emploi

pdf mise en ligne :01 02 2006 ( NEA say… n° 03 )

IMMIGRATION > Conditions d'accueil des réfugiés

La stratégie de Lisbonne est-elle une véritable stratégie pour la solidarité et le développement ? La Commission européenne fait le point. Au Parlement européen, des femmes s’interrogent.
La stratégie de Lisbonne est entrée dans une nouvelle phase. L’année dernière a été marquée par un nouveau départ et un changement de cap. L’attention se concentre désormais sur l’obtention des résultats escomptés. En soumettant leur programme national de réforme, les Etats membres ont accepté une nouvelle responsabilité et ont pris des engagements d’action précis. Parallèlement, le programme communautaire de Lisbonne détermine les mesures à adopter au niveau communautaire pour compléter les actions engagées à l’échelon national, régional, local.

La réalisation des programmes des Etats membres doit maintenant reposer sur un réel consensus national et à cet égard il faut regretter que dans la quasi totalité des Etats membres, un tel débat n’a pas eu lieu et la presse a rarement relayé les travaux préparatoires. L’adoption des programmes nationaux s’est faite dans le silence des bureaux. Un tel consensus ne se forgera pas du jour au lendemain : il faut expliquer et expliquer encore aux citoyens pourquoi la stratégie retenue conduira à plus de prospérité et de justice sociale.

La Commission, dans son document intitulé "Passons à la vitesse supérieure" a, suite au sommet de Hampton Court, identifié un certain nombre de domaines pour lesquels une relance des réformes s’impose. Parmi ceux-ci retenons celui qui consiste à aider à tirer le meilleur parti de tous les talents sur le marché du travail. En d’autres termes : "les politique de l’emploi, nous dit la Commission, doivent faciliter l’accès au marché du travail à tous les stades de la vie professionnelle et éliminer les obstacles à l’emploi auxquels sont confrontées les personnes. Les citoyens doivent disposer des compétences adéquates au moment adéquat ; il faut les aider à affronter le changement, à trouver de nouveaux débouchés, et ils doivent être en mesure d’intégrer dans leur vie les exigences du monde professionnel". C’est tout le cycle d’une vie qui doit être pris en compte.

A cet effet, la Commission invite les ministres à s’engager dans une série d’actions: éducation, aide à l’insertion professionnelle, structures de garde d’enfants. Mais il faut bien reconnaître que les jeunes y ont plus la vedette que les femmes…sans aucun doute au moins la moitié des jeunes sont des femmes.

C’est dans ce contexte du bilan à mi- parcours que le rapport de Edite Estrela (PSE, ES) a été discuté et adopté au Parlement européen quelques jours avant que la Commission n’adopte son texte de relance du processus de Lisbonne. "Le rapport (rapport de la socialiste espagnole, ndlr) a montré clairement ce que les femmes peuvent apporter à la stratégie de Lisbonne", a conclu le représentant de la Commission, le commissaire Louis Michel. On est tenté d’ajouter "plus clairement que ne l’a fait le document de la Commission"…

Le sommet de mars 2000 à Lisbonne avait fixé l’objectif d’atteindre un taux d’emploi de 60% pour les femmes en 2010, mais "le chemin pour y arriver est encore long, très long" a constaté Mme Estrella: "il est toujours difficile pour les femmes de concilier vie familiale et vie professionnelle (…) et elles continuent de percevoir un salaire inférieur à celui des hommes" rappelle le rapporteur qui note que l’inégalité des genres est un grave problème social au même titre que le chômage ou la pauvreté qui d’ailleurs et souvent l’accompagnent. La maternité ne doit pas être vue comme un handicap pour les entreprises mais au contraire comme une contribution à la lutte contre la baisse de la natalité.

La résolution du Parlement européen met l’accent sur "le grand potentiel économique que représente l’emploi de davantage de femmes", dans le cadre des objectifs de Lisbonne et propose des mesures concrètes pour combattre les disparités entre hommes et femmes. C’est une trentaine d’actions qui sont proposées. Elles concernent l’écart de rémunération, l’accès à l’emploi, la ségrégation sur le marché de l’emploi, l’accès à l’enseignement post-universitaire, à la formation tout au long de la vie, aux nouvelles technologies. Le Parlement suggère des aménagements du temps de travail et encourage le télétravail. Il souligne que la tendance actuelle à un accroissement de la participation des femmes au marché du travail est la conséquence de la généralisation de types d’emploi hors normes. Il appelle les gouvernements à intégrer cette dimension "de genre" aux politiques d’immigration, à identifier les secteurs d’activité qui ont le plus contribué à la promotion des femmes au travail, à développer les mesures qui favoriseront l’esprit d’entreprise des femmes. L’aménagement du temps de travail doit être un libre choix et pas une solution imposée, source à terme d’exclusion sociale. Les femmes chefs de famille monoparentale devraient bénéficier d’un revenu minimum garanti. Certains réservoirs d’emploi sont de plus en plus désertés par les femmes, il convient d’en établir les raisons. Il convient aussi de développer des indicateurs clés permettant de mesurer l’avancement de l’égalité entre femmes et hommes.

Le Parlement européen reproche fortement aux Etats membres de ne pas avoir correctement poursuivi les objectifs quantifiés que le Conseil de Barcelone s’était fixés pour l’instauration de modes de garde dans la journée. Il s’est aussi déclaré gravement préoccupé par l’insuffisance des moyens de subsistance des femmes âgées, appartenant à des minorités ethniques ou handicapées, qui les contraint à trouver un emploi dans une conjoncture où le taux de chômage reste élevé et, en conséquence, il demande de prendre en considération leur situation dans les plans nationaux d’action (PNA) et de considérer comme nulle et non avenue toute clause autorisant une discrimination fondée sur l’âge. Il faut aussi prendre des mesures favorisant les hommes en organisant des campagnes de sensibilisation pour le partage plus équitable des responsabilités familiales, l’aménagement des horaires de travail, les congés parentaux.

A tous égards le futur Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes est appelé à jouer un rôle considérable.

Les objectifs de la stratégie de Lisbonne sont clairs, désormais. Les erreurs du passé ont été repérées : trop d’objectifs, partenariat insuffisants entre la Commission et les Etats membres par manque de clarté sur le rôle de chacun. Il reste qu’il s’agit d’un immense puzzle qui justifie un vaste mouvement de l’opinion publique. La Commission a recensé quatre grands problèmes comme étant les plus urgents à régler. Le troisième : aider les personnes de tout âge à trouver des emplois et supprimer les obstacles qui empêchent de le faire, tels que la pénurie de structure d’accueil pour enfants. Des quatre grands engagements que la Commission demande aujourd’hui aux dirigeants européens de prendre, retenons qu'elle demande de redoubler d’efforts pour atteindre les objectifs nationaux en ce qui concerne la disponibilité de structures d’accueil de qualité, abordables pour les enfants afin de parvenir à l’égalité entre les hommes et les femmes au travail et promouvoir un équilibre entre vie professionnelle et vie familiale. Le programme communautaire rénové de Lisbonne adopté l’an dernier comprend huit domaines clés. La mise en œuvre sera le critère fondamental d’appréciation de la réussite et tout particulièrement la mise en oeuvre au niveau régional, local.

Que va-t-il se passer maintenant ? Le rapport va être présenté au Conseil européen de printemps, où la Commission incitera les chefs d’Etat et de gouvernement à prendre les engagements nécessaires. Il n’y a pas de compromis entre la croissance et l’emploi, l’aspect fondamental de la stratégie reste, affirme la Commission, l’inclusion sociale. Nous vivons dans des démocraties, nous dit la Commission, et en dernier ressort, si le public n’est pas d’accord, les changements ne se feront pas, d’où l’importance des actions de communication, et les efforts devront se concentrer sur les groupes cibles tels que les femmes et les jeunes.


Résolution du Parlement européen sur le futur de la Stratégie de Lisbonne quant à la perspective du genre, 19 janvier 2006.
European Parliament resolution on the future of the Lisbon Strategy from the point of view of the gender, 19 January 2006.